Algérie

L'Algérie (/al.ʒe.ʁi/[Note 3] Écouter ; arabe : الجزائر (al-Jazā'ir))[Note 4],[Note 5] ; et arabe algérien : الدزاير (Dzayer), الجازاير (Djazaïr) ou لدزاير (Dzayer) ; en tamazight ⴷⵣⴰⵢⵔ (Dzayer)) est un pays d’Afrique du Nord faisant partie du Maghreb. Depuis 1962, elle est nommée en forme longue République algérienne démocratique et populaire, abrégée en RADP (en arabe الجمهورية الجزائرية الديمقراطية الشعبية ; en tamazight ⵜⴰⴳⴷⵓⴷⴰ ⵜⴰⵎⴳⴷⴰⵢⵜ ⵜⴰⵖⵔⴼⴰⵏⵜ ⵜⴰⴷⵣⴰⵢⵔⵉⵢⵜ (Tagduda tamegdayt taɣerfant tazzayrit)). Sa capitale est Alger, la ville la plus peuplée du pays, dans le Nord, sur la côte méditerranéenne.

Au , la population algérienne résidente avait atteint 43 millions d’habitants[10]. Avec une superficie de 2 381 741 km2, c'est à la fois le plus grand pays d'Afrique[Note 6],[11], du monde arabe et du bassin méditerranéen[Note 7]. Il partage plus de 6 385 km de frontières terrestres[Note 8], avec la Tunisie au nord-est, la Libye à l'est, le Niger au sud-est, le Mali au sud-ouest, la Mauritanie et le Sahara occidental à l'ouest, et enfin le Maroc au nord-ouest.

Des sites archéologiques ont révélé des traces d’hominidés datant de près de deux millions d’années. Dans l'Antiquité, le territoire algérien connaît la formation des royaumes numides avant de passer sous la domination partielle des Romains, des Vandales, des Byzantins et des principautés berbères indépendantes. Le VIIe siècle marque le début de l'islamisation puis l'arabisation partielle de la population. Le Maghreb central connaît alors plusieurs dynasties locales : Rostémides, Zirides, Hammadides, Zianides et des périodes d'intégration dans des groupements impériaux plus larges[12]. L'Algérie contemporaine commence à se constituer territorialement au début de la régence d'Alger, soit au XVIe siècle. Après plus d'un siècle de colonisation française, à l'issue d'une guerre d'indépendance longue et meurtrière et à la suite du référendum d'autodétermination du , l'Algérie a proclamé son indépendance le .

L'Algérie est membre de l'Organisation des Nations unies (ONU), de l’Union africaine (UA), du Mouvement des non-alignés et de la Ligue arabe pratiquement depuis son indépendance, en 1962. Elle a en outre intégré l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en 1969 et figure parmi les membres-fondateurs de l'organisation de la coopération islamique la même année. En février 1989, l'Algérie a pris part, avec les autres États maghrébins, à la création de l'organisation de l'Union du Maghreb arabe (UMA). Le pays a également rejoint l'Union pour la Méditerranée en 2008.

La Constitution algérienne définit « l'islam, l'arabité et l’amazighité » comme « composantes fondamentales » de l'identité du peuple algérien et le pays comme « terre d'Islam, partie intégrante du Maghreb, pays arabe, méditerranéen et africain »[13]. Depuis 2011, l'Algérie est selon le PNUD le pays le plus développé d'Afrique continentale[14].

Une porte du Palais du Dey à Alger.

L'appellation « Algérie » provient du nom de la ville d'Alger. Le nom « Alger » dériverait du catalan Aljer, lui-même tiré de Djezaïr, nom donné par Bologhine ibn Ziri[15], fils de Ziri Ibn Menad fondateur de la dynastie berbère des Zirides, lorsqu'il bâtit la ville en 960 sur les ruines de l'ancienne ville au nom romain Icosium, Djaza'ir Beni Mezghenna[Note 9].

L'étymologie d'Algérie reprend le nom de la ville qui en est la capitale « Al-Djaza'ir » (الجزائر), qui signifierait en arabe, « les îles, » soit un ensemble d'ilots avec lesquels a été constitué le port d'Alger ou sa jetée actuelle [15],[16], contrée berbère dont « la ville ayant été celle des Beni Mezghenna, qui la peuplaient », Djezaïr Beni Mezghanna[Note 10], du nom Djezaïr orthographié en arabe pour la première fois au XIe siècle par le polygraphe cordouan Al-Bakri, sous la forme de جزاير بني مزغنة , Djezaïr Beni Mezghenna[17]. Le terme d'îles viendrait des géographes musulmans médiévaux pour désigner la côte fertile du Maghreb, entre l'Ifriqiya et Tanger, coincée entre le vaste Sahara et la mer Méditerranée, apparaissant alors comme un chapelet d'îles montagneuses, Al-Jaza’ir fertiles. Cependant, El-Bekri distingue dans son ouvrage, le nom Djezaïr de El-Djezaïr pour « îles », ce dernier terme désignant une localité située dans le désert libyen[18].

Dans les plus anciens documents cartographiques, Alger s'est écrit de différentes façons : Alguer (1275), Algezira (1300), Zizera (1318), Zizeria (1367) Zizara (1409), et Aurger (1339) chez Angelino Dulcert. Cependant, dans ces mêmes documents se trouve le nom d'Alger (dès le XIVe siècle) qui était prononcée Aldjère, voire « Algir » sur la mappemonde de Martin Béhaïm (à la fin du XVe siècle), et enfin, Alger chez Sébastien Cabot (au milieu du XVIe siècle). Tous ces noms proviennent de la racine Djezaïr Beni Mezghenna [19]mentionnée par écrit pour la première fois par El-Bekri.

Une autre hypothèse lierait le nom « Dzayer » au nom de Tiziri (ou Dziri) ibn Menad, père de Bologhin ibn Ziri [20] et fondateur de la dynastie berbère Ziride. Bolghin investit le site des Mezghenna à la demande de son père pour y établir un port. La forme berbère Tiziri du prénom de Ibn Menad, signifie « clair de lune ». Les Algérois se désignent eux-mêmes sous le vocable de Dziri, et la ville elle-même étant dite en arabe ou berbère, Dzayer ou Lezzayer, pour désigner aussi bien la ville Alger que le pays qui en a pris le nom.

En ce qui concerne Mezghenna, Tassadit Yacine rapporte l'hypothèse d'une forme arabisée d'Imazighen, ou « Berbères », donnant au pays le nom originel Tiziri n At Imezghan, « Ziri des Berbères »[21]. Les Mezghenna sont des berbères des cantons de la plaine de la Mizrana, en Basse Kabylie occidentale maritime.

Le terme arabe al Jaza'ir est utilisé depuis l'établissement des trois régences ottomanes au Maghreb (Alger, Tunis et Tripoli), pour désigner le pays qu'Alger commandait. Cependant le terme Dzayer a continué d'être employé dans la langue courante pour désigner la ville du Dey, autrement dit Alger[22]. Par une lettre célèbre aux oulémas de Fès, l'Abdelkader ibn Muhieddine parlait de watan al Jaza'ir (la patrie d'Algérie/Alger)[22]. En outre un poète tlemcénien du XIXe siècle chante : « Mon Dieu, veille sur al Jaza'ir », pour désigner le territoire dont Alger est la ville capitale[22].

Ibn Khaldoun dans sa Muqaddima désigne Alger et le pays alentour comme Bilâd Al-Djaza'ir[23]. Le nom en français, Algérie, est donc une reprise de l'arabe par le biais du catalan Alguere usité en 1686 par Fontenelle dans Entretiens sur la pluralité des mondes pour qualifier la régence d'Alger (manque référence, page ?). Le nom Algérie sera officiellement adopté le 14 octobre 1839 par Virgile Schneider[24] afin de désigner ce territoire faisant partie de la côte des Barbaresques et publié la même année dans les décrets royaux (Charles X).

La « République algérienne démocratique et populaire », forme longue, a été proclamée par l'Assemblée nationale constituante le à Alger[25].

L’Algérie est le pays le plus étendu du continent africain, mais aussi du monde arabe et du pourtour méditerranéen, sa partie sud représentant une fraction notable du Sahara.

Relief et paysages

Localisation géographique de l'Algérie sur le continent africain

Dans le Nord du pays et le long du littoral méditerranéen, s'étend la bande du Tell sur environ 1 600 km[26], large de 80 à 190 km. Elle est formée de petites chaînes de montagnes : le massif des Traras, les monts du Tessala, le Dahra, le Djurdjura, l'Atlas blidéen, les Babors, le massif de Collo, enfin le djebel Edough. Ces montagnes constituent la partie la plus septentrionale de l'Atlas tellien. Le point culminant de cet ensemble est le mont Lalla Khedidja, dans le sud du Djurdjura. Ce sommet atteint 2 308 mètres d'altitude et est recouvert de neige en hiver.

L'incidence de ce relief a pour effet la constitution de falaises rocheuses, interrompues dans les baies d'Arzew-Mostaganem, de Tipaza, d'Alger, de Skikda et d'Annaba.

Les montagnes sont séparées par des vallées, riches par leur flore et leur faune, arrosées par des cours d'eau dont les principaux sont le Chelif et la Soummam et par des cuvettes (Sebkha d'Oran, Mitidja). Les plaines et vallées du Tell abritent la plus grande partie des terres fertiles du pays.

Carte topographique de l’Algérie

Entre le Tell et le Sahara, s'élèvent l'Atlas tellien et l'Atlas saharien, deux ensembles montagneux parallèles orientés sud-ouest/nord-est, se rapprochant à leur extrémité est, entre lesquels s'intercalent des plaines et hauts plateaux.

L'Atlas tellien méridional englobe, d'ouest en est, les monts de Tlemcen (1 843 m au djebel Tenouchfi), de Daïa[Note 11] (1 300 à 1 400 m), de Saïda (1 200 m), de Frenda (1 220 m), le massif de l'Ouarsenis (1 985 m au pic Sidi Amar), le massif du Titteri, les monts Bibans (1 862 m au djebel Mansourah) et les monts de Constantine.

Entre l'Atlas tellien et l'Atlas saharien, un vaste ensemble de hauts plateaux et de plaines semi-arides s'étend de la frontière marocaine à la cuvette du Hodna. Cette zone est caractérisée par la présence de chotts, étendues d'eau salée asséchées à certaines saisons.

L’Atlas saharien prolonge le Haut Atlas marocain par les monts des Ksour (2 236 m au djebel Aïssa), le djebel Amour (1 977 m au Touilet Makna), les monts des Ouled Naïl (1 577 m au djebel Senalfa), les monts du Zab (1 313 m au djebel Mimouna), puis par les monts du Hodna (1 890 m au djebel Afghane), ce dernier massif reliant l'Atlas tellien aux monts de Belezma (2 178 m au djebel Refaa). Au sud de l'Atlas saharien plusieurs oasis constituent ce qui est appelé « la porte du désert ».

Au-delà de la jonction des deux Atlas, l'Atlas saharien se poursuit avec le massif de l'Aurès, lui-même prolongé en Tunisie par les monts de Tébessa. Le point culminant de l'Aurès est le mont Chélia (2 328 mètres[27]). L'Aurès est bordé au sud-est par les monts des Nemencha qui culminent à 1 420 m au-dessus du niveau de la mer.

La partie saharienne représente plus de 80 % de la superficie de l’Algérie (environ deux millions de kilomètres carrés) ; les principales formes de relief sont les regs (étendues pierreuses) et les ergs (dunes), avec au sud le massif du Hoggar et le plateau du Tassili. L'aridité ne laisse la place qu'à quelques oasis.

Au sud de l'Atlas saharien se trouvent de grands plateaux rocheux d'une largeur variable. Au-delà, vers l'ouest et à environ 210 km de l'Atlas saharien occidental, s'étend le Grand Erg occidental, tandis qu'à l'est se développe le Grand Erg oriental. À environ 250 km au nord-ouest de ce dernier, une dépression est occupée par des chotts, dont le Chott Melrhir (au sud-est de Biskra), où se trouve le point le plus bas d'Algérie (-40 m). Les ergs constituent d'immenses mers de sable ponctuées d'oasis dont certaines sont d'importantes palmeraies. Ces ensembles de dunes sont séparés l'un de l'autre par un plateau, le Mzab puis, plus au sud, par une suite de collines rocheuses orientée nord-sud. Le plateau de Tademaït est bordé au nord par le Grand Erg occidental et à l'ouest par le Grand Erg oriental.

Au sud-ouest, s’étendent les ergs Iguidi et Chech, immensité de dunes sableuses linéaires largement espacées les unes des autres. Plus au sud-est, se situe le plateau du Tanezrouft, vaste reg aride se poursuivant jusqu'au Mali et constituant l'une des zones les plus désertiques au monde.

Dans le Sahara méridional, au sud-est du Tademaït, s'étend le massif du Hoggar, dont le point culminant est le mont Tahat (2 918 mètres), en même temps que celui de l'Algérie. Certaines sources font état d'une altitude de 3 003 m[28]. Il est constitué de roches magmatiques formant des pics, des « aiguilles volcaniques » et de hauts plateaux désertiques. Plusieurs cônes et cratères témoignant d'une activité volcanique jadis intense parsèment le paysage. Cette activité remonte à l'ère Cénozoïque, plus précisément du Pliocène final au Pléistocène initial. À l'est, dans le tassili n'Ajjer, haut plateau aride perché à plus de mille mètres d'altitude, se dressent des formations rocheuses fortement érodées émergeant des dunes, donnant parfois au relief un aspect de paysage lunaire.

Climat

(température et précipitations de l'année)
Relevé météorologique de la côte approximatif pendant les années de sécheresse
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 0,1 3 5 9 12 15 17 19 14 11 6 −1,3 11,5
Température maximale moyenne (°C) 12 13 16 18 23 26 27 29 26 23 16 10 17,2
Record de froid (°C) −11 −8 −5 3,8 3,8 9,4 13,4 13,8 11,6 7,2 −4 −10 −9
Record de chaleur (°C) 24,4 30 28,8 37,2 38,8 41,6 41,1 47,2 44,4 37,7 31,1 24,4 47,2
Précipitations (mm) 112 84 74 41 46 15 1 5 41 79 130 137 764


Le centre de climatologie de l'Algérie est sous la responsabilité de l'Office national de météorologie[29]. Un climat méditerranéen couvre le Nord, tandis qu’un climat désertique règne sur le Sud. À Alger, le mois le plus chaud de l’été est août[30]. Le Sahara est une région très ventée et aride. Les amplitudes thermiques sont généralement considérables à cause de la sécheresse de l'air. En Algérie, le temps est généralement ensoleillé, il avoisine 3 650 heures de soleil par an[31].

Les vents sont très variables, autant dans le Nord que dans le Sud. Les forces éoliennes ne dépassent pas les 120 km/h. Dans le Sud, ils déplacent chaque année entre soixante et deux cents millions de tonnes de poussières dans l'air. Ils soulèvent de dix à vingt millions de tonnes de sable[32]. En été, le Sirocco, un vent très sec et très chaud (dit le Chehili ou chili), se dirige du sud vers le nord.

diagramme des températures au nord

Les températures sont très variables entre le jour et la nuit dans les différentes régions du Sahara. Le thermomètre indique des variations entre 40 °C le jour et °C la nuit. Par contre, le Nord a un climat méditerranéen. En été, les températures sont élevées[30]. Les températures moyennes estivales et hivernales se situent entre 25 °C et 11 °C[33].

Dans le Nord, dans les villes côtières, les températures hivernales varient entre °C et 15 °C. Elles s'élèvent à 25 °C au mois de mai pour atteindre une moyenne de 28 à 30 °C en juillet et août (28 °C à Skikda, 29,5 °C à Alger). Toujours dans le Nord, dans les montagnes de Kabylie, la température avoisine les °C voire -°C en hiver. La neige y est fréquente en hiver. La région de la Kabylie comporte plusieurs zones climatiques. Le littoral et la Kabylie maritime sont de climat méditerranéen. L'hiver y est plutôt doux comparé au reste de la région, avec une température de 15 °C en moyenne. La période estivale, rafraîchie par les vents marins, présente une température moyenne de 35 °C environ[34]. Sur les hauteurs le climat est beaucoup plus rude, avec parfois des températures au-dessous de zéro et une neige abondante l'hiver ; et des étés très chauds, très secs, notamment vers le sud où la pluviométrie est moindre. Cependant dans les parties les plus hautes la température estivale est modérée par l'altitude.

Sur les plateaux et dans les vallées intérieures, l'hiver est sensiblement identique à celui des hauteurs. Mais en été, du fait de l'enclavement et de l'exposition aux vents du sud, les températures sont particulièrement élevées : c'est le cas à Medjana, sur les hauts plateaux, comme à Akbou, dans la vallée de la Soummam, couloir idéal pour le passage du sirocco. Dans la ville de Tizi Ouzou la température peut atteindre les 46 °C quand elle est de 35 °C à Dellys.

Dans le centre et dans l'Ouest, dans les hauts plateaux de la région de Djelfa, la température estivale varie de 30 à 38 °C.

Dans l'Est comme dans la région environnant l'Aurès, les hivers sont très froids, la température atteint parfois les -18 °C sans facteur humidex. Les étés sont très chauds. Le thermomètre affiche parfois 50 °C à l'ombre. Les variations de température sont très importantes dans cette région. La température estivale varie de 30 à 38 °C.

Le Nord-Ouest, comme Oran, Tlemcen, Mostaganem, etc., bénéficie d'un climat méditerranéen classique marqué par une sécheresse estivale, des hivers doux, un ciel lumineux et dégagé.

Quant au Sahara, la température y est de 15 à 28 °C en hiver, pour atteindre 40 à 45 °C, voire plus en été.

Le Tell, dans le Nord du pays, possède un climat méditerranéen, les étés sont chauds et secs et les hivers sont doux et pluvieux et parfois enneigés. Cette zone est la plus humide d'Algérie, elle est caractérisée par des précipitations annuelles qui varient entre 400 et 1 000 mm d'eau[35].

La Kabylie bénéficie d'une pluviométrie relativement abondante qui a facilité le développement d'une agriculture typique. En Grande Kabylie, les régions intérieures sont plus arrosées en raison de l'ascension et de la décompression des vents humides : ainsi à Larbaâ Nath Irathen, la pluviométrie est de 1 059 mm contre 833 mm à Tizi Ouzou[34]. Une ligne de crête qui traverse la région en joignant l'Atlas blidéen, le Djurdjura, les Babors, le massif de Collo et l'Edough, sépare une zone nord très pluvieuse (plus de 800 mm de précipitations par an) et une zone sud moins arrosée. Cette différence de pluviosité aurait eu pour conséquence une végétation naturelle plus ou moins dense : aux versants nord, initialement couverts d'une forêt peu hospitalière, devenus plus tard terres de vergers, s'opposeraient ainsi des versants sud plus facilement et sans doute plus précocement peuplés, car plus immédiatement propices à la culture et à l'élevage. Ce facteur introduit un élément supplémentaire de distinction entre Grande Kabylie et Petite Kabylie. En effet la première, si l'on en exclut le versant sud du Djurdjura (comme le fait d'ailleurs le tracé de l'actuelle wilaya de Tizi Ouzou), se trouve entièrement en zone de forte pluviosité. Au contraire, en Petite Kabylie les orientations combinées du littoral et du relief ne laissent que peu de profondeur aux versants nord. Elles font plus de place aux zones moins humides, comme le Guergour et le Ferdjioua qui s'étendent entre Babors et Hauts-Plateaux[source insuffisante][36].

Dans l'Aurès, la quantité de pluie indique 100 mm de moyenne annuelle. Cependant, des pluies diluviennes sont constatées dans la région de l'Aurès. Les dégâts causés par des crues peuvent être considérables surtout dans la wilaya de Batna.

Dans le Nord-Ouest de l'Algérie, pendant les mois d'été, les précipitations deviennent rares voire inexistantes, et le ciel est lumineux et dégagé. L'anticyclone subtropical recouvre la région oranaise pendant près de quatre mois. En revanche la région est bien arrosée pendant l'hiver. Les faibles précipitations (294 mm de pluie) et leur fréquence (72,9 jours par an) sont aussi caractéristiques de ce climat.

Les régions du Sahara sont caractérisées par un climat aride et sec. Dans le Nord, la quantité de pluie indique 100 mm de moyenne annuelle et dans le Sud, elle est de 20 mm. Dans les régions côtières, la moyenne annuelle est 200 mm. Cependant, des pluies diluviennes sont constatées en Algérie dans plusieurs villes. Les dégâts sont considérables. En 2008, la ville de Ghardaïa, qui fait partie du patrimoine mondial, a été inondée par une grande quantité de pluie. Alger a subi aussi une grande inondation en 2001[37]. Les précipitations annuelles enregistrées dans les Hauts Plateaux et dans l'Atlas saharien ne dépassent pas la quantité 200 à 400 mm de pluie. Mais, la hauteur des pluies annuelles est souvent inférieure à 130 mm dans l'ensemble du Sahara algérien.

Faune et flore

Lion de Barbarie (aussi surnommé lion de l'Atlas) photographié en Algérie en 1893.
Le Jardin d'essai d'Alger regroupe plus de 3 000 espèces végétales dont certaines sont considérées comme très rares [38].

L'Algérie dispose d’énormes variétés animales et végétales qui se répartissent au niveau des différents parcs protégés que compte le pays et dont les plus notables sont : le parc national de Belezma, le parc culturel de l'Ahaggar, le parc national de Chréa, le parc culturel du Tassili, le Jardin d'essai d'Alger, le parc national de Gouraya ainsi que le parc national du Djurdjura et enfin la réserve naturelle du lac des oiseaux d'El Tarf.

L'espèce végétale est formée de plusieurs catégories dont 314 genres assez rares, 30 rares, 330 très rares et 600 endémiques, dont 64 se trouvent au Sahara. En tout, 226 espèces sont menacées d’extinction[39].

L’Algérie compte 107 espèces de mammifères dont 47 sont protégées et 30 menacées de disparition. Elle dénombre aussi 336 espèces d'oiseaux dont 107 sont protégés[39], et une est endémique du pays : la Sittelle kabyle (Sitta ledanti).

Le Sud algérien abrite une faune composée pour l'essentiel de fennecs, gazelles, gerboises, Cherchmana (poisson de sable), chats des sables, guépards[40], porcs-épics et lézards. Sur les hauteurs, dans les escarpements du Hoggar, on peut retrouver le mouflon à manchette. Au Nord du pays, les campagnes sont peuplées de hyènes rayées, de renards, de belettes, de chats sauvages, de lièvres, de chacals et de sangliers. Le singe macaque préfère quant à lui les zones forestières. En hiver, l'Algérie devient la terre d'accueil de certains oiseaux migrateurs européens, dont les cigognes. Enfin, les animaux que l'on croise le plus souvent en Algérie sont le dromadaire, localement appelé baâir ou maheri, le mouton, la chèvre et le cheval.

Ressources hydriques artificielles

Selon les données du ministère des Ressources en eau, l’Algérie compte 50 barrages en exploitation, 11 sont en cours de réalisation et 50 autres barrages à l’étude. Ces derniers devraient être réalisés avant 2020[41].

L'Algérie entend rattraper le retard constaté en raison des pertes d'eau estimées à 50 %. Le dessalement est favorisé par l'État, le gouvernement a à cet effet installé quelques stations de dessalement à Alger et Tipaza. Plusieurs centres importants, comme à Arzew qui fournit 90 000 m3 ou le centre de Beni Saf, ont amélioré la situation du manque d'eau dans certaines villes.

Les principaux barrages en Algérie sont ceux d'El Hamiz, Béni Haroun, Timgad, Gasba, Tichy-haf, Tilesdit, Koudiat Acerdoun, Ourkis et Kherrata.

Dans l'Ouest, de nombreux barrages alimentent les villes comme Beni Bahdel, Sikkak Bekkhedda, Dahmouni, Bentaïba, Ghrib, Bougara, barrage de Sidi M’Hamed Bénaouda[42]. Il existe aussi des stations d'épuration d'eau, telle celle d'El Kerma.

Géographie humaine et administrative

Carte des peuplades d'Algérie
Carte des wilayas d'Algérie

Sur le plan administratif, l'Algérie est divisée en 58 wilayas. La wilaya constitue une circonscription administrative, sorte de préfecture, dotée d'une assemblée élue, l'Assemblée populaire de wilaya (APW), et placée sous l'autorité d'un wali (préfet)[43] nommé par le président de la République. Elles sont divisées en daïras, lesquelles sont divisées à leur tour en communes (au nombre de 1 541). Chaque commune possède sa propre instance délibérante, l'Assemblée populaire communale (APC), qui élit elle-même son président, faisant office de maire. Chaque wilaya et daïra porte le nom de son chef-lieu et a un budget indépendant, collecté au niveau local.

Avec 2 947 446 habitants en 2008[44], la wilaya d'Alger est la wilaya la plus peuplée d'Algérie. En 1997, le gouvernorat du Grand-Alger est créé en remplacement de la wilaya d'Alger et en absorbant dix-neuf communes des wilayas de Tipaza, Blida et Boumerdès.

Les wilayas du Sud attirent de plus en plus les habitants du Nord, surtout dans les villes d'industrie pétrolière et gazière, comme Hassi Messaoud et Hassi R'Mel. Il existe aussi une population nomade, généralement installée au Sud : les Sahari dans le Nord du Sahara, les Touaregs dans le Sud. Leur recensement est difficile à réaliser en raison de leur déplacement saisonnier et de la complexité de leur situation géographique.

Villes principales

Le taux d'urbanisation de l'Algérie est estimé à 73 % en 2018[45], et continue d'augmenter (avec une croissance plus soutenue dans le Sud algérien) en dépit des efforts de l'État pour freiner la migration vers les villes. L'Algérie compte plus d'une trentaine d'agglomérations urbaines de plus de cent mille habitants, presque toutes concentrées dans le Nord du pays. La plus grande ville est Alger, mégapole de plus de six millions d'habitants[46], soit plus du dixième de la population globale, ce qui en fait la première agglomération du Maghreb.

Les autres grandes villes algériennes, au regard de la population, de l'influence culturelle ou de l'importance économique sont : Oran, Constantine, Annaba, Batna, Sétif, Béjaïa, Tlemcen, Biskra, Tamanrasset, et Ghardaïa, Béchar, Ouargla.

Carte géologique de l'Algérie

L'Algérie fait partie de l'ensemble Nord-Ouest africain. Si l'on examine un schéma structural de cette zone, deux domaines principaux sont mis en évidence :

  • un domaine méridional, le Sahara, où affleurent les socles précambriens du Hoggar et des Eglab, et leur couverture phanérozoïque de la plate-forme saharienne ;
  • un domaine septentrional, la zone atlasique, comportant un Atlas saharien au Sud, qui se prolonge à l'Ouest (Maroc) par le Haut Atlas marocain et à l'Est (Tunisie) par l'Atlas tunisien.

Dans le Nord, l'Atlas tellien, domaine varié et très complexe ayant aussi des équivalents au Maroc (le Rif et le Pré-Rif) et en Tunisie (Kroumirie et Nefza). Cet Atlas tellien comporte une zone interne et une zone externe formés de terrains allochtones (nappes de charriage). Entre les deux Atlas affleurent les Hautes plaines qui se terminent à l'est par la chaîne du Hodna et se continuent à l'ouest par la Meseta oranaise et au-delà des Atlas (Haut et moyen Atlas) par la Meseta marocaine, qui se noie dans l'Atlantique.

Entre les ensembles sud (plate-forme saharienne) et nord (l'ensemble atlasique), un énorme accident de valeur continentale est connue : l'Accident Sud Atlasique (ASA), qui va d'Agadir (Maroc), jusqu'à Gabès (Tunisie). Il passe en Algérie aux environs de Biskra, Laghouat.

Séismes et risques sismiques

La faille entre les plaques tectoniques africaine et eurasienne passe par tout le littoral algérien

Une importante activité sismique se trouve localisée dans les zones côtières algériennes et la mer Méditerranée. La compression tectonique entre les plaques africaine et eurasienne génère de nombreuses failles actives provoquant des séismes plus ou moins importants sur toute la côte nord de l'Algérie. « cette côte est traversée par une limite de plaques lithosphériques continentales convergentes : la plaque eurasienne, au nord, chevauche la plaque africaine au sud. C'est dans cette faille de chevauchement que se déclenchent les séismes de la région »[47].

L'Algérie est divisée en deux plaques tectoniques séparées par la faille sud-atlasique. Dans le Nord se trouve la tectonique alpine et dans le Sud, la plate-forme saharienne, qui est assez stable[48]. Historiquement, elle est connue pour être une zone sismique très active. Les investigations effectuées après le séisme d’El Asnam (Chlef actuellement) en 1980 ont permis de révéler l’existence de traces d’anciens séismes qui auraient affecté cette région. D'après le CRAAG (Centre de recherche astronomie astrophysique et géophysique), l'activité sismique au nord d'Algérie connue remonte au , date à laquelle s'est produit le séisme d'Alger. Depuis de nombreux séismes se sont produits.

Parmi les séismes violents qu'on peut citer, Al Asnam (Chlef actuellement) en septembre 1954 et en octobre 1980, Constantine en octobre 1985, Tipaza en octobre 1989, Mascara en août 1994, Alger en septembre 1996, Aïn Témouchent en décembre 1999, Beni Ourtilane en novembre 2000 et Boumerdès-Alger en mai 2003. Le dernier séisme meurtrier qu'a connu l'Algérie est celui de M'Sila en mai 2010.

Les séismes les plus meurtriers qui ont marqué l'Algérie ces dernières années sont : le tremblement de terre d'Al Asnam en octobre 1980[49], il fait 3 000 morts, détruit 80 % de la ville de Chlef[49] et cause des dégâts estimés à 10 milliards de dinars algériens[49] ; ensuite, le séisme de à Boumerdès-Alger fait plus de 2 000 morts et plusieurs milliers de blessés et de sans-abri[50], ce séisme fait 1 400 victimes dans la wilaya de Boumerdès et provoque des dégâts estimés à 5 milliards de dollars américains[51].

Hydrographie

L'estuaire de la Soummam

Il existe des cours d'eau côtiers dans le centre et dans l'Est. Ils ont pour noms Soummam, Medjerda, Rhummel, Sebaou, Hamiz, Macta, Oued Mazafran. Cependant le Chelif reste le plus long fleuve d'Algérie, avec une longueur estimée à 725 kilomètres[35]. Ce fleuve est situé dans le Nord-Ouest de l’Algérie et prend sa source dans l’Atlas tellien et se jette dans la mer Méditerranée. Son débit, dans les périodes de crues, atteint 1 500 m3/s.

Au sud de la région du Tell, les cours d'eau ne sont pas permanents. Il existe de nombreux lacs dans les régions désertiques, mais ce sont des lacs temporaires et salés pour la majorité comme Chott ech Chergui et Chott el Hodna. Les cours d'eau du Tell se déversent dans la Méditerranée. Mais, ceux qui descendent vers l'Atlas saharien font partie de la plus grande réserve d'eau au monde. Ils forment une nappe phréatique dite la nappe de l'Albien, qui constitue selon certaines estimations la plus grande réserve d'eau douce au monde[52], elle est enfouie sous le sable du désert algérien sur une superficie totale estimée à 900 000 km2[53]. La région d'Adrar a par ailleurs de grandes réserves hydriques constituées de la nappe du continental intercalaire.

Parmi les oasis, qui font partie du réseau hydrique du pays, on peut citer Djanet, Ghardaïa, Ouargla, Oued Righ, Tabelbala, Tamanrasset, Timimoun, Touggourt, Tolga, Filiach, Zaatcha. L'oasis de Tolga et le Ziban sont alimentées par les réseaux souterrains de l'Aurès. Enfin, Igharghar contient aussi une grande quantité d'eau sous terre, elle alimente une grande partie des palmeraies du Sud et oued R'hir. Des forages importants de la nappe phréatique seront réalisés pour apporter plus d'eau dans les régions arides du Sud algérien.

Dans l'Aurès comme dans tout l'Est, les rivières importantes d'eau sont Oued Abiod, Oued Abdi, Oued el ahmer, Oued Taga, marais de Medghassen, marais de Draâ Boultif, Chott Djendli, Chott Tincilt, Oued El Madher, Rhummel à Constantine. Les oasis de l'Aurès sont El Kantara et Ghoufi La région possède aussi des sources thermales comme la Fontaine chaude Hammam Essalihine de Khenchela, Hammam el Knif, source de Batna (Kasrou), source de Biskra, source de Guelma (hamam Maskhoutine), Oued Charef dans la wilaya de Souk Ahras.

Dans le Nord-Est, Seybouse est une rivière formée près de Guelma par Les oueds de Cheref et Oued Zenati, son bassin est par ailleurs le plus entendu d’Algérie, et ses terres sont considérées comme fertiles, il rejoint la Méditerranée près d'Annaba.

En Kabylie et dans le centre, les cours d'eau de Chabet el Akhra, les gorges de Palestro, la Chiffa et la Soummam sont alimentés par le Chelif.

Ressources naturelles et gisements

Carte des bassins producteurs en Algérie
Énergie solaire en Algérie.

Les principaux gisements en Algérie sont parmi les plus importants dans le monde. Généralement ils sont localisés dans le Sud. Selon Sonatrach, les 67 % de réserves en hydrocarbures sont situés dans les régions de Oued Mya et de Hassi Messaoud. Gaz à Hassi R'Mel et le pétrole à Hassi Messaoud (huile). Illizi contient 14 % des réserves. Enfin, Rhourde Nouss renferme 9 % et Ahnet Timimoun 4 % et Berkine[54]. Les sites exploités pour pomper l'huile ou pour rechercher les hydrocarbures, actuellement, en Algérie, sont : Hassi Messaoud, Ain Amenas, Hassi R’mel, Stah, Rourde Nouss, Tin Fouyé Tabankort, Gassi Touil, Ohanet, Haoud Berkaoui, Hassi Berkine, Ourhoud, Mensel Lejmet Nord et satellites, Rhourde Ouled Djemaa, Touat, El Gassi, In Salah, Rhourde El Baguel[54].

Une quantité de gaz a été localisée dans les régions de Tabankort, de Béchar, de Timimoun et de Reggane en 2009[55].

L'activité minière en Algérie est très diversifiée, on observe plus d'une trentaine de minerais qui sont exploités parmi elles : fer, sel, zinc, plomb, barytine, marbre, or, tungstène, diamant, terres rares, métaux rares et pierres précieuses et semi-précieuses. Le fer se trouve à Ghare Djébilet et à Mecheri Abdlaziz, à l'est de Tindouf (35 milliards de tonnes à 57 % de Fe), Ouenza et Boukhadra, Djsbel Hanini à Sétif. Au Hoggar, il y a 730 000 tonnes de minerai d'or au gisement Tirek, Amessmessa en contient 3,34 millions de tonnes, les deux à teneur moyenne de 18 g/t, soit environ 2,4 millions d'onces d'or. Enfin, deux autres gisements sont à Tiririne et à In Abgui. La baryte représente 40 000 tonnes ; le plomb-zinc est exploité dans le Nord du pays ; le potentiel est de 150 millions de tonnes. La bentonite se situe dans les régions de l'Ouest, à Maghnia et Mostaganem. L'Algérie a une grande quantité de sel soit en gemme (un milliard de tonnes) ou lagunaire dans les chotts et dans l'Est. Le gisement de phosphate se trouve à Tébessa (Djabel Onk), il renferme deux millions de tonnes. l'uranium est localisé au Hoggar[56].

Le pays recèle plusieurs gisements aussi notamment de gypse, de calcaire, de sable, d’argile, de dolomie, des carrières d’agrégats, des gîtes pour la fabrication de ciments.

Mausolée de Massinissa
Le Medracen, à Batna, l'un des plus anciens monuments d'Algérie ( 300 av. J.-C.) ; il porte le nom de l'ancêtre de tous les Berbères

L’Algérie, en raison de sa tradition de terre d’accueil et les multiples civilisations qui l’ont traversée, a hérité d’une histoire très riche qui s’exprime par des vestiges d'époques variées. C’est ainsi que l'Afrique, la Méditerranée, l’Europe et l’Orient marquèrent de leurs influences spécifiques le cheminement historique de l’Algérie.

Les premiers vestiges archéologiques notables sont d'âge préhistorique et remontent à l'époque néolithique, comme ceux du parc national du Tassili que l'on considère comme le musée à ciel ouvert le plus étendu au monde. Plus tard, les Berbères construisirent plusieurs sites comme Medracen, Mausolée royal de Maurétanie, Mausolée de Béni Rehnane à Siga dans la Wilaya d'Aïn Témouchent, ou encore le site de Sauma (El Khroub) près de Cirta qui se trouve dans la ville de Constantine. De plus, plusieurs tumuli, dolmens, grottes, tombeaux (Djeddar à Frenda), etc., attestent les pratiques funéraires berbères[57].

L’époque romaine a laissé un nombre impressionnant de vestiges, dont les plus importants se trouvent à Tipaza, Timgad, Lambèse, N'Gaous, Zana, Calama, M'daourouch, Thagaste, Cherchell, Tamentfoust, Djemila, Tiddis, Tigzirt, Dellys, Hippone, tébessa. De plus, Apulée ou saint Augustin ont été des penseurs de renom[58].

Représentation du penseur et écrivain Apulée de M'daourouch
La Numidie historique, à côté de Rome, Carthage et l' Égypte en 200 BCE

L'influence de la religion en Algérie a bouleversé la région maghrebine pendant l'Antiquité et au Moyen Âge. Plusieurs villes importantes en Algérie comme Hippone, Baghaï, Tobna, M'Sila, Tlemcen, Béjaïa, Alger, etc., se sont développées. Plusieurs dynasties également se sont succédé, à travers le temps, pour prendre le pouvoir dans les diverses régions de l'Algérie.

Enfin, l'Algérie fut prise par les Ottomans en 1515, ensuite par les Français en 1830. L'Algérie recouvre son indépendance en 1962.

« Les monuments historiques ont été bien préservés malgré tout le long de l'histoire algérienne, mais dès l'arrivée des Français, la dégradation fut désastreuse. Plusieurs décrets ont fait que des prisons ou des villes aient été construites sur d'anciennes villes romaines, à l'exemple de Lambèse »[59]. « Lors de l'indépendance, la même politique est menée, ce qui fait que plusieurs sites sont pillés, délaissés, abandonnés et même détruits à l'exemple des villes de Zianides, Tlemcen[60]. »

Préhistoire

Carte du Magheb qui montre l'aire de d'origine de la culture caspienne sur les rives de la Méditerranée à travers les pays actuels Maroc, Algérie et Tunisie.
Localisation du noyau à l’origine de la culture capsienne

Des sites archéologiques ont livré des vestiges d’hominidés datés par archéomagnétisme de près de deux millions d’années. Le site d'Aïn Hanech (« la source du serpent »), près d'El Eulma, dans la wilaya de Sétif, a livré les industries les plus anciennes[61],[62],[63]. Les chercheurs ont aussi décelé la présence d'Homo habilis et d'Homo erectus (appelé auparavant Atlanthrope), dès l'Acheuléen, à Mostaganem (site Errayah)[64], à Tighennif[65],[66], à Tabelbala-Tachenghit[67], à N'Gaous[68].

Au Paléolithique moyen, les industries lithiques atériennes sont caractérisées par la présence de pièces à pédoncule. L'évolution des formes humaines depuis l'Homo erectus a abouti à l'apparition de l'Homo sapiens de type archaïque, ancêtre de la forme humaine actuelle.

Le Paléolithique se termine avec l'Ibéromaurusien, connu en particulier à la suite des fouilles menées dans la grotte d'Afalou, en Kabylie, qui ont révélé l'existence à cette période (il y a 20 000 ans à 10 000 ans environ) d'un art mobilier (petites statuettes zoomorphes) et d'enterrement.

Les derniers chasseurs-cueilleurs sont représentés dans le Nord-Est de l'Algérie par les Capsiens, attestés jusqu'à il y a 8 000 ans. Les modalités de passage à l'économie de production (et donc au Néolithique) sont très mal connues dans le Nord.

Dans le Sud, au Sahara, le Néolithique est une période florissante en raison d'un climat globalement plus humide que l'actuel et donc d'une flore et d'une faune beaucoup plus riches. Les êtres humains de cette période ont gravé et peint les parois de leurs abris. La chronologie exacte de cet art est très discutée et notamment la date de son apparition (il n'existe pas de moyen de le dater directement). Certains chercheurs pensent qu'il est apparu dès la fin du Pléniglaciaire, au Paléolithique, tandis que d'autres ne le pensent pas antérieur au Néolithique.

Les Aurès comprennent plusieurs sites datant de l'ère préhistorique à la période protohistorique[69]. Plusieurs recherches anthropologiques ont été entreprises dans les régions des Aurès, puisque de nombreuses grottes troglodytes étaient habitées par des Hommes à Maafa, Takarbourst dans les Aurès[70] et Ghoufi[71].

Protohistoire

Antiquité

Extension du territoire carthaginois avant la Première guerre punique vers 264 av. J.-C.

Les Berbères, formés de plusieurs confédérations dont les Gétules, les Garamantes et les Libyens, dispersées dans le vaste territoire de l'actuelle Algérie, vont nouer des relations culturelles avec les Phéniciens, l'Égypte antique, la Grèce antique et l'empire romain. Le monument Medracen datant de 300 av. J-C en témoigne[72]. Il appartiendrait donc à la riche archéologie méditerranéenne de l'époque hellénistique, se manifestant par un goût archaïsant mais aussi une très bonne connaissance du vocabulaire architectural le plus récent comme en témoigne la présence d'une gorge égyptienne[73]. Sous les Phéniciens, plusieurs ports sont construits dont Icosium, Iol, Ténès.

De gauche à droite, L'arc de Trajan à l'extrémité du decumanus de la ville antique de Timgad, et les ruines romaines à Tipaza

Les États indépendants de la Numidie commencent avec l'émergence des deux confédérations massyles et massæsyles[74]. La première est à l’origine de la Numidie Orientale, la seconde de l’Occidentale. Ces deux tribus s'affrontèrent durant la deuxième guerre punique, où Massinissa, chef des Massyles, contribua de façon décisive à la victoire de l'Empire romain sur Carthage. Durant le règne de Massinissa, il parvint à unifier la Numidie, qui s'étendit alors du fleuve Moulouya à l'Ouest jusqu'à la Cyrénaïque à l'Est[75].

La Numidie des Massyles et des Massaesyles avant leur unification par le roi Massinissa

Après la mort de Massinissa, une crise de succession, vue d'un bon œil par Rome, provoqua des troubles en Numidie[76]. Rome, qui ne voit pas d'un bon œil la reconstitution d'un état puissant, reconnait la constitution de deux Numidie occidentale et orientale. Après l'exécution de Jugurtha, trahi par son beau-père, le roi BocchusIer de Maurétanie[77] en 104 av. J.-C., la Numidie est partagée : sa partie occidentale est attribuée à Bocchus, roi de Maurétanie, le reste étant laissé sous l'autorité d'un roi vassal de Rome. En 25 av. J.-C., Juba II reçoit le trône de Maurétanie, et la Numidie est partagée entre la Maurétanie et la province d'Afrique.

Par la suite, les Romains pénètrent dans l'actuelle Algérie. L'agriculture se développe grâce à la plantation de plusieurs milliers d'oliviers pour faire de l'huile d'olive en Algérie. La civilisation romano-africaine est à son apogée ; plusieurs grandes villes sont construites au Nord, comme Lambèse et Timgad. Des mariages mixtes entre Romains et Berbères naturalisés sont célébrés dans les grandes villes. La pratique des cultes berbères est représentée dans les fresques romaines. De même, les jeux romains sont source de distraction pour la plupart des berbères et les bains publics sont un luxe accessible à tous. À Timgad, on dénombrait vingt-sept bains. Il n'y avait pas de remparts autour des villes. Les arts sont développés par les artisans berbères comme la céramique et la poterie. Plusieurs amphithéâtres sont construits. Le théâtre de Timgad pouvait contenir quatre mille personnes de l'Aurès. Après la crise de Rome, les chrétiens sont au pouvoir. Les Vandales puis les Byzantins prendront le pouvoir d'une partie de l'Algérie à la fin.

« Saint Augustin d'Hippone et sainte Monique » (1846), par Ary Scheffer.
Invasion des Vandales
Basilique Saint-Augustin à Annaba dédiée à saint Augustin évêque de la ville de 396 jusqu'à sa mort en 430 [78]

Le christianisme fait son entrée en l'an 256. Durant le siècle suivant, dans une atmosphère de déclin grandissant, les populations des villes côtières algériennes et tunisiennes, ainsi qu'une minorité de la population des campagnes se convertissent à la nouvelle religion. En 313, avec les crises politiques et économiques romaines qui s'éternisent, la nouvelle religion devient l'alibi d'une nouvelle révolte qui sera encore une fois amazigh. En effet, le culte donatiste se développa en Algérie à Baghaï[79] dans les Aurès et en Tunisie comme un défi politique à Rome. Les donatistes, refusant d'accepter l'autorité religieuse de l'Empereur, exigent la séparation de l'État et de la religion. Ainsi ils finiront par déclarer que l'empereur représente le diable. Ils rejetèrent aussi le rite catholique. L'empereur envoie ses troupes pour les réduire. La répression ne fit qu'accroître le soutien populaire aux donatistes. En 321, les légions romaines venues réprimer les donatistes se retirèrent.

Toutefois, vers l'an 340, l'idéologie donatiste donne naissance à une secte populaire, celle des circoncellions, littéralement ceux qui encerclent les fermes. Les circoncellions devinrent des extrémistes qui considéraient le martyre comme étant la véritable vertu chrétienne. Ils se munirent de matraques de bois, refusant de porter des armes en fer. Ainsi, ils se mirent à attaquer les voyageurs sur les routes de toutes les régions, puis les fermes des propriétaires terriens. La secte des circoncellions, violemment réprimée, finit par disparaître vers le IVe siècle.

Alors qu'en l'an 395 l'Empire romain fait face à de sérieux problèmes internes, qui réduisent le contrôle qu’exerçait Rome sur l'Afrique du Nord, les donatistes saisissent cette conjoncture favorable pour tenter à nouveau de dominer la scène politique et religieuse. Finalement, excédé, l'empereur les déclare hérétiques en 409 . Il envoie plusieurs légions qui sont d'une férocité terrible envers les responsables religieux du culte, parfois même envers la population locale. Malgré les appels pressants de plusieurs parties, les donatistes disparurent presque complètement de la scène religieuse, une minuscule communauté survit dans la clandestinité jusqu'au VIe siècle. Quelques années plus tard, en 430, c'est tout l'Empire romain qui se retire de l'Algérie sous la pression des Vandales qui envahissent le pays. Une partie de l'Algérie suivit le mouvement arien, l'arianisme était bien implanté par les Vandales[80].

Ruines du mur byzantin de Tébessa, l'un des nombreux sites restaurés et fortifiés par Solomon.

Solomon fut nommé en 534 par Justinien comme gouverneur de l'Afrique, tout juste reconquise par le général Bélisaire sur les Vandales de Gélimer. Il est remplacé deux ans plus tard (en 536), avant de retrouver son poste en 539. Il doit faire face aux rebelles berbères, notamment ceux du chef Antalas. Il est toutefois battu par ces derniers dans une bataille près de la cité de Tébessa en 544, trouvant la mort au combat. Iaudas se révolte à son tour contre l'autorité des Byzantins et se proclame roi des Aurès, mais après quelques succès, il est finalement vaincu par Jean Troglita en 548[81].

Mais deux chefs berbères des Aurès, Ifisdias et Cutzinas, sont également remarquables dans leur lutte contre les Byzantins, pendant le commandement de Jean Troglita, lorsque ce dernier veut attaquer les Berbères du Sud après que les Aurès et le Zab sont dominés par les Byzantins grâce à Solomon. En revanche Mastigas, roi berbère de la Maurétanie césarienne, après les Vandales, prend en main une partie de cette province, bien que les Byzantins soient arrivés jusqu'à Frenda, car des inscriptions byzantines ont été retrouvées sur place en Algérie.

En 544, les Byzantins exerceront un pouvoir jusque dans la province de Constantine. Cependant, l'émergence d'insurrection berbère contre les Byzantins provoque l'organisation de plusieurs États puissants dont les Djerawa, les Banou Ifren, les Maghraouas, les Awerbas, et les Zénètes[82].

À la veille de la conquête musulmane du Maghreb, quelques tribus berbères pratiquaient le judaïsme, selon Ibn Khaldoun, ainsi que le christianisme. Le reste de la population demeure païen comme le cas des Banou Ifren[83].

Moyen Âge

La ville de Tlemcen ex-Agadir fut fondée par les Banou Ifren au VIIIe siècle
Bologhine ibn Ziri, fondateur des trois villes : Alger, Miliana et Médéa

La chute de Rome, puis des Vandales, et l’instabilité durant la période byzantine entraine la reconstitution de plusieurs principautés berbères. Certaines, notamment dans les Aurès, vont résister à l’arrivée des musulmans entre 665 et 708.

De 644 à 656, la première tribu berbère algérienne à se convertir à l'islam fut les Maghraoua. Leur chef, Ouezmar Ibn Saclab, fut sollicité par le calife Othmân ibn Affân à embrasser la religion musulmane, selon l'historien du Moyen Âge, Ibn Khaldoun. Les Maghraouas se convertissent en masse à la nouvelle religion lors du retour de leur chef. En 665, les Omeyyades lancent leur première attaque sur le Maghreb. C’est en 683 que Oqba Ibn Nafi al-Fihri entreprend la conquête. Si la résistance des Byzantins les arrête peu, il en va différemment de celle des Berbères. Par contre, les Maghraoua s'allient autour des Omeyades dès le début.

L'unité politique et administrative de la Berbérie orientale et centrale, l'Aurès, était en grande partie réalisée par Koceïla, allié des Omeyades. Le conflit entre Koceïla et Oqba Ibn Nafi al-Fihri amène une autre guerre. Et au décès de Koceïla en 688, Dihya, dite la Kahina, prend la tête de la résistance.

De 688 à 708, Dihya procéda ainsi à la réunification de nombreuses tribus de l'Afrique du Nord orientale et du Sud. Dihya défait par deux fois la grande armée des Omeyyades grâce à l'apport des cavaliers Banou Ifren et des autres confédérations. Elle règnera sur tout l'Ifriqiya pendant cinq années. Dihia sera vaincue dans la dernière bataille contre les Omeyyades. Hassan Ibn en Nu'man des Omeyyades demande, en contrepartie, aux différentes tribus alliées à Dihia de faire partie de l'armée Omeyades. Et ensuite, Moussa Ibn Noçaïr nomme son affranchi Tariq ibn Ziyad gouverneur de Tanger et le plaça à la tête de l'armée berbère du Maghreb.

En 708, les Omeyyades restent les maîtres de l’Algérie. La période préislamique se termine. L'Algérie s’islamise, tandis que les langues romanes et punique disparaissent. Après la conquête musulmane, les citadins adoptèrent progressivement la langue arabe.

Minaret de la Kalâa des Béni Hammad près de M'Sila
Mosquée Zianide à Tlemcen
Dynastie Zianide au XVe siècle et ses voisins.

Vers le VIIIe siècle, les Omeyyades étendront leur empire jusqu'au Maghreb. Il s'ensuit une importante révolte des sufrites berbères sous le commandement d'Abou Qurra. Cette révolte durera presque un siècle, plusieurs groupes ou dynasties kharidjites comme Nekkarites, Ibadites, Rostémides, se rassemblent pour se rebeller contre le pouvoir Abbassides et Omeyyades.

Ibn Rustom fonde en 761[84] un royaume ibadite dans le nord du Maghreb avec Tahert pour capitale[85]. Celui-ci, comme l'émirat de Cordoue depuis sa création en 756[86], conserve son indépendance du califat des Abbassides, malgré les pressions diplomatiques et militaires ainsi que les pertes de territoires[84]. Par la suite, les Idrissides ainsi que les Soulimanides prennent le pouvoir sur une partie de l'Algérie de l'Ouest. Au IXe siècle, les Aghlabides alliés des Abbassides, prendront le pouvoir sur une partie de l'Algérie.

Au Xe siècle, le dai ismaélien Ubayd Allah al-Mahdi fonda la dynastie Fatimide, en Basse Kabylie où il trouva un écho favorable à ses prêches millénaristes. Les Fatimides établirent leur autorité en Afrique du Nord entre 909 et 1171 et fondèrent un califat dissident des Abbassides de Bagdad. Leur règne est marqué par de nombreuses révoltes kharijites, notamment celle d’Abu Yazid, en 944, à la tête de tribus berbères Zénètes, qui infligèrent la plus sévère défaite à l’armée Fatimide, affaiblie et rendue vulnérable, en prenant Kairouan. Les Fatimides transfèreront alors leur capitale de Kairouan à Mahdia puis vers l’Égypte. Les Zirides s'allient avec les Fatimides et lancent une attaque contre les Zénètes. Mais, les Omeyades les repoussent, ainsi les Zénètes regagnent leurs territoires. Les Hammadides fondent une dynastie après une divergence entre les souverains Zirides. Ainsi, la révolte kharidjite fut vaincue par Ziri ibn Menad, à la tête de tribus Sanhadjas, qui en sauvant l’empire reçut le poste de gouverneur du Maghreb central. Ainsi en 972, lorsque les Fatimides, après l’annexion égyptienne, eurent moins d’intérêt pour le Maghreb, c’est son fils, Bologhine ibn Ziri, qui hérita du contrôle de l’Ifriqiya. Les Zirides y règneront pendant environ deux siècles.

Hammad ibn Bologhine, le fils de Bologhine, gouvernera indépendamment des Zirides. Son État comprend la ville de Béjaïa (sa capitale) et le Nord-Est de l’actuelle Algérie. À partir de 1014, les Hammadides reconnaissent comme califes légitimes les Abbassides sunnites de Bagdad, ils fondent ainsi la dynastie des Hammadides. Les Zirides reconnaîtront, à leur tour, en 1046, les califes Abbassides, montrant ouvertement aux Fatimides leur abandon du chiisme. Alors que les Ifrenides et les Maghraouas gouverneront dans l'Ouest algérien et sur une partie du sud d'Algérie et au Maroc actuel. Ces derniers rejettent l'autorité des Fatimides et des Omeyyades à la fois, selon l'historien Ibn Khaldoun.

C’est à partir de 1048, dans certaines régions du Sud, que des tribus arabes, principalement les Banû Hilâl et les Banu Sulaym, immigrent en Afrique du Nord. Ces « terribles bédouins » hilaliens furent envoyés par le pouvoir fatimide afin de réprimer les Zirides et les Hammadides. Par vagues successives, Les Hilaliens menaient des incursions et des batailles dans les grandes villes, pillant puis détruisant tout sur leur passage. À la fin, ils s'imposeront.

Pour l’Algérie, leur nombre ne dépassant pas quelques dizaines de milliers de personnes, l’immigration arabe en Afrique du Nord fut peu importante, sauf dans deux régions extérieures à l’Algérie, celles de Kairouan et de Tanger. Si bien qu’au total, le peuplement de l’Algérie n’a reçu qu’une contribution démographique arabe limitée, et qu’une grande partie des populations arabophones est berbère. L’Algérie est alors, sur une petite partie à l’ouest, sous le contrôle des Almoravides, après avoir évincé les Banou Ifren et les Maghraouas. Les Hammadides sont au centre et seront chassés partiellement du sud par les Hilaliens. Les Zirides restent en Ifriqiya et sont cernés par les Hilaliens au sud.

En 1152, toutes les forces locales sont définitivement vaincues par une nouvelle dynastie berbère, les Almohades, dirigés par Abdelmoumen Ibn Ali et dont le chef spirituel est Ibn Toumert. Les Almohades formeront un des plus puissants empires méditerranéens, unifiant le Maghreb et le pays d’Al-Andalus jusqu’en 1269. Avec les grandes villes du littoral, à l'exemple de Béjaïa, d'Annaba et d'Alger, le Maghreb central s'ouvre à l'Occident chrétien en entretenant un commerce actif, apportant notamment les fameux chevaux barbes, de la cire[Note 12] ou encore du cuir de qualité.

La chute des Almohades marque un tournant dans les relations avec les puissances chrétiennes du nord, qui s'organisent pour la Reconquista alors que le mythe de l'invincibilité musulmane prend fin. Au Maghreb, des dynasties Zénètes s'imposent, comme les Mérinides de Fès dans le Maghreb occidental, les Abdelwadides de Tlemcen du Maghreb central. Les Hafsides s'imposent au Maghreb oriental. Ces dynasties, qui rayonnent sur l'Afrique du Nord d'abord entre le XIIIe et le XIVe siècle, subissent de plus en plus, vers la fin du XVe siècle, la pression de l'essor des puissances espagnole et portugaise, ce qui, conjugué aux luttes intestines pour l'accès au trône, conduit alors à des reculs successifs de leur pouvoir et à l'émiettement de leur empire.

Plusieurs juifs de l'Andalousie sont envoyés vers l'Algérie en 1492. Dans cet état de fait, la dynastie Zianides résiste fortement jusqu'à l'attaque décisive des Ottomans. Ces derniers prennent la ville de Tlemcen en 1554[87].

Débarquement des Morisques au port d' Oran (1613, Vicente Mestre), Fundación Bancaja de Valencia

Les Rois catholiques vont achever la Reconquista en 1492, à la suite de quoi, les Juifs seront refoulés vers l'Afrique du Nord. L'arrivée des Andalous et des Mudéjars coïncidera. Après 1502, tous les musulmans qui arriveront en Algérie seront appelés Morisques (des Andalous et des Mudéjars). Ces derniers seront définitivement expulsés de la péninsule Ibérique entre 1609 et 1614 sous Philippe III d'Espagne, à la suite du décret d'expulsion des Morisques d'Espagne[88].

Ainsi, des milliers de familles d'Espagne s'exilent en Algérie, ils viennent en masse dans les villes du nord du pays, dont Oran, Tlemcen, Nedroma, Blida, Alger, Mostaganem, Cherchell, Annaba, Béjaïa[89]. Ces grandes familles, qui ont fait tout ce qu'elles pouvaient pour rester dans leur pays d'origine, sont forcées à vivre dans une terre qui leur est tout à fait inconnue. Leur apport sera très important dans la société, la culture sera en premier plan, ainsi que la construction des villes et l'économie. Ces familles vont changer pour beaucoup le décor de la scène sociale de l'époque[90].

Époque moderne

Khayr ad-Din Barberousse, gouverneur général de la régence d'Alger.

À l'ouest, au mois de juillet 1501, les Portugais lancent une expédition pour tenter d'accoster sur la plage des Andalouses. Il faudra attendre le débarquement de Mers el-Kébir, en 1505, pour voir l'Espagne s'engager dans la première expédition organisée contre Oran. La prise de la ville par l'armée du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, commandée par Pedro Navarro, eut lieu le . Après l’occupation du port de Mers el-Kébir (1505), et celui de la ville d’Oran (1509), la ville fut désertée, puis totalement occupée par les troupes espagnoles. Dès 1509, le Cardinal Ximenes entreprit la construction, sur les ruines de la mosquée Ibn El Beitar, de l'église Saint-Louis, qui domine la vieille ville des deux côtés. En 1554, le gouverneur comte d'Alcaudete fit alliance avec le sultan marocain Mohammed ech-Cheikh contre les Ottomans alors installés à Alger, et parvint à maintenir encore la présence espagnole. Les Espagnols font ainsi d’Oran une place forte. Les juifs furent expulsés hors d’Oran par les Espagnols en 1669[91]. Sous le roi d’Espagne, Carlos III, ce dernier et les partisans de la conservation de la ville s’affrontent. Entre 1780 et 1783, le ministre Floridablanca proposa à l’Angleterre d’échanger Oran contre Gibraltar.

Au centre, en 1510, Ferdinand le Catholique attaque la ville d'Alger. Les Espagnols l'assiégèrent et bâtissent sur un îlot de la baie d'Alger une forteresse, le Peñón d'Alger, destinée à bombarder la ville et à empêcher son approvisionnement. Salem ben Toumi chef des Beni Mezghenna demande l'aide des Turcs[92].

Au nord est, Pedro Navarro prend Béjaïa en 1510[93] et jusqu'en 1555. Il y arrive le avec 5 000 hommes et attaque la ville. Abderrahmane oppose 10 000 soldats, qu'il lance immédiatement contre les Espagnols en cours de débarquement. L'assaut est repoussé grâce notamment à l'artillerie de marine. Mais la riposte espagnole commence immédiatement, avec des bombardements maritimes et terrestres. L'essentiel de la bataille se déroule dans la ville. À la fin, Abderrahmane réussit à prendre la fuite et il y aura plusieurs morts. La renommée de Navarro et le récit de ses exploits militaires incitent les rois d'Alger, de Tunis et de Tlemcen à prêter l'hommage au roi d'Espagne et à libérer tous leurs prisonniers chrétiens. Cependant en 1514, grâce à une attaque combinée des Kabyles menée par Sidi Ahmed ou el Kadhi, à la tête de 20 000 hommes et des Turcs par la mer, la ville de Bejaia sera temporairement libérée de la présence espagnole. Les Espagnols en seront ensuite définitivement expulsés en 1555 par les Ottomans, dirigés par Salah Raïs pacha.

Mosquée Ketchaoua, reconstruite en 1794 sous le gouvernement de Hasan Pacha. Ici après sa conversion en cathédrale par la France. 1899.

Cherchant à contrôler leur espace maritime après la Reconquista, les Portugais partent en expédition en Afrique du Nord occidentale au début du XVe siècle (prise de Ceuta en 1415), suivis des Espagnols qui occupent au début du XVIe siècle des ports méditerranéens (Mers el-Kébir, Oran, Béjaïa). L'Espagne décide d'assiéger le port d'Alger, et s'empare de l'îlot du Peñon à l'entrée du port, qu'elle fortifie. Les Algérois font alors appel aux corsaires ottomans. Les frères Barberousse, forts de plusieurs succès dans la navigation, parviennent en 1518, après plusieurs échecs, à chasser les Espagnols d'Alger — en partie avec l'appui des tribus kabyles — et à étendre progressivement leur état sur le reste du pays (Cherchell, Ténès, Tlemcen).

En 1556, les Ottomans attaquent les Zianides et prennent Tlemcen[94]. Le frère aîné de Khayr ad-Din Barberousse tue les derniers rois Zianides en les noyant dans l'eau au XVIe siècle[95]. Ensuite, les Espagnols lancèrent depuis leur possession d’Oran une offensive victorieuse contre les troupes de Barberousse à Tlemcen dans laquelle Aroudj perdit la vie.

C'est dans ce contexte que Khayr ad-Din Barberousse, qui se trouvait à Alger lorsqu'il apprit la mort de son frère, sollicita le soutien du Sultan Soliman le Magnifique et plaça son nouvel État sous la protection de l'empire ottoman, recevant le titre de beylerbey (gouverneur de province) ainsi qu'un contingent de 2 000 janissaires.

Cet État nouvellement fondé prendra le nom de régence d'Alger. Cette dernière fut successivement gouvernée par des beylerbeys de 1518 à 1587, des pachas de 1587 à 1659, des aghas de 1659 à 1671 et des deys de 1671 à 1830. En 1609, les musulmans d'Andalousie sont envoyés vers les côtes algériennes. La régence d’Alger a une large indépendance vis-à-vis du Sultan Ottoman. La région d'Alger, appelée Dar Es-Soltane, était placée sous autorité directe du chef de la Régence. Le reste du pays était divisé en 3 provinces nommées « beyliks » administrées chacune de manière autonome par un bey nommé par le Dey d'Alger. On distinguait : le Beylik de l'Ouest (capitale basée à Mazouna, Mascara puis déplacée à Oran après le départ des Espagnols) ; le Beylik du Titteri au centre (capitale basée à Médéa) et le Beylik de l'Est (capitale basée à Constantine), le plus puissant des trois. Chaque Beylic était divisé en outan (cantons) avec à sa tête un caïd, relevant directement du bey. Pour administrer l'intérieur du pays, les Turcs s'appuyaient sur les tribus Makhzen. Ces tribus étaient chargées d'assurer l'ordre et de lever l’impôt sur les régions tributaires du pays[96]. C'est par ce système que durant trois siècles l'État ottoman d'Alger étendit son autorité sur le Nord de l'Algérie actuelle. Mais dans les faits, plusieurs régions du pays bravaient de manière régulière l’autorité des beys.

La fortune de l'État et de la ville d'Alger était essentiellement fondée sur les profits de la guerre de course, et les relations extérieures de la régence d'Alger en étaient tendues et complexes, notamment avec la Grande-Bretagne, les États-Unis, la France, l'Espagne[97]. En 1815, Raïs Hamidou rencontra une puissante escadre américaine qui venait demander raison au dey Omar. Au début du combat, un boulet tua le Raïs Hamidou. Il s'ensuivit alors plusieurs défaites de la régence d'Alger face aux autres nations dans les batailles navales. Toutefois, dès le début du XVIIIe siècle, la course connaît un grand déclin, le pouvoir trouve dans le commerce extérieur qui se développe, une nouvelle source de revenu[98]. Face à l'extinction des revenus de la course, l'administration du Beylik exerce une pression fiscale sur les tribus. Le mécontentement mène à des mouvements insurrectionnels inédits, qui seraient notamment encadrées par des confréries maraboutiques[99].

Carte de la régence d'Alger, du Royaume des Beni Abbès et du Royaume de Koukou au XVIIIe siècle, avec la route Alger- Constantine.
Palais délabré des Ben Djellab à Touggourt.

En Kabylie, le contrôle territorial direct des gouverneurs d’Alger était limité aux grands centres urbains de la région (Tizi Ouzou, Bouira, Boghni), dans lesquels ils édifièrent des borjs (forts) et y stationnaient en permanence un nombre limité de troupes. L’administration de l'arrière-pays se faisait donc indirectement par le biais d’alliés, personnages ou tribus[100]. Cependant, deux royaumes tribaux s'opposèrent régulièrement aux Ottomans : ceux de Koukou allié aux Espagnols[101] et des Aït Abbas. Dans la Haute Kabylie, le Royaume de Koukou est fondé au XVIe siècle par Sidi Ahmed ou el Kadhi. Ce dernier, d'abord allié aux Ottomans notamment lors de la résistance face aux Espagnols, deviendra ensuite un rival pour le contrôle du nord de l'Algérie. En 1520, Khayr ad-Din Barberousse décide de mener une expédition contre Sidi Ahmed ou el Kadhi. La bataille aura lieu dans la plaine des Issers. La victoire des Kabyles sera sans équivoque et c’est avec beaucoup de chance que Khayr ad-Din Barberousse aura la vie sauve en ayant pris la fuite au bon moment. Victorieux, Sidi Ahmed ou el Kadhi s’empare d’Alger et règnera sans difficulté jusqu’en 1527, date à laquelle Khayr ad-Din Barberousse le défait et rétablit son autorité à Alger avec l'aide Abd-el-Aziz, chef kabyle des Aït Abbas et rival de Sidi Ahmed ou el Kadhi. Le royaume de Koukou perdurera plus de deux siècles, jusqu'à son extinction vers 1750[102].

En Petite Kabylie, le royaume des Beni Abbès entre lui aussi souvent en guerre contre la régence d'Alger. En 1823, ils entrèrent en guerre contre l'autorité de la Régence et coupèrent les voies de communication entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'après plusieurs mois de combats que l'agha Yahia put négocier la soumission des tribus révoltées[103]. Le royaume de Aït Abbas survivra à l'époque ottomane et ne tombera qu'en 1871 lors de la conquête française. Les beys connurent d'énormes difficultés à gouverner et à faire rentrer les impôts, certains d'entre eux qui osèrent pénétrer dans les massifs montagneux ou à travers le désert y laissèrent la vie[104]. Pour relier Alger et Constantine, la régence d'Alger dut aussi payer un droit de passage nommé l'Ouadia pour emprunter la route des « Portes de Fer » (localement nommées en arabe (El'Biban ou en tamazight Tiggoura) ; un défilé montagneux de la chaîne des Bibans en Kabylie, alors fief du royaume des Beni Abbès et des Mokrani.

Dans les Aurès, plusieurs tribus s'unirent et déclenchèrent des luttes contre les Ottomans. Cependant, plusieurs conflits internes entre fractions Chaouis enflammèrent les zones montagneuses des Aurès. Les Ouled Daoud ainsi que plusieurs tribus empêchèrent les Ottomans de pénétrer dans leurs territoires[105]. Saleh Bey tenta sans y parvenir de les soumettre en dirigeant contre eux une expédition[105]. En somme, la grande union des Chabias se divisa, provoquant l'indépendance de plusieurs tribus à l'égard des Ottomans aux XVIIe et XVIIIe siècles[106].

Dans la partie méridionale de l'Algérie entre 1515 et 1830, les Ottomans n'étaient pas en mesure d'étendre leur autorité aux régions sahariennes du pays. La chute des Zianides ouvre la voie aux conquêtes sahariennes des Saadiens soucieux de contrôler les axes transsahariens laissés vacants[107]. La régence ne peut s'engager dans des expéditions sahariennes lointaines, il est cependant fait mention de l'envoi d'une troupe d'Alger dans le Gourara vers 1560 et la fin du XVIe siècle à la demande des ksouriens face aux rezzous venus du Tafilalt[108]. Le Gourara et le Touat sont alors soumis à une tentation de repli local et sont indépendants de fait[109]. Le Sahara était l'axe principal aux échanges commerciaux entre l'Afrique noire et le Nord. La relation entre les Saadiens et les Ottomans se dégradait. Cela conduisit Ahmad al Mansour Addahbi, le sultan saadien de Marrakech, à contrôler le Gourara et le Touat[110]. Ensuite, Mulay M'hammed, sultan alaouite de Fés, prit le pays du Gourara avec l'aide des tribus locales. À l'arrivée du pouvoir des Alaouites, ces derniers délaissèrent les régions du Gourara et du Touat. Les émirs locaux prirent alors en charge la gouvernance de leurs territoires. L'impôt était prélevé par les caïds envoyés par les Alaouites, et celui qui ne payait pas était emmené comme esclave vers Fés[110]. Les chroniques du Touat ne font que mentionner ces expéditions punitives menées par les caïds venus du « gharb » (ouest)[111]. Selon Kouzmine et al.[réf. nécessaire], la zone au sud du beylik d'Oran et du mont des Ksour se trouve ainsi dans une zone d'influence partagée entre la régence d'Alger et les dynasties chérifiennes. Pendant que les troupes algériennes étaient occupées dans l'est et l'ouest de la Régence, le sultan alaouite Mouley Solimân faisait la conquête de Figuig en 1805 et celle du Gourara et du Touat en 1808[112]. Selon les géographes français du XIXe siècle, le Touat payait impôt auprès du dey d'Alger avant 1830[113]. Le commerce entre le Touat et Alger avait été très actif, mais en net déclin depuis la prise d'Alger par les troupes françaises[114]. En 1857, les délégations du Touat et du Tidikelt se présentent aux autorités françaises. Pour éviter la conquête ils demandent le protectorat de la France et en lui payant l'impôt comme autrefois au dey[115].

À Ouargla, les habitants étaient gouvernés par l'autorité des Zaouïas[110]. Les mouvements des Marabouts étaient fort implantés dans toutes les régions du Sud et dans une partie des Aurès. En revanche, le Mzab conserva la pratique du dogme ibadite. Le sultanat de Touggourt prit son indépendance en 1414. À la constitution du Beylic de Constantine, Touggourt devient rapidement tributaire de celui-ci. Les refus récurrents des sultans de Touggourt de s'acquitter du tribut imposé par les Turcs provoquèrent de nombreuses expéditions des autorités de la Régence à leur encontre. Enfin dans l'extrême sud, une confédération targuie, les Kel Ahaggar, fut formée dans le Sahara algérien vers l'année 1750.

Époque contemporaine

Bataille de Somah en 1838 (Horace Vernet)
Prise de Constantine par les troupes françaises

Initialement, les relations entre la France et la régence d'Alger étaient bonnes, puisqu'on peut lire en juin 1793[116] que « tandis que l'Europe se coalise contre la France libre, une puissance africaine (Alger) plus loyale et fidèle reconnaît la république et lui jure amitié ». De plus il y avait aussi le Bastion de France qui exploitait le corail à El Kala.

Tableau représentant un pacha turc assis sur son trône qui brandit un éventail vers un homme habillé de façon européenne, la scène se situe dans un palais de style oriental.
L'Affaire de l'éventail entre le Dey Hussein et le consul français Pierre Deval est le casus belli qui provoque le blocus maritime d'Alger par la marine royale française en 1827.

En 1794, la France révolutionnaire est attaquée par les puissances européennes coalisées, et éprouve des difficultés à nourrir sa population et ses soldats. Le dey d’Alger Hussein offre alors à la Convention toutes facilités pour faire ses achats de blé, consentant aussi par la suite sous le Directoire un prêt d’argent sans intérêts. Une fois la guerre terminée, les régimes qui se succèdent n’honorent pas la dette et, quand la France redevient royaliste, la dette est revue à la baisse. Elle est pourtant payée, mais seulement à Paris, à la Caisse des Dépôts et Consignations. Cependant, un nombre important de créanciers vrais ou supposés, des commerçants livournais qui avaient servi d’intermédiaires se manifestent alors. Ainsi, sous couvert de satisfaire leurs réclamations, on avait « rendu légale sa spoliation »[117]. Le dey est donc en froid avec le consul de France, car il comprend qu’il ne récupérera pas son argent et que les livraisons de blé ne lui seront jamais payées.

En 1827, le dey d’Alger découvre que la France avait fortifié, à l’extrémité de la Régence à la Calle, un entrepôt dont elle avait la concession pour faire du commerce, et qu’elle s'était engagée à ne pas fortifier[117]. N’obtenant pas d’explications de la part du gouvernement français, le , le dey décide d'en référer verbalement au consul de France. Le consul ignorant ouvertement sa demande, le dey s’emporta alors, l'injuria, et finalement donna au « représentant de la France » un coup de son éventail. Si l’on s’en réfère à Robert Louzon, militant anticolonialiste engagé, c’est donc bien l’affaire des fortifications de La Calle et non simplement la dette restée impayée qui était à l’origine de la colère du dey d’Alger[118],[119]. Le gouvernement de la Restauration et Charles X, soucieux de redorer l’image de la France à l’étranger et de renforcer l’autorité royale en France, trouvèrent alors dans cet incident — un outrage à la France par le biais de son « représentant », le consul — un prétexte pour intervenir militairement[120].

La conquête de l’Algérie fut très violente et longue. Elle se traduisit par la disparition du tiers de la population algérienne entre 1830 et 1850. Les méthodes sont perverses et conduisent surtout à des décès par famine (destructions de villages, de cultures, arbres arrachés), complétant les connues enfumades, massacres de prisonniers et de civils, razzias. À ce niveau la qualification de crime de guerre ou « meurtres de masse » est à propos[121],[122]. L’armée française conquiert l'Algérie village après village. L'emblématique Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud, exécutant zélé de la politique militaire française, nouvellement promu capitaine depuis 1837, est nommé général de division après l’expédition de Petite Kabylie en 1851[réf. nécessaire].

En parallèle de ces opérations militaires une politique de colonie de peuplement est mise en place, pratique corollaire courante des conquêtes[123].

Lalla Fatma N’Soumer, figure de la résistance à l’ armée coloniale française

Entre le 11 et le 18 mai 1830, quelque 37 000 hommes répartis à bord de 675 navires affrétés par l’entreprise Seillière, c’est-à-dire pratiquement toute la marine marchande française de l’époque, embarquèrent pour conquérir la bande côtière de l’ancienne régence, par la suite unifiée sous le nom d’Algérie. Le débarquement eut lieu le à Sidi-Ferruch et, le 5 juillet, les troupes françaises commandées par Louis Auguste Victor de Ghaisne de Bourmont, général en chef de l'expédition, firent leur entrée dans la forteresse d’Alger, le dey capitula le jour même.

Mais la France se heurte à l’ouest à l’émir Abdelkader ibn Muhieddine et à l’est aux tribus berbères dont celles de Kabylie menées par Lalla Fatma N’Soumer. La France entame des négociations avec l’émir Abdelkader ibn Muhieddine en 1834 et en 1837, date à laquelle est signé le traité de la Tafna. Mais en 1839, Abd el-Kader déclare la guerre à la France, considérant l’expédition aux « Portes de fer » (dans la chaîne des Bibans en Kabylie) par l’armée française comme une violation de traité. En mai 1843, la smala et le fameux trésor d’Abd el-Kader sont aux mains des Français. Le 10 septembre 1844, le sultan marocain Abderrahmane ben Hicham, battu lors de la bataille d'Isly par le général Bugeaud, signe avec la France le traité de Tanger, qualifiant l'émir de « hors-la-loi »[124]. Un an plus tard, en 1845, le Sultan marocain signera un autre traité avec la France, le traité de Lalla Maghnia qui marquera les frontières entre le Maroc et l'Algérie.

En 1847, Abd el-Kader, attaqué au Nord et à l'Est par les troupes françaises et à l'Ouest par les troupes marocaines, dépose les armes et se rend. L’armée française d’Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l’Algérie. À l’issue de la bataille de Zaatcha, dans les Aurès, en 1848, le Constantinois est conquis. Entre 1849 et 1852, la domination s’étend à la Petite Kabylie. En juillet 1857, les tribus de Grande Kabylie se rendent, et la capture de Lalla Fatma N’Soumer met un terme à la résistance ; mais les Kabyles se soulèveront encore jusqu’au début des années 1870. La conquête du nord de l’Algérie est alors achevée. Dans le sud, la prise de Laghouat et de Touggourt, la capitulation des Beni-M’zab du Mzab (1852) et celle du Souf reculent les limites de l'Algérie jusqu’au grand désert.

Ce n’est qu’après un ultime soulèvement, en 1871, lors de la révolte de Mokrani, menée depuis la Kabylie des Bibans, et qui réunira plus de 250 tribus à travers l'Algérie, que la mission de « pacification » s’achève. Conjugué à la famine de 1866-1868 et à l'épidémie de choléra, ce sont près d'un million de civils qui vont perdre la vie selon le démographe R. Ricoux[125], la perte démographique se concentrant en particulier sur les six dernières années de la conquête.

Il s'ensuit une grande guerre entre l'Armée française les troupes du Cheikh Bouamama et la tribu des Ouled Sidi Cheikh.

Carte de l'Algérie française

Au début de la conquête en 1830, l'Algérie connut un afflux important de colons européens (essentiellement français et espagnols) que l'on appellera bientôt pieds-noirs. En 1834, l'Algérie est annexée à la France, les autochtones deviennent des « sujets français » par l'ordonnance royale du 24 février 1834 qui leur confère la « qualité de Français »[Note 13]. La France se fondant sur le traité de capitulation du dey d'Alger — de jure : « convention franco-algérienne de 1830 » — et l'ordonnance d'annexion de 1834, considère que ses droits étaient applicables à tous les territoires algériens , même sahariens[126]. En 1848, à la suite de la « soumission d'Abd-el-Kader à la France » le , les trois provinces d'Algérie (le Sahara, indépendant de l'ex-régence d'Alger, n'est conquis qu'en 1902) deviennent les départements français d'Algérie (il y aura plus tard les départements français du Sahara), disposant d'une organisation administrative et judiciaire calquée sur celle de la métropole par exemple les arrondissements, les communes et les tribunaux.

L'article premier du Sénatus-consulte du 14 juillet 1865 proclame que : « L'indigène musulman est français, néanmoins il continuera à être régi par la Charia. Il peut être admis à servir dans les armées de terre et de mer. Il peut être appelé à des fonctions et emplois civils en Algérie. Il peut, sur sa demande, être admis à jouir des droits de citoyen français ; dans ce cas, il est régi par les lois civiles et politiques de la France. » Cette possibilité restait néanmoins purement théorique, puisqu'en pratique il leur était plus difficile d'accéder à la citoyenneté française qu'à un étranger et que même lorsqu'elle leur était accordée les droits y afférents étaient de toute façon remis en cause.[réf. nécessaire] Les indigènes israélites bénéficièrent de dispositions spéciales du décret Crémieux no 136 du (caractère automatique de la citoyenneté française), à la différence des indigènes musulmans, mais aussi des colons européens étrangers auxquelles s'appliquèrent le décret Crémieux no 137 dont l'article 2 titre III ordonne que : « L'indigène musulman qui veut être admis à jouir des droits de citoyen français doit se présenter en personne devant le chef du bureau arabe de la circonscription dans laquelle il réside, à l'effet de former sa demande et de déclarer qu'il entend être régi par les lois civiles et politiques de la France. »

À la fin du Second Empire, la population algérienne est confrontée à partir de 1866-1868 à des difficultés agricoles considérables qui génèrent la Famine algérienne de 1866-1868.

Sous le régime de Vichy les juifs d'Algérie furent à nouveau discriminés par la loi comme l'étaient les Algériens issus d'une culture musulmane en Algérie de 1940 à 1942 (Chantiers de la jeunesse française)[127].

Descendant direct de l'émir Abd el Kader, l'émir Khaled mit sa prestance personnelle et son prestige[réf. nécessaire], au service d'un programme essentiellement moderniste, qui lui a valu l'exil : représentation au Parlement à proportion égale avec les Européens algériens ; suppression des lois et mesures d'exception des tribunaux répressifs, des cours criminelles, de la surveillance administrative, mêmes charges et droits que les Français en ce qui concerne le service militaire, accession pour les indigènes algériens à tous les grades civils et militaires, sans d'autres distinctions que le mérite et les capacités personnelles, application de la loi sur l'instruction publique obligatoire, liberté de presse et d'association, application au culte musulman de la loi de séparation des Églises et de l'État, amnistie générale, application aux indigènes des lois sociales et ouvrières ; liberté absolue pour eux de se rendre en France.

L'Algérie connaît alors une croissance économique rapide, en particulier dans le minerai de fer, avec l'émergence de la Société de l'Ouenza, dixième entreprise française[128], qui prend le relais de l'importante et plus ancienne Société Mokta El Hadid.

Dès l'issue de la Seconde Guerre mondiale, en 1945 et à la suite de la naissance d'un mouvement nationaliste, les partis (FLN, MNA) et (PCA, Mouvement libéral algérien, etc.), revendiquent l'indépendance de l'Algérie par rapport à la France, tandis que les partis partisans du maintien d'une Algérie française (FAF et OAS) demandent le maintien de l'Algérie dans le territoire français ; s'ensuivit une guerre de 1954 à 1962.

Messali Hadj, père du nationalisme algérien et président fondateur du Parti du peuple algérien

Au début du XXe siècle, plusieurs dirigeants algériens revendiquent à la France le droit à l'égalité ou à l’indépendance. Plusieurs partis vont être créés et plusieurs pamphlets seront écrits pour défendre le droit pour les Algériens. Plusieurs penseurs algériens vont vilipender les plus importantes personnalités du régime colonial français. La plupart des figures du mouvement algérien vont être surveillées de près par les services policiers français, d'autres seront exilées vers d'autres pays comme l'a été l'émir Khaled el-Hassani ben el-Hachemi en Égypte, puis en Syrie. L'émir Khaled préside le premier parti algérien l'association de l'Étoile nord-africaine de 1926 jusqu'à sa mort en 1936. Son rôle fut symbolique puisqu'il fut exilé.

Messali Hadj[129], Malek Bennabi[130], Mohamed Hamouda Bensai, Saleh Bensai, Abdelhamid Ben Badis[131], Mohamed Bachir El Ibrahimi, Fodil El Ouartilani, Larbi Tébessi, Ferhat Abbas, Chérif Saâdane[132], Omar Ouzeggane, etc., tous vont diverger entre eux sur la question algérienne, cela provoquera l'émergence de plusieurs associations et partis algériens : Parti de la réforme ou mouvement pour l'égalité, Association des oulémas musulmans algériens, le Parti du peuple algérien, Amis du manifeste et de la liberté fondé par Ferhat Abbas et dont Chérif Saâdane est membre du comité directeur[133], Parti communiste algérien.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Charte de l'Atlantique, la première charte de l'ONU, le plan Marshall, la Ligue arabe, la conférence de San Francisco, etc., tout cela a contribué à l'indépendance de l'Algérie. Lors du congrès de mars de 1945 que les AML ont tenu, les délégués ont proclamé la nation algérienne constituée[134], Messali Hadj fut élu comme chef du peuple algérien.

Le 8 mai 1945 ont lieu des manifestations d’Algériens dans plusieurs villes de l’Est du pays (Sétif, et le Constantinois), qui devaient permettre de rappeler leurs revendications nationalistes, de manière concomitante avec la liesse de la victoire. À Sétif, après des heurts entre policiers et nationalistes, la manifestation tourne à l’émeute et la colère des manifestants se retourne contre les « Français » : une centaine trouveront la mort dans les jours suivants[135]. La répression de l’armée française est brutale. Officiellement, elle fait 1 500 morts parmi les Algériens, chiffre potentiellement sous-estimé et probablement plus proche des 20 000 à 30 000 selon l’historien Benjamin Stora. Le Parti du peuple algérien (PPA) estime qu'il y a eu 45 000 morts[136]. De par la radicalisation qu'ils ont engendrée dans les milieux nationalistes algériens, certains historiens considèrent ces massacres comme le véritable début de la guerre d'Algérie[137].

À la suite de ces massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, le jour même et alors qu'ils venaient présenter leurs vœux à Yves Chataigneau à l'occasion de la défaite de l'Allemagne nazie ; Mohamed Bachir El Ibrahimi, Ferhat Abbas et Hadj Ahmed Chérif Saâdane seront arrêtés à 10h30, car accusés d'avoir « porté atteinte à la souveraineté française » par fomentation des sanglants événements de Sétif. Ils seront incarcérés à la maison d'arrêt d'Alger puis transférés à celle de Constantine.

À la suite de l'emprisonnement de Messali Hadj et l'interdiction du Parti du peuple algérien, le parti Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques revendique après le statut de l'égalité ou de l'indépendance des Algériens en 1948. Aussi, l'Association des oulémas musulmans algériens fut interdite. Alors, l'Organisation spéciale apparaît et elle a pour but de rassembler les armes pour le combat. Mohamed Belouizdad fut le premier chef de l'organisation clandestine. Ensuite, Hocine Aït Ahmed prend la tête de l'Organisation et continua à œuvrer pour l'achat des armes. La Poste d'Oran fut attaquée par les membres de l'OS.

Ferhat Abbas et Chérif Saâdane, à leur sortie de prison en avril 1946 de Constantine, créent l'UDMA (Union démocratique du manifeste algérien)[132]. Ahmed Ben Bella[138] prend la place de Hocine Aït Ahmed en 1949. Le plan de l'organisation est dévoilé et une série d'arrestations est entamée par les autorités françaises en 1950. Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques niait toute relation avec l'Organisation spéciale.

Le Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA) est fondé en mars 1954, il organisera la lutte armée. Le parti du Mouvement national algérien est fondé en juillet 1954 par les messalistes[139]. Par la suite, le Front de libération nationale est fondé en octobre 1954 par la branche du CRUA (Comité révolutionnaire d'unité et d'action).

Le Front de libération nationale (Algérie) et le Mouvement national algérien seront rivaux pour le contrôle du pouvoir. Messali Hadj sera libéré de la prison en 1958 et il sera assigné à une résidence surveillée en France.

Les archives officielles de la guerre d'Algérie ne sont encore que partiellement disponibles et accessibles[140] aux chercheurs en France ; elles sont inaccessibles en Algérie[141]. La loi française du 15 juillet 2008 relative aux archives[142] a raccourci les délais de communication des archives publiques, y compris pour certaines archives classifiées « secret défense » communicables après un délai de 50 ans[143]. En 2008, au cours de la discussion de ce texte au Parlement, un amendement adopté par le Sénat français visait à prescrire un délai de 75 ans concernant les pièces « susceptibles de porter atteinte à la vie privée »[144]. Cette disposition, vivement critiquée par des historiens car elle aurait accru les délais de communicabilité des archives relatives à la guerre d'Algérie[145], a finalemen