1967

1967 est une année commune commençant un dimanche.

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Afrique

  • 5 mai : la persistance de sérieuses difficultés économiques au Mali, des accords passés en février avec la France, qui envisage la rentrée à terme du Mali dans l’Union monétaire ouest-africaine, entraînent une dévaluation de 50 % du franc malien, à un moment où la balance des paiements accuse un déficit de 7,5 milliards de francs maliens. La France s’engage à soutenir la monnaie malienne et le FMI consent un important crédit[5].
  • 26 mai : le général Yakubu Gowon, chef d’État du Nigeria, divise la fédération en douze États pour briser l’hégémonie du Nord, qui se trouve réparti en six unités[13]. Les Igbos (Ibo), qui dirigeaient jusqu’alors la région est, se voient coupés de la mer et des champs de pétrole.
30 mai : sécession du Biafra.
  • 24 juin : à la suite d’un référendum, la Constitution de la IIe République du Congo-Kinshasa, dite « Constitution révolutionnaire », est promulguée. Elle définit un État unitaire au régime présidentiel et un parlement monocaméral[14]..
  • 22 août, Mali : le Président Modibo Keïta annonce la dissolution du bureau politique du parti unique et la saisie par le Comité de Défense de la Révolution de la totalité des pouvoirs (CNDR). La constitution est suspendue. La situation économique l’oblige à dévaluer le franc malien qui entraîne un mécontentement général[5]. Les administrateurs ou les magistrats corrompus sont destitués ; en septembre, le Comité de Défense de la Révolution invite tous les cadres du pays à faire leur autocritique en leur adressant un questionnaire leur demandant ce qu’ils ont « fait de positif pour, de négatif contre, la révolution active »[16].

Amérique

  • 22 janvier : l’Unión Nacional Opositora, une coalition dirigée par le Parti conservateur du Nicaragua, appelle à une manifestation pour protester contre la fraude électorale. Cent mille personnes sont rassemblées place de la République à Managua. La Garde nationale mitraille la foule, massacrant plusieurs centaines de personnes sur l’avenue Franklin Roosevelt[22].
Regis Debray dénonce sa condamnation devant la presse. Phonographie publiée en 1968.
9 octobre : mort de Che Guevara.
  • 9 octobre : mort de Che Guevara au hameau de La Higuera en Bolivie. Capturé la veille, il est abattu de deux rafales par un sergent de l’armée bolivienne[32]. Ernesto "Che" Guevara avait installé quelques années auparavant un foyer (foco) de guérilla révolutionnaire dans la précordillère andine. Le lendemain, les soldats populariseront l’évènement en se faisant photographier par le reporter de l’agence UPI autour du cadavre à demi-dénudé étendu sur un brancard. Cette photo, où le Che porte cheveux longs et barbe, fera beaucoup pour sa légende ; la ressemblance avec le « Christ au tombeau » peint par Andrea Mantegna en 1490 est frappante de similitude.

Asie et Pacifique

  • 3 mars : les paysans du village de Naxalbari, au Bengale occidental, saisissent le riz d’un propriétaire foncier. L’épisode marque le début de la rébellion naxalite. Le naxalisme, un véritable courant révolutionnaire apparaît dans plusieurs régions de l’Inde (1967-1969). Au Bengale, une coalition la gauche marxiste (en) a pris le pouvoir le 2 mars, mais doit faire face à un mouvement révolutionnaire, le mouvement « naxalite »[39]. Parti d’une région tribale (Naxalbari) au pied de l’Himalaya, entre Népal, Bhoutan et Pakistan oriental, il réunit tribaux et hors-castes sous la conduite de militants maoïstes, qui occupent les terres dès 1967. Le mouvement s’étend rapidement au Bihâr, au Kerala et surtout en Andhra Pradesh.
12 mars : Soeharto président intérimaire.
  • 2 avril, Cambodge : début de la révolte de Samlaut (en), quand deux soldats collectant du riz sont assassinés par des paysans à Samlaut (province de Battambang), qui prennent leurs armes. D’autres villageois les rejoignent, ils attaquent un camp des jeunesses révolutionnaires socialistes khmères et plusieurs postes de gardes provinciaux[40]. Le gouvernement de Lon Nol envoie des troupes pour éradiquer le mouvement, et les paysans armés s’enfuient dans la forêt.
Confrontation entre la police et les émeutiers à Hong Kong le 21 mai.
  • 6 mai : début d’une période de troubles à Hong Kong contre la présence britannique. 21 personnes sont arrêtées par la police. La situation tourne à l’émeute à partir du 11 mai. L’ordre est restauré par les autorités le 14 mai. Le 15 mai, le ministère chinois des Affaires étrangères adresse une note de protestation auprès du gouvernement britannique. Le 22 mai, des manifestations devant la maison du gouverneur sont interdites par la police. Des affrontements entre policiers et manifestants éclatent. Les violences, grèves et manifestations continuent durant l’été (appel à la grève générale le 24 juin), suivies à partir d’août par une vague d’attentats terroristes menées par les communistes[43].
  • 27 mai : référendum pour les droits civiques aux Aborigènes d’Australie. 90,7 % des votants approuvent la prise en compte des Aborigènes dans le recensement national et autorisent le gouvernement fédéral à légiférer sur les questions aborigènes à la place des différents États[44].
  • 20 juillet : incident de Wuhan pendant la Révolution culturelle en Chine ; deux envoyés de Pékin, Xie Fuzhi et Wang Li, sont arrêtés par les autorités locales (Chen Zaidao) parce qu’ils favorisaient dans leur médiation une faction ouvrière favorable aux activistes maoïstes (« La triple union de l’acier »), en conflit avec les milices syndicales conservatrices (« Le million de Héros ») appuyées par l’armée provinciale[46].
Un F-100D tire des roquettes sur les positions Viet-Cong au Sud-Vietnam.
  • 20 avril : l’aéronavale américaine bombarde pour la première fois les centrales électriques du port de Haïphong[59].
  • 25 avril : l’aviation américaine bombarde pour la première fois les faubourgs de Hanoi[59].
  • 19 mai : l’aviation américaine bombarde la centrale électrique d’Hanoi[60].

Proche-Orient

20 janvier : émeute à Aden.
  • 20 janvier : le 128e anniversaire de l’occupation d’Aden par la Grande-Bretagne est le prétexte d’une grève générale de vingt-quatre heures, qui dégénère rapidement en émeute[70].
  • 11 mai : le premier ministre israélien Levi Eshkol menace la Syrie de nouvelles représailles[74].
  • 12 mai : dans une interview à la presse, le chef d’État major israélien Itzhak Rabin menace d’occuper Damas et de renverser le régime syrien[75].
  • 13 mai : les Soviétiques informent Le Caire et Damas que les Israéliens concentrent des forces à la frontière syrienne[72], ce qui est faux[75].
  • 14 mai : Nasser ordonne à l’armée égyptienne de prendre position dans le Sinaï[72].
  • 16 mai : l’Égypte demande le retrait des forces onusiennes de Gaza et de la région du golfe d’Akaba[72]. Des unités palestiniennes placées sous le commandement arabe occupent la bande de Gaza dès le retrait de la force internationale de l’ONU.
  • 19 mai : Levi Eshkol, comme ministre de la défense, et l’État-major d’Israël décident une mobilisation à grande échelle des réservistes, approuvée par le Cabinet le 21 mai[76].
« Le col de la bouteille - le détroit de Tiran » dessin de presse égyptien le 29 mai.
  • 1er juin : un gouvernement d’union nationale est formé en Israël. Moshe Dayan prend le portefeuille de la défense et la droite israélienne entre dans le gouvernement (Menahem Begin). La solution militaire est adoptée le 4 juin[76]. La guerre des Six Jours commence (5 juin).
  • 2 juin : De Gaulle bloque l’approvisionnement d’Israël en armes[77].
  • 5 - 10 juin : guerre des Six Jours (troisième guerre israélo-arabe)[74].
  • 5 juin :
    • l’aviation israélienne attaque les aéroports égyptiens. L’aviation est détruite[74]. L’armée israélienne occupe la bande de Gaza.
    • l’armée jordanienne commence le bombardement d’Israël[74]
    • attaque aérienne israélienne contre la Syrie et la Jordanie[74].
    • le chef du gouvernement du Liban, le sunnite Rachid Karamé, demande l’intervention de l’armée libanaise en Palestine. Le président Charles Helou et Émile Boustani, commandant en chef des forces armées, tous deux maronites, refusent, créant une scission entre chrétiens et musulmans libanais sur la question palestinienne[78].
    • les États arabes producteurs décrètent l’embargo des livraisons de pétrole vers les pays soutenant l’action israélienne (fin le 1er septembre)[79].
Manifestations contre la démission de Nasser
  • 9 juin :
    • Nasser annonce publiquement sa démission. De gigantesques manifestations réclament son retour. Il accepte de revenir[72].
    • Israël attaque le plateau du Golan. La résistance syrienne d’abord très dure s’effondre le lendemain et se replie sur Damas[74].
  • 10 juin :
    • le cessez-le-feu israélo-syrien marque la fin de la « guerre des Six Jours »[74]. La Jordanie a perdu 6 000 hommes (tués, disparus ou déserteurs) sur une armée de 50 000 hommes contre 302 morts et 1 453 blessés du côté israélien[80]. 120 000 Syriens fuient ou sont expulsés du Golan dans les six mois. Seul les 7 000 Druzes du plateau sont autorisés à y demeurer[81]. La conquête du Golan sert les ambitions israéliennes dans la maîtrise des eaux. Les territoires occupés (Cisjordanie et Gaza) sont peuplés d’un peu plus d’un million d’Arabes dont la moitié sont des réfugiés de 1948. 200 000 personnes fuient vers la Jordanie entre juin et septembre[81]. Le nombre total de réfugiés Palestiniens est de 1,3 million contre 960 000 en 1950, dont 600 000 en Jordanie.
    • le ministre de la défense égyptien Shams Badran, le général Abdel Hakim Amer, chef de l’État-major, sont démis de leurs fonctions ainsi que les principaux généraux. Badran et Amer tentent d’organiser un complot contre Nasser mais sont arrêtés le 25 août et placés en résidence surveillée[82]. Amer se suicide le 14 septembre[83].
  • 11 juin : pont aérien entre Moscou et Le Caire pour rééquiper l’armée égyptienne[83].
  • 17 juin : la conférence des ministres arabes des Affaires étrangères à Koweït décide le maintien de l’embargo pétrolier des États-Unis et de la Grande-Bretagne[83].
  • 19 juin : discours du président Johnson à Washington. Les États-Unis définissent leur position au Proche-Orient : la responsabilité de la guerre est due à la fermeture du golfe d’Akaba par Nasser, les États-Unis n’exerceront aucune pression sur Israël hors du cadre d’un règlement général de la question, reposant sur cinq principes (droit de reconnaissance de l’existence de toutes les nations, justice pour les réfugiés, libres circulations des voies maritimes internationales, limitation de la course aux armements, indépendance et intégrité nationale de toutes les parties)[84].
  • 21 - 24 juin : visite au Caire de Nikolaï Podgorny, membre du Præsidium du Soviet suprême, et du chef d’état-major soviétique, le maréchal Zakharov[85]. Nasser demande un accroissement de l’aide soviétique et accepte la présence de militaires et de conseillers, afin de neutraliser le territoire égyptien contre toute attaque israélienne et reconstituer son potentiel militaire[83]. Le Ve Eskadra, la flotte de guerre soviétique en Méditerranée, double ses effectifs fin juin. Nasser charge l’Union soviétique de représenter l’Égypte dans les négociations de paix.
Johnson et Kossyguine au sommet de Glassboro.
  • 1er juillet : un commando égyptien tente de déloger les forces israéliennes de Rass-el-Aïch (Ras el Ush), près de treize kilomètres au sud de Port-Fouad, sur la rive orientale du canal de Suez. Une guerre d’usure commence entre les deux pays le long du canal[88].
  • 1er-5 août : les ministres des Affaires étrangères arabes se réunissent à Khartoum[89]. L’Égypte propose le retrait des forces égyptiennes du Yémen en échange de la formation d’un front arabe uni contre Israël. Nasser espère obtenir une aide financière des pays pétroliers pour reconstituer son armée.
  • 15-20 août : les ministres des finances, de l’économie et du pétrole arabes réunis à Bagdad décident de soumettre la question de la levée de l’embargo au sommet de Khartoum[90].
De gauche à droite : le roi d’Arabie Saoudite Fayçal, le président d’Égypte Nasser, le président du Yémen Abdullah as-Sallal du Yémen, l’émir du Koweït Sabah al-Salim al-Sabah et le président de l'Irak Abdul Rahman Aref au sommet arabe de Khartoum.
  • 29 août-1er septembre : IVe sommet Arabe de Khartoum, qui réunit huit chefs d’États arabes, en l’absence de la Syrie. Nasser et Fayçal parviennent à s’entendre. L’Égypte confirme son évacuation du Yémen du Nord, l’embargo pétrolier est levé, 20 % des revenus pétroliers seront versés au pays arabes de la ligne de front avec Israël[79]. Khartoum scelle la réconciliation entre régimes progressiste et conservateurs. C’est la fin de l’antagonisme égypto-saoudien. À l’issue de la conférence, les huit pays adoptent la résolution de Khartoum : ils s’engagent à ne pas reconnaître Israël et à ne pas négocier ni conclure de traité de paix. Ils proclament que les États occupés par Israël sont arabes et la tâche de les récupérer incombe à tout État arabe[87].
  • 5 novembre, Yémen du Nord : les modérés yéménites renversent le régime, mais doivent faire face aux royalistes qui assiègent Sanaa pendant 70 jours à partir du 1er décembre. Ils échouent finalement et se retirent[91].
  • 22 novembre : résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies prévoyant le retrait d’Israël des territoires occupés en échange de la reconnaissance de tous les États de la région, cessation de l’état de belligérance entre Israël et les Arabes, respect de la reconnaissance de l’intégrité territoriale de tous les États de la région, liberté de navigation sur les voies d’eau internationales, règlement de la question des réfugiés, création de zones démilitarisées. L’Égypte, le Liban et la Jordanie acceptent la résolution. La Syrie et les Palestiniens refusent. Israël interprète le texte dans sa version anglaise : retrait de « territoires occupés » et non « des territoires occupés » de la version française[87].
  • 27 novembre : Abou Dabi adhère à l’OPEP lors de la XIVe conférence de l’organisation à Vienne[92].
  • 30 novembre : le Yémen du Sud, ex-protectorat britannique, accède à l’indépendance[91]. Les Britanniques cèdent le pouvoir à un Front National de Libération (cf. 1970). La fragilité de la région s’accroît. Le régime sud-yéménite est menacé par une guérilla organisée par les forces pronassériennes et les forces de tendance marxiste.

Europe

17 mars : « déclaration sur la position et l’appellation de la langue littéraire croate ».
  • 17 mars : des intellectuels croates, dont Miroslav Krleža, publient une « déclaration sur la position et l’appellation de la langue littéraire croate » dans laquelle ils dénoncent la domination en Croatie de la variante serbe (ékavienne) du serbo-croate et réclament la reconnaissance de sa variante croate (iékavienne) comme langue officielle[95]. Ils sont exclus du Parti communiste yougoslave. L’événement marque le début du mouvement social dit du « Printemps croate » qui culmine en 1971[96].
  • 18 mars : le Torrey Canyon, un pétrolier géant, s’échoue sur des récifs proches des Cornouailles britanniques et laisse échapper une partie de ses 119 000 tonnes de pétrole brut[97].
  • 26 mars : encyclique Populorum progressio. Le pape Paul VI déclare que « la question sociale est devenue mondiale » et que « le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique », il doit être intégral ; c’est « le nouveau nom de la paix »[98]. Pour diffuser ce message, il entreprend de nombreux voyages.
  • 31 mars : transfert du SHAPE à Mons, en Belgique. Le 16 octobre, il inaugure des locaux temporaires construit à Evere, près de Bruxelles[99].
  • 21 avril : coup d’État militaire et prise du pouvoir par les « colonels » en Grèce[100] (fin en 1974). Ils abolissent la Constitution et suppriment des libertés individuelles.
Nicolae Ceaușescu en visite à Sibiu en juin 1967.

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