Abbaye de Montmartre

Abbaye de Montmartre
Étienne Martellange, Aspect de l'abbaye de Montmartre le 19 mars 1625, Paris, BnF.
Étienne Martellange, Aspect de l'abbaye de Montmartre le , Paris, BnF.
Présentation
Culte Catholique romain
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Paris
Ville Paris
Coordonnées 48° 53′ 17″ nord, 2° 20′ 24″ est
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Abbaye de Montmartre

L'abbaye royale de Montmartre est une abbaye de moniales bénédictines fondée par le roi Louis VI en 1133-1134 à la place d’un prieuré clunisien relevant de Saint-Martin-des-Champs[1] rue des Moines à Paris.

Un hameau existait au VIIe siècle autour d'une chapelle. En 835, on doit changer les poutres de la chapelle qui sont mangés par les vers. En 1096, les moines du prieuré Saint-Martin-des-Champs ont reçu la chapelle et son cimetière. Ils ont reçu la petite chapelle du martyrium qui se trouvait à mi-pente de Montmartre.

Adélaïde de Savoie a demandé à son mari Louis VI de fonder un couvent de femmes. Ce dernier a alors fait un échange avec les moines du prieuré Saint-Marin-des-Champs de leurs biens à Montmartre contre l'église Saint-Denis-de-la-Chartre, en 1133. Il a fait venir de Reims des bénédictines de l'abbaye Saint-Pierre-les-Dames qui venait d'y être fondé. Adélaïde de Savoie s'y est retirée après la mort de Louis VI et y meurt le , et fut inhumée devant le maître autel de l'église Saint-Pierre [2].

L'acte de fondation commence par : « Au nom de la sainte et indivise Trinité, Amen. Moi, Louis, porté à la royauté des Francs par la miséricorde de Dieu. Nous voulons faire savoir à, tous nos fidèles, tant futurs que présents, que, pour le repos de notre âme et de celle de nos prédécesseurs, sur les prières et conseils de notre très chère épouse la reine Adélaïde, nous avons construit, avec l'aide de Dieu, une église et une abbaye sur le mont dit Mont des Martyrs[3]. »

Sise à Montmartre, elle fut dotée à sa création de terres agricoles dans les environs, d'un hameau, de vestiges paléochrétiens, de l'église Saint-Pierre de Montmartre, d'une antique nécropole à mi-pente de la butte et d’une petite chapelle consacrée au martyre de Saint-Denis, le Sanctum Martyrium[4]. Ses bâtiments formaient avec les jardins et les vignobles un ensemble de 13 hectares.

Composée d'une abbesse, Dame du lieu, et d'environ 55 religieuses, y compris les sœurs converses, elle jouissait de 30 000 livres de rente, cette seigneurie avait haute, moyenne et basse Justice[5].

La chapelle du martyrium est refaite en 1134. Elle se compose alors d'une crypte sous lequel se trouvait un caveau auquel on accédait par un escalier de 60 marches mais qui avait été rendu inaccessible à la suite d'un effondrement. À la demande du roi et de son épouse Adélaïde, le pape Innocent II confirme la règle et les possessions de ce monastère en .

Devant l'attirance des jeunes femmes à vouloir intégrer ce monastère, le roi Louis VII le Jeune est contraint en 1175 à en limiter le nombre à 60[6]

Le , c'est dans cette chapelle qu'Ignace de Loyola, alors professeur de philosophie au collège de Beauvais, Pierre Favre, prêtre savoyard, le Navarrais François Xavier, les Espagnols Alfonso Salmeron, Jacques Lainez, Nicolás Bobadilla et le Portugais Simão Rodrigues, y ont fait un « vœu de pauvreté, de chasteté, de s'embarquer pour Jérusalem et, au retour, de se consacrer avec l'aide de Dieu au salut des infidèles, non moins qu'à celui des fidèles par la prédication, la confession, et l'administration de l'Eucharistie sans recevoir aucune rémunération » avant la communion. Ils ont appelé cet ordre Compagnie de Jésus en 1537, approuvé par une bulle de Paul III, en 1540.

L'abbaye fut gravement incendiée en 1559[7].

Lors du siège de Paris en 1590, le relâchement moral de l'abbaye était tel qu'elle fut surnommée par les Parisiens, le « magasin des putes de l’armée[8] ».

Le Martyre de saint Denis (1252), Paris, crypte du martyrium de saint Denis. Bas-relief provenant probablement de l'ancienne abbaye de Montmartre.

En 1611, on y découvrit une crypte souterraine, la crypte du martyrium de saint Denis, avec quelques inscriptions gravées. On estima qu'il s'agissait du lieu du martyre de Saint Denis[9].

Dans Le Cœur admirable de la très sacrée mère de Dieu publié en 1681, Jean Eudes indique que l'abbaye est consacrée à Marie « puisqu'elle s'appelle Notre-Dame de Montmartre », et que l'abbesse Françoise-Renée de Lorraine y a fait établir la « fête du très saint cœur de la glorieuse Vierge » célébrée chaque [10]. L'abbaye est fermée en 1790, vendue en 1794 et démolie, sauf l'église, qui en reste le seul vestige[11]. Des carriers défoncèrent le sol pour en extraire le gypse.

À Paris, la place des Abbesses et la station de métro du même nom ont été ainsi dénommées en souvenir des 46 abbesses qui dirigèrent l'abbaye.

Prison

La prison de l'abbaye était située dans la rue de la Heaumerie et dans le cul-de-sac nommé For-aux-Dames. Les religieuses y avaient leur auditoire et leur prison, laquelle était légale[12].

La cloche de la chapelle des Martyrs : un souvenir du passé religieux

Cloche de l’abbaye royale des Dames de Montmartre (1623), bronze, 63  cm, Paris, église Saint-Pierre de Montmartre.

L’histoire ancienne de Montmartre remonte aux origines de Paris. Certaines œuvres appartenant à la Société du Vieux Montmartre viennent témoigner de ce passé. En 2007, cette société fait l’acquisition de la cloche qui surmontait la chapelle de l’abbaye d’en bas, soit le Sanctum Martyrium[13]. La cloche, qui date de 1623, fut commandée par l’abbesse Marie de Beauvilliers pour la chapelle des Martyrs (aujourd'hui disparue). Elle ponctuait les événements importants de la vie de Montmartre. Déposée, la cloche est aujourd’hui devenue un témoin muet du passé religieux quotidien de la Butte. Dans le cadre d’un partenariat avec la paroisse Saint-Pierre, la cloche a été déposée dans le chœur de l’église Saint-Pierre de Montmartre.

  1. 1134-1137 : Adélaïde de Savoie.
  2. 1137-1153 : Christine de Courtebrone, reçoit en 1147 la visite du pape Eugène III.
  3. 1153-1174 : Adèle, morte en 1174.
  4. 1179-1195 : Élisabeth, morte le 3 des nones de , fondatrice d'une chapellenie aux Martyrs.
  5. 1207-1216 : Édeline.
  6. 1218-1231 : Hélisende ou Héloïse I. À cause du froid, elle autorise les religieuses à chausser des bottes fourrées.
  7. 1239-1247 : Pétronille I.
  8. 1247-1260 : Agnès I.
  9. 1260-1264 : Émeline, citée en 1260.
  10. 1264-1270 : Hélisende II.
  11. 1270-1280 : Mahaut de Fresnay, ou Fresnoy[14]. Sa pierre tombale se trouve dans l'église.
  12. 1280-1281 : Alix de Don[15], morte le premier jour du Carême de 1281.
  13. 1281-1299 : Adeline d’Ancilly, morte en 1300.
  14. 1299-1305 : Philippa de Clérambault.
  15. 1305-1317 : Ada de Mincy, morte le jour de la saint Côme en 1317.
  16. 1317-1320 : Jeanne I de Repenti.
  17. 1329-1348 : Jeanne II de Valengoujard.
  18. 1348-1376 : Jeanne III de Mortéri[16].
  19. 1376-1377 : Isabelle de Rieux.
  20. 1377-1384 : Rothberge de Nantilly.
  21. 1384-1398 : Isabelle de Rieux.
  22. 1398-1429 : Jeanne IV du Coudray[17], morte en 1426.
  23. 1429-1434 : Simone d’Herville, morte en 1434.
  24. 1436-1462 : Agnès II des Jardins.
  25. 1462-1477 : Pétronille II de La Harasse, morte en 1477.
  26. 1481-1503 : Marguerite I Langlois, morte en 1503.
  27. 1503-1510 : Marie I Cornu, venant de l'abbaye des Fontaines (ordre de Fontevrault) instituée par l'évêque de Paris pour réformer l'abbaye de Montmartre.
  28. 1510-1515 : Martine du Moulin, se désiste en 1515, morte en 1535.
  29. 1515-1518 : Claude I Mayelle, morte en 1518.
  30. 1519-1526 : Antoinette Auger, élue en 1519.
  31. 1526-1532 : Catherine I de Charran.
  32. 1532-1539 : Antoinette Auger, réélue et morte en 1539. Elle reçoit la visite de saint Ignace et ses compagnons le .
  33. 1540-1540 : Jeanne V Lelièvre, meurt le , enterrée auprès d'Antoinette Auger[3].
  34. 1540-1542 : Marie II Cathin.
  35. 1542-1548 : Marguerite II de Havard de Sénantes, fille de Jacques, seigneur de Sénantes, morte le .
  36. 1548-1589 : Catherine II de Clermont, nommée par le roi Henri II. Elle était la nièce de Diane de Poitiers. Elle est morte le .
  37. 1589-1590 : Claude II de Beauvilliers de Saint-Aignan, maîtresse du roi Henri IV, puis abbesse de l'abbaye du Pont-aux-Dames.
  38. 1590-1598 : Catherine III de Havard de Sénantes.
  39. 1598-1657 : Marie-Catherine de Beauvilliers de Saint-Aignan (1574-1657), sœur de Claude II[18]. Nommée le et morte le .
  40. 1657-1682 : Françoise-Renée de Lorraine de Guise, fille de Charles Ier de Guise et Henriette-Catherine de Joyeuse, morte le . Précédemment abbesse de l'abbaye Saint-Pierre-les-Dames à Reims en 1639 – transférée le à Saint-Pierre de Montmartre, où elle mourut le à l’âge de 61 ans, elle était la nièce de l’abbesse Renée II de Lorraine.
  41. 1683-1699 : Marie-Anne de Lorraine-Harcourt (1657-1699), fille de François de Lorraine, (1623-1694), et d'Anne d'Ornano, religieuse puis abbesse en mars 1683. Morte le .
  42. 1699-1717 : Marie III Éléonore Gigault de Bellefonds, qui donne son nom à la rue de Bellefond. Elle prend la direction du monastère le et meurt le [19].
  43. 1717-1727 : Marguerite III de Rochechouart de Montpipeau, reçue le et morte le .
  44. 1727-1731 : Louise-Émilie de La Tour d'Auvergne, fille de Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne. La rue Louise-Émilie de La Tour d'Auvergne lui doit son nom dans le 9e arrondissement de Paris. Abbesse de Villers-Cotterets depuis 20 ans, elle se retire en 1731 et meurt en .
  45. 1731-1760 : Catherine IV de La Rochefoucauld de Cousage. Elle a laissé son nom à la rue Catherine de La Rochefoucauld. Abbesse de Saint-Jean-Baptiste de Duno près d'Orléans, nommée le et morte le .
  46. 1760-1790 : Marie-Louise de Montmorency-Laval. Elle fut la marraine de la nouvelle cloche de l'ancienne église Saint-Gilles de Bourg-la-Reine, dont elle était seigneur. Elle fut expulsée de son abbaye avec les autres religieuses le et condamnée à mort le en tant qu'« une des plus cruelles ennemies du peuple […] prévenue d'avoir entretenu des intelligences avec les conspirateurs d'outre-Rhin ». Paralysée, sourde et aveugle, elle fut condamnée à mort par Fouquier-Tinville et guillotinée le 8 thermidor An II ()[9].
  • Marguerite le Jongleux, religieuse à Montmartre puis abbesse de l'abbaye du Val profond à Bièvres, de 1541 à 1545, dont aujourd'hui ne subsistent que des restes des bâtiments[20], ainsi que les restes de la dalle funéraire de cette abbesse native de Paris, venue de l'abbaye de Montmartre pour travailler à la réforme de l'abbaye de Bièvres, démissionnaire elle resta mère antique jusqu'à sa mort.
  • Anne Brûlart et sa sœur Catherine, religieuses vers 1550, toutes deux mortes à l'abbaye, ainsi qu'une cousine Marie Brûlart, fille de Pierre II Brûlart[21].
  • Henri IV y installe son quartier général lors du Siège de Paris en 1590, et devient l'amant de l'abbesse.
  • Catherine de Bar (1614-1698), futur mère Mechtilde fondatrice des Bénédictines du Saint-Sacrement. Chassée de Rambervillers trouve refuge le à l'abbaye.
  • Dans le procès opposant en 1629-1630 l'abbesse à l'archevêque de Paris sont également appelantes les religieuses qui suivent : Denise de Murat en tant que prieure dudit prieuré Notre-Dame de Grâce ; Madeleine Morin dite en religion de Saint-Joseph ; Louise de Pierrevive, dite de Sainte-Catherine ; Catherine Boursier, dite de Saint-André ; Clémence Chamoy, dite de Saint-Bernard ; Anne de Chandieu, dite de Saint-Charles.
  • Anne-Berthe de Béthune (1637-1689)[22], vient à Montmartre sous l'abbatiat de sa tante Marie de Beauvilliers avant de partir en 1659 comme abbesse de Saint-Corentin au diocèse de Chartres, puis à l'abbaye de Beaumont également comme abbesse en 1669. Elle était amie avec Catherine de Bar[23].
  • Renée de Vanssay et Catherine Mesmin, religieuses professes envoyées par leur supérieure à la demande de l'évêque de Saint-Malo : Guillaume Le Gouverneur en 1621 pour prendre la direction du nouveau prieuré Notre-Dame-de-la-Victoire de Saint-Malo en 1621, dont Madame de Vanssay fut la première prieure[24].

Cures, prieurés

Terres et seigneuries

  • Paris :
    • Fief du Fort aux-Dames dans le cul-de-sac éponyme, rue de la Heaumerie, quatre maisons avec la prison droit de basse, moyenne et haute justice. En 1429, les religieuses bénédictines de l'abbaye de Montmartre, loue par bail une maison à Philippe Damien, marchand bourgeois, moyennant 6 livres de rente perpétuelle et 3 deniers de cens, payable l'une à la saint Remy, l'autre à la saint Denis, tous deux à l'auditoire du Forr-aux-Dames[26]. Le , « Illustre et vertueuse princesse Madame Françoise-Renée de Lorraine, abbesse de l'abbaye de Montmartre, déclare dans un acte notarié qu sa dite abbaye à un fief appelé vulgairement le fief du Fort-aux-Dames, et qu'à cause de celui-ci elle a justice haute, moyenne et basse aux lieux desquels elle a droit de censive et droit de voierie, et que pour l'exercice d'icelle, elle a un bailly, lieutenant, procureur fiscal, sergens et autres officier de justice, comme pareillement elle a en vertu dudit fief, droit de censive portant lods et vente, saisine et amendes, quand le cas y eschet, es rues et sur les maisons qui ensuivent : sur quatre maisons rue de la Heaumerie, dans lesquelles se tient et exerce la juridiction de l'abbesse. Le dit fief du Fort-aux-Dames est amorti depuis la fondation de ladite abbaye »[27] ;
  • La seigneurie de Bercy au XIIe siècle, dit Percy (ou Perci) dans un acte de donation de Louis VI le Gros à l’abbaye de Montmartre où on le cite comme « l’Insula Berciliis ». Puis, en 1172, une seigneurie naissante, dite la Grange de Bercix, l’évoque une seconde fois. Le mot Bercy apparaît en 1415. En 1460, les religieuses du consentement de l'évêque de Paris, Mgr Guillaume Chartier, ont le déchargé le terre et seigneurie de Barsis-sur-Seine (Bercy sur Seine), et l'hôtel et terre de la Granche aux Merciers (Grange aux Merciers) de tout droit qu'elles avaient et pouvaient avoir sur les dits lieux, et tout cédé et transporté à noble homme et sage maître Jean Bureau, Trésorier de France, à présent détenteur de la dite Grange aux Merciers, et les deniers quelles en ont reçues ont été employés à faire à neuf le clocher de la dite église[30].
  • La seigneurie de Bourg-la-Reine donnée par Louis VI le Gros (1081-1137) en [31] aux dames de Montmartre[32], fief qu'il avait obtenu des religieuses de l'abbaye Notre-Dame d'Yerres en échange de la terre d'Inoilliers sur la paroisse de Briis-sous-Forges qu'il avait acquis auprès des chanoines de Notre-Dame de Paris[33]. Elle le garde jusqu'à la Révolution, sauf de 1710 à 1736 où les dames de Montmartre sont obligées d'aliéner leur domaine par impécuniosité en faveur du duc du Maine. Cette terre a également porté le nom de « Pré Hilduin » suivant une charte de 1160 de Louis VII restituant aux religieuses une terre sise à Pont-la-Reine[34],[32].
  • En 1305, confirmation d'une charte de Philippe Auguste (1165-1223) concernant de la donation de maisons à Paris et de vignes à Bagneux, faite aux religieuses de l'abbaye de Montmartre, par Anceline, veuve de Ancelin le Changeur[35].
  • La terre de Barbery avec la justice et le district, faite par la reine Adélaïde de Savoie, est 1154 confirmée par son fils Louis VII le Jeune[36]. Le Parlement de Paris reconnaîtra à l'abbaye son droit de haute justice d'après ces éléments par un arrêt du autorisant l’abbaye de Montmartre à élever des fourches patibulaires à Barbery où elle a toute justice, bien que par le passé il n’y eût pas de fourches en cet endroit[37].
  • Sèvres, première moitié du XIIIe siècle, donation de sept arpents et demi de vignes[38].

Dîmes

  • 1451 : sentence condamnant l'abbé Anceau Langlois, curé de Montmartre à renoncer à la perception des dîmes qu'il prétendait s'attribuer à cause de sa cure[39].

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