Cherson (thème)

Le thème de Cherson (prononcer kerson ; en grec : θέμα Χερσῶνος) est une province civile et militaire byzantine anciennement dénommée Klimata[1],[2]. Le thème se situe au sud de la Crimée et sa capitale est l'ancienne ville de Cherson, à ne pas confondre avec la ville moderne homonyme[3],[2].

La région dépend de l'Empire romain : les rois du Bosphore se placent dans la clientèle impériale. Ce contrôle se perpétue jusqu'au début du VIIIe siècle quand elle passe sous l'autorité des Khazars. L'autorité byzantine sur la région est rétablie par l'empereur Théophile qui entretient un grand intérêt pour le littoral nord de la mer Noire et notamment pour ses relations avec les Khazars. Les historiens datent classiquement la fondation du thème en se fondant sur le sceau du thème daté de 833-834[2],[3],[4]. Toutefois, des recherches plus récentes ont relié la création du thème avec la mission byzantine envoyée pour construire la nouvelle capitale des Khazars de Sarkel en 839. Petronas Kamatéros, l'architecte de Sarkel, est identifié comme le premier gouverneur du thème (le stratège) en 840-841[5]. La nouvelle province est d'abord appelée Klimata mais du fait de l'importance de sa capitale, Cherson, elle est connue sous le nom de thème de Cherson dans les documents officiels à partir de 860. En réalité, l'autorité réelle du stratège ne dépasse guère les remparts de la ville de Cherson dont les alentours sont souvent l'objet de raids de la part des Khazars puis des Petchénègues[6].

Cherson joue un rôle crucial dans les relations entre Byzance et les Khazars puis entre Byzance et les Petchénègues ou les Rus', le stratège byzantin informant régulièrement Constantinople de l'évolution de la situation dans la région. Cherson prospère du IXe au XIe siècle comme centre du commerce de la mer Noire malgré la destruction de la ville par Vladimir Ier en 988/989. En dépit de cet évènement, les Byzantins ont remporté vers 970 une importante victoire contre les Pétchénègues et les Russes qui permet à Byzance de consolider ses positions en Crimée. Le thème de Cherson devient alors l'objet de divisions en turmes à l'image des autres thèmes de l'empire comme l'atteste la découverte d'un sceau d'un tourmarque de Gothie[7].

Au même moment, peut-être après la défaite du Khazar Georgius Tzul (en) en 1016, le thème est étendu à la Crimée orientale comme le prouve la titulature d'un certain Léon Ataliatès, « stratège de Cherson et Sugdaia » en 1059. Toutefois, la région est de nouveau perdue à la fin du XIe siècle avec sa conquête par les Coumans[8]. On ne connaît rien de la région au XIIe siècle, ce qui permet de penser que la région demeure tranquille sous une tutelle byzantine lointaine. Cherson et sa province restent sous le contrôle byzantin jusqu'à la quatrième croisade de 1204 et la dislocation de l'Empire byzantin qui s'ensuit. Le thème passe alors sous le contrôle de l'Empire de Trébizonde[3],[8].

Le thème de Cherson semble être organisé d'une façon classique et comporte l'ensemble des fonctionnaires que l'on rencontre dans les autres thèmes. Comme cela a déjà été mentionné, un tourmarque de Gothie est connu aux côtés des omniprésents kommerkiarioi (des fonctionnaires fiscaux)[9]. Toutefois, les différentes cités du thème semblent disposer d'une forte autonomie dans leur direction, à l'image de Cherson elle-même. Celle-ci est en effet administrée par les magnats locaux (les archontes) dirigés par un proteuon (« le premier »)[3],[2],[5]. Cherson possède aussi le droit de battre sa propre monnaie, reprenant cette activité sous Michel III et restant durant une longue période le seul endroit de l'empire en dehors de Constantinople à pratiquer cette activité[9],[2]. Cette autonomie est aussi soulignée par le fait que le gouvernement impérial paie des subsides annuels (pakta) aux chefs de la cité à la manière de dirigeants étrangers. En outre, sur le conseil de Constantin VII Porphyrogénète dans son De Administrando Imperio, adressé au stratège local et concernant le risque d'une révolte de la cité, il doit cesser le paiement de ces subsides et les transférer à d'autres cités dans le thème. À la fin du XIe siècle, le thème est gouverné par un catépan[8].

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