Grèce

La Grèce, aussi appelée Hellas ou francisé en Hellade, en forme longue la République hellénique, (en grec : Ελλάδα / Elláda ou officiellement Ελληνική Δημοκρατία / Ellinikí Dimokratía, en grec ancien et en katharévousa Ἑλλάς / Hellás) est un pays d’Europe du Sud. D'une superficie de 131 957 km2 pour un peu moins de onze millions d'habitants, le pays partage des frontières terrestres avec l’Albanie, la Macédoine du Nord, la Bulgarie et la Turquie et des frontières maritimes avec Chypre, l'Albanie, l'Italie, la Libye, l'Égypte et la Turquie (cette dernière est la source du contentieux gréco-turc en mer Égée). La mer Ionienne à l'ouest et la mer Égée à l'est, parties de la mer Méditerranée, encadrent le pays dont le cinquième du territoire est constitué de plus de 9 000 îles et îlots dont près de 200 sont habités. De plus, 80 % de son territoire est constitué de montagnes dont la plus haute est le mont Olympe, dont le sommet culmine à 2 917 mètres.

La Grèce est considérée comme le berceau de la civilisation occidentale, patrie des arts (théâtre, architecture), de la politique (Athènes est le berceau de la démocratie), de la philosophie (stoïcisme, épicurisme, aristotélisme) et des sciences (mathématiques, physiques, médecine). La Grèce antique a légué à l'Europe un patrimoine culturel et linguistique colossal.

La Grèce est l'héritière d'une longue histoire riche et non moins mouvementée. La Grèce antique étend son influence sur tout le bassin méditerranéen, des cités-États à la Grèce romaine. Durant l'Antiquité tardive, l'Empire byzantin, Empire Romain d'Orient, survit à la chute de Rome. Les croisades et les incessantes guerres conduisent à la chute de Constantinople en 1453. La Grèce passe sous influence ottomane pendant près de quatre siècles.

La conquête ottomane n'a pas pour autant éteint l'influence grecque dans le domaine du commerce et de la culture. Les Grecs participent activement au Siècle des Lumières avec le mouvement des Lumières néohellènes. Au même moment, l'Europe occidentale redécouvre la culture grecque et un fort engouement pour « tout ce qui touche à la Grèce » se développe : le philhellénisme. Les idéaux de la Révolution Française puis la période napoléonienne contribuent à nourrir l'esprit national. Le du calendrier julien, les élites hellènes réunies en assemblée nationale à Épidaure proclament l'indépendance de la Grèce vis-à-vis de la Sublime Porte. Neuf ans plus tard, après une guerre d'indépendance, le Royaume de Grèce est reconnu par le Protocole de Londres (1830).

Le Royaume de Grèce s'est construit en un État moderne grâce aux politiques menées par Ioánnis Kapodístrias. Toutefois, la Grèce indépendante de 1830 est limitée au Péloponnèse et à l'Attique. Le pays cherche alors tout au long du XIXe siècle et au XXe siècle à unifier le monde grec : c'est la Grande Idée. Othon Ier et la reine Amélie en sont les premiers souverains. Ils œuvrent pour la création d'une université nationale en 1835 à Athènes, embellissent la capitale en construisant de nouveaux bâtiments de style néoclassique (Académie d'Athènes, Bibliothèque Nationale, Palais Royal). Les évènements de 1843 font du pays une monarchie constitutionnelle.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Grèce entre véritablement dans la Révolution industrielle. En 1869, la première ligne de chemin de fer est construite entre le port du Pirée et le centre d'Athènes puis se développe à travers tout le Péloponnèse et la Thessalie. En 1896, sous l'impulsion de Pierre de Coubertin et dans la continuité des Olympiades de 1859 d'Evangelos Zappas, les premières compétitions olympiques ont lieu en 1896. À cette occasion, la capitale athénienne s'est dotée de nouvelles infrastructures : Zappéion, Stade Panathénaïque.

La première moitié du XXe siècle est particulièrement mouvementée : coup de Goudi de 1909 pour mettre fin à l'instabilité politique chronique, guerres balkaniques au cours desquelles le pays s'agrandit considérablement, participation de la Grèce au côté des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, Deuxième République entre 1924 et 1935, et dictature de Ioannis Metaxas. La Seconde Guerre mondiale ravage le pays qui connaît en outre une fratricide guerre civile entre communistes et royalistes jusqu'en 1949. La reconstruction permet à la Grèce de rattraper son important retard économique : c'est le miracle économique grec, avec le développement du tourisme de masse. La trop forte bipolarité qui subsiste dans la vie politique hellène dans un monde en pleine Guerre Froide entraîne le coup d'État du 21 avril 1967 fomenté par une partie de l'État-Major. C'est la dictature des Colonels, régime anticommuniste et soutenu par les États-Unis. En 1974, les évènements à Chypre et l'insurrection estudiantine de l'École Polytechnique participent à faire tomber le régime militaire. La démocratie est restaurée. La Grèce devient formellement une République et adhère à la Communauté Européenne en 1981. En 2004, le pays accueille pour la troisième fois[N 2] dans son histoire les Jeux olympiques modernes.

Dix-septième économie européenne et forte d'un PIB de 218 milliards de dollars USD au début de l'année 2020, la Grèce est de surcroît la 51e économie mondiale. En termes de PIB nominal par habitant, la Grèce dépasse la Turquie. C'est aujourd'hui une puissance moyenne, dont le soft power s'articule autour de sa culture classique (héritage hellénique : Aristote, Sappho, Hypatie) et moderne (littérature grecque contemporaine dont les chantres sont Maria Polydouri et Nikos Kazantzakis, cinéma avec Melina Mercouri et Irène Papas, cuisine riche et variée) ainsi que de son héritage architectural incommensurable (Parthénon, Temple de Poséidon, Cyclades, Sanctuaire d'Épidaure, Achilleion). Le pays est membre des Nations Unies, de l'Union Européenne, de l'OCDE et de l'OTAN. La diplomatie hellénique entretient aujourd'hui des liens privilégiés avec celle de la France, de l'Allemagne, de la Russie et du Royaume-Uni.

La Grèce vue par satellite.

La Grèce est située à l'extrémité des Balkans, approximativement entre 34°48′ à 41°45′ de latitude nord et de 19°00′ à 28°30′ de longitude est. Elle a une superficie de 131 957 km2 (3,3 % de la superficie de l'Union européenne). Ses côtes sont longues de 15 000 km[4],[5],[6].

Son territoire comprend trois unités géographiques : la Grèce continentale, la presqu'île du Péloponnèse et les îles qui représentent un cinquième de la superficie totale du pays. Les côtes grecques sont bordées à l'ouest par la mer Ionienne et à l'est par la mer Égée où se trouvent la majorité des îles grecques. Les seules îles de l'Égée à ne pas être grecques sont Imbros et Ténédos[7]. Le nombre d'îles en Grèce varie selon la définition choisie : 9 841 selon l'ambassade de Grèce en France[5] ou 3 000 dont 777 dignes d'intérêt selon certains guides[8]. Au recensement de 2001, 169 îles étaient habitées, mais un tiers d'entre elles comptaient moins de cinquante habitants. La taille de ces îles habitées va de trois km2 pour la plus petite Délos (qui jouit d'un statut particulier[N 3]) à 8 263 km2 pour la Crète[7]. Aucun point de la Grèce n’est éloigné de plus de cent kilomètres de la mer, dans le Péloponnèse cette distance n'est même que d'une cinquantaine de kilomètres tandis qu'en Grèce centrale elle peut atteindre soixante kilomètres[5],[6].

La Grèce a des frontières terrestres avec l’Albanie (216 km) au nord-ouest, la Macédoine du Nord (245 km) au nord, la Bulgarie (474 km) et la Turquie européenne (203 km) au nord-est[4]. Le pays a des frontières maritimes avec l'Albanie, l'Italie, la Libye, l'Égypte et la Turquie (cette dernière est la source du contentieux gréco-turc en mer Égée).

Relief

La Grèce est située à la rencontre des plaques tectoniques africaine et eurasiatique. Durant le Mésozoïque, elle était recouverte par l'océan Téthys dont la mer Méditerranée est un vestige. Le rapprochement entre les plaques a créé le mouvement alpin dont les montagnes de Grèce font partie. Ce mouvement a entraîné la fracture de la plaque eurasiatique créant la plaque de la mer Égée. Il a aussi créé d'immenses nappes de charriage qui font que l'ouest de la Grèce est constitué de calcaire et flysch plissés et l'est de massifs cristallins et métamorphiques[4],[9]. Le mouvement tectonique se poursuit (4 cm par an) et est cause de tremblements de terre réguliers : la moitié des secousses annuelles en Europe ont lieu en Grèce. Les Cyclades (excepté le volcanisme de Santorin) sont les moins menacées par les séismes. Deux failles sont très actives : la première parcourt l'Égée d'est en ouest (de Rhodes à l'ouest de la Crète) puis remonte le long du Péloponnèse jusqu'à Corfou ; la seconde va des Dardanelles aux Sporades puis rejoint le golfe de Corinthe. Le tremblement de terre de Céphalonie et Zante du atteignit 7,2 sur l'échelle de Richter et fit 476 morts. Trois ans plus tard, Amorgos fut touchée par un séisme de magnitude 7,5 et eut à déplorer 53 morts[4],[10].

Le mouvement alpin et les charriages se sont accompagnés durant les trois derniers millions d'années de la création de nombreuses failles ainsi que de fossés d'effondrement envahis principalement par la mer, mais entraînant aussi la mise en place du réseau hydrographique actuel. À la fin de la glaciation de Würm, la remontée des eaux d'une centaine de mètres a dessiné les côtes actuelles, ainsi que les plaines littorales et les deltas des fleuves[9].

Entre 70 % et 80 % du territoire grec est montagneux, ce qui fait de la Grèce le sixième pays le plus montagneux d'Europe. Cependant, ces montagnes, plutôt massives aux pentes abruptes, sont considérées comme d'altitude « moyenne ». 43 % des communes grecques sont situées au-dessus des 800 mètres d'altitude, donc en « montagne » et 27 % sont en « semi-montagne » (entre 400 m et 800 m d'altitude)[7]. Vingt-neuf sommets dépassent les 2 000 mètres d'altitude. Le mont Olympe est le point culminant de Grèce avec ses 2 917 mètres au-dessus du niveau de la mer[7],[9].

Les monts du Pinde forment la chaîne centrale du pays, avec une hauteur moyenne de 2 650 mètres. Seul le col de Qatara (« malédiction » en français) permet de les franchir, à 1 700 mètres d'altitude. Ils sont, avec les massifs du Parnon et du Taygète dans le Péloponnèse et des Lefká Óri en Crète, puis les îles de Karpathos et Rhodes une prolongation de l'arc alpin et des Alpes dinariques. Le nord de la Grèce présente une autre chaîne de montagnes, les monts du Rhodope, entre 1 800 et 2 300 mètres d'altitude, à cheval sur la Macédoine-Orientale-et-Thrace[4],[7],[9].

On trouve en Grèce de nombreux canyons et autres paysages karstiques, dont les Météores et les gorges de Vikos.

La plaine littorale d'Argolide.

Les zones de plaine ou de faible pente sont relativement rares en Grèce (20 à 30 % de la superficie)[7]. Les grandes plaines alluviales se trouvent principalement en Thessalie, en Macédoine et en Thrace et le long de la côte orientale du Péloponnèse. En raison des mouvements tectoniques du Pliocène et du Quaternaire, elles sont généralement peu étendues : la largeur de la plaine de Macédoine n'excède jamais les 100 km. Dans les plaines, l'eau a longtemps posé problème. Dans les poljés (bassins du Stymphale, de Tripoli ou du lac Copaïs par exemple), les ponors étaient (avant les travaux du XIXe siècle) incapables d'évacuer les pluies d'hiver qui créaient des lacs saisonniers et des marais. Les grandes plaines (Thessalie, Macédoine et Thrace) sont coupées par de petits reliefs montagneux qui obligent les eaux de pluie d'hiver à s'écouler dans d'étroites gorges. Avant les travaux d'aménagement, elles étaient retenues en amont des gorges, créant aussi des lacs saisonniers. D'importants travaux de drainage et d'irrigation ont été menés depuis le milieu du XIXe siècle et se sont accélérés d'abord dans les années 1920 puis les années 1960 afin de rendre les plaines grecques utilisables pour la culture et non plus seulement pour l'élevage comme c'était traditionnellement le cas[7],[11].

Climat

Diagramme climatique d'Athènes.

La Grèce a un climat typiquement méditerranéen (hivers doux et humides et étés chauds et secs). Cependant, on trouve une variété de sous-climats liés au relief ; les chaînes du Pinde, Taygète, Parnon et Lefká Óri bloquant les influences venues de l'ouest et plus chargées en précipitations[12],[13].

Les hivers sont plus froids sur le nord du pays : isotherme de janvier à °C sur les Rhodopes, °C sur l'ensemble des plaines du nord, °C en Thessalie, 10 °C pour la Grèce centrale et la région d'Athènes et isotherme de janvier à 13 °C pour la Crète et les Cyclades. Cette situation est liée à l'influence des Balkans au nord et de l'Afrique au sud. Le relief joue à nouveau un rôle pour les différences de température l'été. Le nord-est reste le plus frais (isotherme de juillet à 24 °C pour la Thrace) mais aussi le nord-ouest (isotherme à 25 °C pour l'Épire et toute la côte ionienne). La Thessalie (et jusqu'à Thessalonique au nord), la Grèce centrale, l'Attique et tout le Péloponnèse sont dans l'isotherme à 27 °C, avec une bulle à 28 °C pour la Laconie. Les vents du nord rafraîchissent les températures pour l'Égée[12],[13].

Comme dans toutes les régions méditerranéennes, la Grèce est balayée par des vents périodiques violents. Le meltem souffle du nord vers la mer Méditerranée. Il naît lorsqu'un anticyclone se forme sur les Balkans et une dépression au-dessus de la Turquie. Il rafraîchit l'atmosphère et dégage le ciel. Il peut souffler par rafales entre 60 et 90 km/h. Le vent de secteur sud, nommé Sirocco, provient du désert africain est apporte de fortes chaleurs sur le pays.

Les precipitations se produisent durant l'automne et l'hiver, le printemps et l'été sont secs.

Le versant ouest ionien (Épire, Étolie-Acarnanie, ouest du Péloponnèse et ouest de la Crète) est le plus arrosé, avec une pluviométrie entre 1 000 et 1 400 mm de pluie par an. Le nord-est du pays (Thrace, Chalcidique, est de l'Eubée parfois jusqu'à Tinos et Andros) reçoit des dépressions lui assurant une pluviométrie de 800 à 1 400 mm de pluie par an, en fonction de l'altitude. La région la plus sèche va donc de l'Attique aux Cyclades (400 à 600 mm de pluie par an)[12],[13].

Fleuves et lacs

L' Achéron, en Épire, est l'un des principaux cours d'eau du pays.

La Grèce souffre du manque d'eau alors qu'elle reçoit en moyenne le double de précipitations des autres pays méditerranéens. En effet, la population et l'activité touristique se concentrent dans la zone la plus sèche : Attique et Cyclades. De plus, les activités humaines ont accentué les phénomènes : déforestation et bétonnage empêchent l'absorption et accentuent les risques d'inondations ; l'irrigation massive (maïs et coton), mais souvent avec des installations anciennes qui fuient, les terrains de golf, les piscines ainsi que le tourisme prélèvent une part importante de l'eau ; la gestion de l'eau au XXe siècle (assèchement des zones humides, barrages, pompage de nappes phréatiques trop près de la mer entraînant des remontées d'eau saline ou utilisation massive d'engrais polluant la ressource) a obéré l'approvisionnement au début du XXIe siècle. Cependant, la situation semble s'améliorer : retraitement et meilleure gestion agricole et humaine[14].

La formation de fleuves est limitée par la rareté de précipitations et le morcellement du relief. Les grands fleuves sont ainsi assez peu nombreux et certains trouvent parfois leur source à l'extérieur du territoire grec. Il y a cinq grands fleuves au nord : l'Axios (source en Macédoine du Nord, 87 km en Grèce et se jette dans le golfe Thermaïque), l'Évros (source en Bulgarie, 204 km en Grèce et se jette en mer de Thrace), le Nestos (source en Bulgarie, 130 km en Grèce et se jette en mer de Thrace) et le Strymon (source en Bulgarie, 118 km en Grèce et se jette dans le golfe Strymonique) ; l'Aliakmon coule intégralement en Grèce : il est le plus long du pays avec 297 km[15] et se jette dans le golfe Thermaïque. L'Achéloos, long de 220 km[15] coule intégralement en Grèce-Occidentale et se jette dans le golfe de Patras près de Missolonghi. Le Pénée en Thessalie est le dernier fleuve qui dépasse les 200 km de longueur. Tous sont utilisés pour l'irrigation et l'hydroélectricité et leur cours est émaillé de barrages[5],[16].

Il y a en Grèce vingt et un lacs, dont quatorze artificiels, qui recouvrent une superficie de 59 900 hectares. Ils se trouvent dans une grande moitié nord du pays.

Faune et flore

Les forêts couvrent un cinquième du territoire du pays. Parmi les 200 espèces d'arbres, les principaux sont le pin, l'olivier, le peuplier argenté, le cyprès, le châtaignier et le sapin[17]. Ses 65 000 km2 sont largement inférieurs aux surfaces des autres pays européens et constamment menacés par la pression immobilière et les incendies de forêts (tels ceux de 2007). Huit mille hectares sont encore une forêt primaire, principalement dans les Rhodopes[18].

La Grèce est un des pays méditerranéens qui a le mieux conservé sa biodiversité. Plus de 6 000 végétaux sont recensés dont 4 050 espèces sauvages, 800 d’entre elles sont protégées. On compte aussi 900 espèces animales dont deux cents protégées. Certaines sont endémiques ou dont les derniers représentants sont en Grèce (Phoque moine de Méditerranée, tortue carette) ; 28 des 36 espèces d'aigles européens vivent dans le ciel de Grèce[5],[18].

La protection de la nature est un phénomène ancien (1932 : premières lois de protection ; 1937 : premiers parcs nationaux). En 2009, le pays compte neuf parcs nationaux et dix réserves aquatiques. Quatre cents zones supplémentaires ont été protégées dans le cadre du plan européen Natura 2000. Cependant, la réalité est différente : les activités humaines (chasse, agriculture, urbanisation, tourisme, etc.) empiètent sans grande crainte de représailles légales sur les zones protégées[18].

Le réseau Natura 2000 rassemble des sites naturels ou semi-naturels de l'Union européenne ayant une grande valeur patrimoniale, par la faune et la flore exceptionnelles qu'ils contiennent.

En , la Grèce comptait 446 sites dont :

La superficie totale est de 58 778 km2, ce qui représente 27,3 % de la surface terrestre et marine du territoire de la Grèce[19].

Transports

Train circulant sur la ligne Athènes - Thessalonique sur le viaduc de Kifera.

La Grèce contient plus de 3 350 km d'autoroutes qui couvrent la majorité de la Grèce continentale ainsi qu'une partie de la Crète. En plus des autoroutes, elle a aussi plusieurs milliers de kilomètres de routes nationales ainsi que des routes provinciales. Le plus grand pont routier en Grèce est le pont Rion-Antirion près de la ville de Patras à l'ouest de la Grèce. Le pont a une longueur totale de 2 880 m[20] et relie la péninsule du Péloponnèse avec l'ouest de la Gréce continentale. Le plus grand tunnel autoroutier est le tunnel de Tempi reliant la Thessalie avec la Macédoine-Centrale ayant une longueur de 6 100 m[21]. Ce tunnel fait partie de l'autoroute A1 reliant Athènes à Thessalonique et a été complété en 2017.

La Grèce a aussi un réseau ferroviaire ayant une longueur totale d'à peu près 2 300 km, dont plus de 1 000 km faisant partie du système métrique du Péloponnèse. La majorité des voies ferrées en Grèce sont construites en une seule voie sans électrification, sauf pour la ligne reliant Athènes à Thessalonique (qui est en cours d'amélioration) et les chemins de fer urbains d'Athènes (Proastiakós). La seule compagnie opératrice du système ferroviaire est Organismós Sidirodrómon Elládos (OSE). L'infrastructure ferroviaire fait partie de la compagnie OSE.

La Grèce est un grand pays maritime avec un des plus longs littoraux du monde et les ports ont joué un rôle très important dans son développement. Le plus grand port de commerce grec est le port autonome du Pirée qui en 2015 est placé comme le huitième plus grand en Europe avec 3,7 millions de EVP transportés. Le port du Pirée est aussi le plus grand port de passagers en Europe avec 8,2 millions de passagers transportés en 2015. Les autres grands ports grecs sont le port de Thessalonique et le port de Patras (port principal de transport de camions de/vers l'Europe de l'Ouest).

La Grèce a plusieurs aéroports et presque toutes les grandes îles sont reliées avec l'aéroport d'Athènes et avec d'autres destinations internationales. Le plus grand aéroport grec est l'aéroport international d'Athènes Elefthérios-Venizélos (inauguré en 2001) situé à vingt kilomètres du centre d'Athènes. L'aéroport a reçu 21,7 millions de passagers en 2017, ayant une augmentation de 8,6 % comparé à 2016. La plus grande compagnie aérienne grecque est Aegean Airlines suivie de sa filiale Olympic Air.

Sur l'actuel territoire de la Grèce, le climat a permis une bonne conservation des vestiges même très anciens, et l’écriture est apparue tôt : l’histoire du pays est donc très bien connue, de la Grèce antique à la Grèce actuelle en passant par les périodes hellénistique, romaine, byzantine, ottomane, de l’indépendance, de la monarchie, de la guerre civile et de la dictature des colonels.

Depuis le XIXe siècle, deux écoles s’affrontent pour l’écriture de l’histoire de la Grèce : celle d’une continuité de l’hellénisme entre l’antiquité et nos jours, qui prend en compte surtout l’évolution de la langue, et celle d’une différence profonde entre la Grèce classique et la Grèce contemporaine, introduite au travers des Empires byzantin puis ottoman, dont les religions monothéistes sont analysées comme une rupture culturelle fondamentale[22].

Préhistoire

Quelques sites datant du Paléolithique sont aujourd'hui connus en Grèce. Les traces de présence humaine les plus anciennes ont été découvertes dans une grotte de Petrálona (Πετράλωνα) en Chalcidique. L'analyse du crâne de l’Archanthropus europaeus petraloniensis qui y a été découvert a permis d'envisager une datation large allant de 700 000 ans avant le présent (pour un homo erectus petralonensis) à 300 000 ans avant le présent (pour un homo sapiens petralonensis proche de l’homo rhodesiensis). Cependant, l'hypothèse d'une datation de 100 000 ans avant le présent ne serait pas à exclure[23],[24]. Des traces datant du XLe millénaire av. J.‑C. ont été retrouvées dans trois grottes de la vallée du Louros qui furent occupées durant le Moustérien[25].

C'est dans la grotte d'Apidima (en), située dans le Magne, une péninsule du sud du Péloponnèse, que l'on retrouve les plus vieux restes d’Homo sapiens connu hors d'Afrique, datés de 210 000 ans[26]. Ces Homo sapiens ont disparu sans laisser de descendants[27],[28].

Vénus stéatopyge dite « la grosse dame de Saliagos », Paros, Cyclades, Ve millénaire av. J.‑C.

La grotte de Fránchthi en Argolide a été occupée sans interruption au moins du XXe au IIIe millénaire av. J.-C. quand l'entrée fut obstruée par un éboulement. Elle permet de suivre le passage d'une « société » de chasseurs-cueilleurs nomades à des sédentaires pratiquant l'agriculture (restes d'animaux et de céréales domestiqués)[29]. Cette transition semble s'être faite vers le VIIe millénaire av. J.‑C. pour l'ensemble de la Grèce actuelle : Épire, Macédoine, Égée et Crète. Partout, des éléments aux caractéristiques similaires (poteries à figures noires sur fond rouge et formes architecturales arrondies) ont été retrouvés[30].

L'agriculture et l'élevage caractéristiques du Néolithique ont été apportés en Europe par des populations venues d'Anatolie voisine, qui se sont établies en Grèce et dans les Balkans à partir d'environ , avant de s'étendre progressivement vers l'Ouest. Le courant Impressa ou culture de la céramique imprimée apparait ensuite dans différentes parties de la mer Égée. On la retrouve sur le site de Sidari, sur l'ile de Corfou, à l'Ouest de la Grèce, en , puis en Italie[31]

Les sites sont très dispersés et cette époque se caractérise par la sédentarisation des populations. Il est difficile de mesurer l'évolution sociale de ces périodes anciennes; mais la diversification des outils et des armes semblent indiquer un début de spécialisation dans les activités humaines[32]. L'usage des métaux se développa à partir du IIIe millénaire av. J.‑C. entraînant l'entrée de la région dans la protohistoire[30].

Protohistoire

Tête cycladique.
Fresque à Cnossos.

L'âge du bronze commence vers 3000 av. J.-C. À cette époque, la Grèce ne connait pas une structure et un développement semblables aux grandes civilisations égyptiennes ou mésopotamiennes. Mais il faut distinguer des régions comme les Cyclades ou la Crète qui se démarquent par une civilisation originale[32].

La culture des Cyclades englobe les Cyclades dans une unité culturelle au IIIe millénaire av. J.‑C. pendant l'âge du bronze. Elle est célèbre pour ses idoles de marbre, retrouvées jusqu'au Portugal et à l'embouchure du Danube[33]. Son influence dans l'espace grec s'est étendue de la Crète à l'Attique[34]. Son organisation en petites entités politiques, sans pouvoir central étatique, portait en germe celle de la Grèce des siècles suivants[35].

La civilisation des Cyclades est un peu plus ancienne que la civilisation minoenne de la Crète qui se développe du XXVIIIe au XIIIe siècle av. J.-C., avec un apogée dans la première moitié du IIe millénaire av. J.‑C. Tirant son nom du nom du roi légendaire Minos, elle a été révélée par l'archéologue anglais Arthur John Evans au début du XXe siècle. Elle est célèbre pour ses palais comme Cnossos, Phaistos et Malia. Ils sont situés dans les plaines les plus fertiles de l'île, permettant à leurs propriétaires l'accumulation de richesses, notamment agricoles, comme le prouvent les grands magasins de produits agricoles[36]. Construits avec des briques cuites (innovation), ils n'étaient pas fortifiés car la puissance maritime de cette civilisation semble l'avoir mise à l'abri de la plupart des dangers extérieurs. Ses échanges marchands englobaient la Sicile, Chypre, l'Égypte, l'Asie mineure et la Grèce continentale. D'abord organisée en clans, cette société évolua avec le développement d'une classe marchande. Elle resta cependant très hiérarchisée et centrée sur les palais dominant des agglomérations quasi-urbaines. L'architecture et le décor des palais, ainsi que la qualité de la céramique sont considérés comme sans précédent artistique. La plupart des hypothèses lient le déclin de la civilisation minoenne et son remplacement par la civilisation mycénienne à l'explosion de Santorin[37].

Masque d'or dit «  masque d'Agamemnon », ( XVIe siècle av. J.-C., Mycènes, cercle A des tombes).

La civilisation mycénienne s'étend de 1550 à 1100 environ av. J.-C. (Helladique récent, fin de l'âge du bronze). Son apogée se situe environ entre 1400 et 1200 av. J.-C.[38] Le terme « mycénien » a été choisi par l'archéologue Heinrich Schliemann pour qualifier cette civilisation dans la seconde moitié du XIXe siècle[39]. Ce nom est repris de celui de la ville péloponnésienne de Mycènes, à la fois parce qu'il s'agit du premier site fouillé à révéler l'importance de cette civilisation et du fait de l'importance que revêtait la cité dans la mémoire des auteurs grecs antiques, en premier lieu Homère, qui faisait du roi de Mycènes le chef des « Achéens ». Par la suite, Mycènes s'est révélée n'être qu'un pôle de cette civilisation parmi d'autres, mais le terme de « mycénien » est resté utilisé par convention[38]. Elle se répandit progressivement à partir du sud de la Grèce continentale sur le monde égéen dans son ensemble, qui connut pour la première fois une certaine unité culturelle. Cette civilisation est notamment caractérisée par ses palais-forteresses, ses différents types de poterie peinte que l'on retrouve tout autour de la mer Égée, ainsi que son écriture, le linéaire B, la plus ancienne écriture connue transcrivant du grec. Depuis son déchiffrement en 1952, la civilisation mycénienne est la seule civilisation égéenne pré-hellénique connue à la fois par des sources littéraires, des traces archéologiques et des documents épigraphiques[40].

À la fin du IIIe millénaire, de nouvelles populations, parlant une langue différente qui se rattache aux langues indo-européennes, arrivent dans la région. Ces peuples sont les Hellènes, ou Grecs, selon le nom que leur ont donné les Latins. Par convention, les habitants qui les ont précédés sont appelés les populations « pré-helléniques »[32].

Antiquité

L'historiographie moderne appelle siècles obscurs (Dark Ages, « Âges sombres » suivant l'expression anglo-saxonne d'origine) ou « Moyen Âge grec », en Grèce antique, l'époque qui va du XIIe siècle av. J.-C. au VIIIe siècle av. J.-C. Les invasions qui aboutissent à la destruction de la civilisation mycénienne marquent le début de la période. Le submycénien commence en 1200 av. J.-C. au maximum et s'étend jusque vers 1015. Il est suivi par le proto-géométrique. Celui-ci se termine avec l'émergence d'Athènes comme foyer culturel, vers 875, caractérisée par le succès d'une nouvelle forme de céramique dite géométrique, et l'avènement de l'âge des cités.

À la période proto-géométrique (XIe et Xe siècles av. J.-C.), les éléments de continuité sont aussi nombreux que ceux de rupture avec les siècles précédents : un dépeuplement sévère mais une continuité culturelle. Certains historiens avancent l'hypothèse d'une transformation du mode de vie vers le pastoralisme comme explication de ces changements. Les IXe et VIIIe siècles av. J.-C. sont souvent appelés période géométrique du nom du style de céramique qui se développe alors. Si l'on se réfère au nombre de tombes dans les nécropoles du VIIIe siècle av. J.-C., la tendance démographique s'inverse ; mais cette interprétation est toujours l'objet de débats. Ces quatre siècles portent les prémisses des techniques, pratiques sociales et modes de pensée qui définissent ensuite la Grèce archaïque. Ils sont aussi l'époque de rédaction de documents écrits dont certains d'une importance capitale dans la culture grecque : les poèmes homériques, l’Iliade et l’Odyssée attribués à Homère[32].

La Méditerranée au VIe siècle  av. J.-C. En rouge : les cités grecques.

On désigne du terme « époque archaïque » une des cinq époques de l'histoire grecque, définie sur la base des styles de poterie. Elle commence vers 620 et se termine en 480. L'expression est parfois utilisée dans un sens plus large pour la période qui s'étale entre 750 et 480.

La Guerre du Péloponnèse dans le monde grec du Ve siècle av. J.-C. de l' Italie à l' Asie mineure.

En ce qui concerne la Grèce antique, l'époque classique correspond à la majeure partie des Ve et IVe siècles av. J.-C., c'est-à-dire depuis la chute de la tyrannie à Athènes en 510 jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand en 323.

L'expression d'« époque classique » est une dénomination postérieure à la période chronologique à laquelle elle renvoie. Les Grecs ont eu conscience que le monde qui existait avant l'épopée d'Alexandre le Grand et la dilatation du monde grec, pouvait être considéré comme un « âge d'or ». De manière plus contemporaine, l'époque classique sert à désigner la période durant laquelle les valeurs et les institutions fondamentales du monde grec trouvèrent leur pleine expression et arrivèrent à maturité.

Considérée comme la période de référence, il n'y a pas de rupture entre les différentes époques. « Époque classique » est une expression historique commode pour les historiens de ces périodes.

L’époque hellénistique (IVeIer siècles av. J.-C.), marquée par les figures d’Alexandre le Grand et de Cléopâtre, est souvent considérée comme une période de transition, parfois de déclin ou de décadence, entre l’éclat supposé de l’époque classique et la domination par de l’Empire romain. Cependant la splendeur des villes, telles Alexandrie, Antioche, Pergame, l’importance des échanges économiques, des métissages culturels, le rôle dominant de la langue grecque et sa diffusion ont profondément modifié le visage du Moyen-Orient antique y compris plus tard sous la domination romaine.

L’époque hellénistique a été définie par les historiens du XIXe siècle (le terme « hellénistique » est employé pour la première fois par l’historien allemand Johann Gustav Droysen dans Geschichte des Hellenismus (1836 et 1843), à partir d’un critère linguistique et culturel à savoir l’accroissement spectaculaire des régions où l’on parle le grec (ἑλληνίζειν / hellênízein) et donc du phénomène d’expansion de l’hellénisme. Cependant ce phénomène d’hellénisation des populations et de rencontre entre les anciennes civilisations orientales et grecques se poursuit y compris sous l’« Empire gréco-romain », selon l’expression de Paul Veyne. Les limites chronologiques de la période hellénistique sont donc conventionnelles et politiques : elles débutent avec les conquêtes d’Alexandre le Grand et se terminent quand le suicide du dernier grand souverain hellénistique, la reine d’Égypte Cléopâtre VII, fait place à la domination romaine définitive.

Les travaux archéologiques et historiques conduisent à réévaluer cette période et en particulier deux aspects caractéristiques de l’époque, l’existence et le poids des grands royaumes dirigés par des dynasties d’origine grecque ou macédonienne (Lagides, Séleucides, Antigonides, Attalidesetc.) mais aussi le rôle déterminant des centaines de cités dont l’importance, contrairement à une idée longtemps répandue, est loin de décliner.

L'empereur Hadrien était philhellène : il fit construire un grand nombre de bâtiments à Athènes, qui subsistent encore de nos jours.

La période de domination romaine en Grèce s'étend conventionnellement de 146 av. J.-C. après le sac de Corinthe jusqu'à la reconstruction de Byzance par Constantin Ier et sa proclamation en tant que seconde capitale de l'Empire romain en 330 apr. J.-C. Durant cette période la Grèce était alors divisée en plusieurs provinces romaines distinctes[41].

Marc Aurèle était un admirateur de la philosophie stoïcienne et a d'ailleurs beaucoup contribué à la diffusion du stoïcisme dans l'Empire romain.

Empire byzantin

L'Empire byzantin vers l'an 600.

En 395, à la mort de Théodose Ier, l’Empire romain est partagé en deux parties : l’Empire romain d'Occident qui disparaît en 476, et l’Empire romain d’Orient qui dura jusqu'en 1453 à Constantinople, jusqu’en 1461 à Trébizonde et Mistra et jusqu’en 1475 en Crimée grecque. La disparition de la partie occidentale de l’Empire romain et la fin du système des légions, ainsi que les menaces permanentes sur leurs frontières amenèrent les Byzantins à se doter d’une armée puissante dont la tactique a évolué et commencé à s’élaborer de manière autonome dès le VIe siècle. Le terme « byzantin » vient de Byzance, l’ancien nom de la capitale Constantinople, mais l’appellation « Empire byzantin » apparaît seulement au XVIe siècle, en 1557, sous la plume de l’historien allemand Hieronymus Wolf, pour définir l’histoire de l’Empire romain d’Orient considérée comme une histoire grecque, distincte de celle de l’Empire romain d'Occident[42]. En effet, bien que les citoyens de l’Empire d’Orient nommaient leur État en grec Βασιλεία Ρωμαίων (Basileía Rômaíôn : « Empire des Romains »), qu’ils se considéraient comme Romains (Rômaíoi)[43], et qu’ils ne se soient jamais désignés comme « Byzantins », il n’en reste pas moins que la langue de communication, la culture et la liturgie de l’Empire romain d’Orient étaient essentiellement grecques : d’ailleurs, si certains chroniqueurs désignent l’empire comme « Terre de Romanie » (Geoffroi de Villehardouin), la plupart utilisent plutôt « Imperium Graecorum », « Græcia » ou « Terra Græcorum » et « Grecs » pour ses citoyens.

L'empereur Basile II contribua à étendre les frontières de l'Empire vers le Levant.

Au cours des mille ans séparant l’an 395 de l’an 1453, un certain nombre de valeurs et de savoirs furent conservés par les Grecs byzantins : État de droit écrit gouverné par le Code Justinien, Empereur responsable devant le Sénat, absence de servage, collectivités agricoles libres, techniques agricoles élaborées (irrigation), architecture romane, aqueducs, eau courante, tout-à-l’égout et éclairage dans les villes, usage de bains, sémaphores et phares, transmission des savoirs antiques, de la philosophie grecque classique et de la médecine hippocratique dans les universités de Constantinople, Trébizonde et Mistra. Ces savoirs ont d'abord été transmis à tout le monde chrétien et ensuite aux Arabes qui à leur tour les ont communiqués au sein de leurs conquêtes : L'empereur Romain Ier Lécapène (Ρωμανός Α' ο Λεκαπηνός) envoie bibliothèques et traducteurs en Espagne musulmane, à Hasday ibn-Chaprut (Xe siècle), ministre du calife de Cordoue, Abd al-Rahman III[44].

L'empereur Justinien (527-565) a marqué son époque dans plusieurs domaines : la politique, les conquêtes militaires, la codification du droit romain et une série de nouvelles lois dont certaines concernent l'Église et la théologie[45]. C'est dans l'Empire Byzantin que fut fondé la première université au monde : l'Université de Constantinople, en 425[46],[47]. De surcroît, les premiers hôpitaux modernes s'y développent au cours des Ve et VIe siècles sous l'impulsion de Basile de Césarée[48],[49].

À partir de la seconde moitié du Xe siècle, sous l'impulsion de grands empereurs-soldats, Nicéphore II Phocas (963-969) et Basile II (976-1025), les armées byzantines étendirent la frontière de l'Empire vers l'Orient. Elles s'emparèrent d'Antioche et du nord de la Syrie. L’instabilité politique caractérise cependant l’empire[50]. Après une période de troubles, la dynastie des Comnènes reste au pouvoir pendant un siècle (1081-1185) : le règne d'Alexis Comnène est marqué par un regain de la puissance byzantine et une lutte acharnée contre les Croisés et les Seldjoukides. La puissance byzantine se caractérise par une véritable domination des mers, que cela fût économique ou militaire. L'Empire byzantin est une véritable thalassocratie, héritage de la Grèce hellénistique[51],[52].

Mosaïque représentant l'impératrice Zoé ( XIe siècle), qui régna conjointement avec Romain III, Michel IV et Constantin IX entre 1028 et 1042.

La société byzantine est une société hellénisée, profondément cosmopolite. Les byzantins se considèrent à la fois comme les héritiers des Romains et des Grecs, influencés par leurs voisins perses, arméniens et arabes. Constantinople en est le symbole : c'est une ville multi-ethnique et multi-confessionnelle. Les taxes étaient les mêmes pour tous les habitants, ce qui est un cas assez unique pour l'époque, a contrario de ce que fait plus tard l'Empire ottoman. Les marchands byzantins occupent une place prédominante dans la société : le commerce maritime représente la principale source de revenus pour l'Empire, qui a une influence non seulement dans le bassin levantin (Hellespont), mais aussi en Mer Noire (avec les ports grecs d'Odessa, Trébizonde et de Théodosie) et en Méditerranée (Syracuse en Sicile, Leptis Magna en Cyrénaïque, Alexandrie en Égypte). La culture byzantine s'articule essentiellement autour de l'orthodoxie, et la religion est une partie centrale de la société de l'époque. La famille a une place importante : les mères représentent l'unité familiale et ont une place influente. Les filles, comme les garçons, peuvent recevoir une éducation, bien que celle-ci ne fût pas mixte. De surcroît, les femmes sont admises à l'Université de Constantinople et peuvent devenir médecins[53]. La présence de femmes médecins n'est pas une innovation de l'époque byzantine, puisqu'elle remonte à la Grèce et la Rome antiques. Les études et la formation des femmes médecins étaient équivalentes à celles de leurs collègues masculins. Les principales spécialités médicales des femmes médecins étaient la gynécologie et la profession de sage-femme. La législation byzantine traitait de manière relativement égale les médecins femmes et hommes[54]. Cependant, elles restent considérées comme mineures sur le plan juridique. Malgré certaines restrictions, de nombreuses femmes ont un rôle dans la vie publique et exercent des activités commerciales.[55] Les femmes ont joué un rôle prééminent dans la culture byzantine : Anne Comnène en littérature, les impératrices Théodora, Irène et Zoé en politique.

La basilique Sainte-Sophie, construite au VIe siècle par l'empereur Justinien. Son nom signifie en grec « sagesse divine » (Ἁγία Σοφία).

L'art byzantin est un art impérial, qui reprend la tradition romaine. Entre 395 et 1453, l'architecture fut très prolifique et beaucoup de vestiges nous sont parvenus : monastères du Mont Athos, Tour Blanche de Thessalonique. La ville contemporaine d'Istanbul garde encore des traces de cet héritage byzantin : murailles de la ville, Palais de Boucoléon, basilique Sainte-Sophie. L'influence byzantine est considérable, s'étendant de l'Égypte jusqu'en Russie, en passant par la Sicile : basilique de Ravenne, monastère de Djvari en Géorgie, monastère de la Transfiguration dans le désert du Sinaï, Chapelle palatine de Palerme, cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod[56]. Nonobstant la chute de Constantinople en 1453, l'influence byzantine ne disparaîtra par pour autant : elle se retrouve au XVIe siècle avec la construction de la mosquée des Omeyyades de Damas.

Comme l'Empire romain, l’Empire byzantin fut un État chrétien qui, après le schisme de 1054, resta fidèle à l’orthodoxie et aux dogmes du christianisme de l’église du premier millénaire. Un de ces dogmes est que le Saint-Esprit ne procède que de Dieu lui-même et non du Christ, ce qui fait que toute âme même non-chrétienne peut être sauvée : pour cette raison, l’empire byzantin refuse de participer aux croisades du XIe siècle au XIIIe siècle et considère les Latins comme un danger aussi grave que celui des Turcs, ce que confirme le sac de Constantinople par les Croisés en 1204, qui morcelle et affaiblit définitivement l’empire[57].

Période ottomane

La Grèce ottomane est le terme utilisé pour désigner la période de domination ottomane, dès avant la prise de Constantinople en 1453 (puisque les Ottomans s’emparent des Balkans dès le XIVe siècle) et jusqu’à la fin de la guerre d'indépendance grecque au début des années 1830. La majeure partie de la Grèce fait alors partie de l’Empire ottoman, dont les conquêtes durent plusieurs siècles (la dernière île grecque prise est Tinos en 1715 : une partie non négligeable de l’actuel territoire restant jusqu’à très tardivement sous la souveraineté vénitienne). Corfou, Ithaque et l’archipel ionien n’ont jamais fait partie de l’Empire ottoman. La Crète demeura vénitienne jusqu’à la moitié du XVIIe siècle ; le Péloponnèse fut reconquis et occupé pendant trente ans par les Vénitiens, jusqu'en 1715.

Les Grecs connaissaient alors des situations sociales contrastées. Alors que les aristocrates grecs des îles Ioniennes et de Constantinople (Phanariotes) vivaient dans la prospérité, certains obtenant même des postes à responsabilité au sein de l'administration ottomane, une importante partie de la population de Grèce continentale souffre des conséquences économiques et sociales de la conquête. Dans les dernières années, les autorités ottomanes lancèrent une politique de création de domaines héréditaires, qui transforma les ruraux grecs en véritables serfs (système des Timars).

Grèce ottomane.

Depuis la chute des Empereurs de Constantinople, l’Église grecque orthodoxe était considérée par le gouvernement ottoman comme l’autorité dirigeant toute la population chrétienne orthodoxe de l’Empire ottoman, qu’elle soit de langue grecque ou non. Bien que l’État ottoman n’obligeât pas les non-musulmans à se convertir à l’Islam, les chrétiens étaient confrontés à différents types de discriminations liées à leur statut inférieur dans l’Empire (dont la pédomazoma (παιδομάζωμα) : enlèvement des garçons pour les enrôler dans les janissaires, et la double-capitation sur les non-musulmans). Les discriminations contre les chrétiens, surtout lorsqu’elles étaient associées à des mauvais traitements de la part des autorités ottomanes locales, décidaient la conversion, réelle et définitive, ou apparente et provisoire. Au cours du XIXe siècle, avec l’émergence du nationalisme grec moderne, certains « crypto-chrétiens » retournèrent à leur ancienne obédience religieuse… surtout lorsque les territoires où ils vivaient, furent enlevés à l’Empire ottoman par les nouveaux états chrétiens.

La nature de l’administration ottomane de la Grèce diffère selon les régions et les époques. Certaines villes étaient dirigées par des gouverneurs nommés par le Sultan tandis que d’autres étaient des municipalités qui s’autogouvernaient. Certaines régions montagneuses et de nombreuses îles restèrent à l’écart du pouvoir central ottoman pendant de nombreux siècles. Quand des conflits militaires se déclenchaient entre l’Empire ottoman et des États chrétiens (Autriche, Venise), les Grecs, à quelques exceptions près, prenaient généralement les armes contre l’Empire, surtout si ses adversaires étaient orthodoxes (Empire russe, Principautés danubiennes). Avant la guerre d'indépendance, il y eut une série de guerres où l’on vit des Grecs combattre les Ottomans : la participation grecque à la bataille de Lépante en 1571, la révolte des paysans épirotes de 1600-1601 en même temps que celle de Michel de Valachie dans les Principautés danubiennes, la guerre de Morée de 1684-1699 et la Révolution d'Orloff de 1770 qui cherchait à démanteler l’Empire ottoman en faveur des intérêts russes. Ces insurrections furent noyées dans le sang.

Rigas Feraïos est l'un des plus importants intellectuels des Lumières néohellènes.

Les XVIe et XVIIe siècles sont vus comme un « âge obscur » de l’histoire grecque, la perspective de renverser la domination ottomane apparaissant éloignée. Au cours du XVIIIe siècle, cependant, cette perspective se concrétisa grâce à la richesse de la classe marchande. Ces marchands commencèrent à dominer le commerce à l’intérieur de l’Empire grâce aux communautés dans les Balkans, en Europe occidentale et sur les pourtours de la Méditerranée. Les idées des Lumières combinées aux idéaux de la Révolution française et du sentiment national romantique commencèrent à pénétrer le monde grec par l’intermédiaire de cette diaspora marchande. À la fin du XVIIIe siècle, Rigas, le premier à envisager un État grec indépendant, publia une série de documents sur l’indépendance grecque, incluant notamment la première carte détaillée de la Grèce, à Vienne. À cette époque, la notion de « Grec » se confondait encore avec celle d’ancien citoyen de l’Empire grec (Rômaios / Ρωμαίος, pas forcément hellénophone, mais grec orthodoxe selon le système ottoman des milliyets) et la « Nouvelle Grèce libre » alors envisagée par les « philhellènes » était plutôt philosophique que nationale, débordant largement la Grèce moderne et se référant plutôt à l’antique aire d’expansion de l’hellénisme (ἑλληνιζμός / hellênizmós), incluant la majeure partie des Balkans, l’Anatolie occidentale et la région du Pont. Un mouvement philhellène soutenu par les Tsars se développe à ce moment dans l'Empire russe et se traduit par la mise en place, au nord de la Mer Noire, dans les territoires alors pris à l’Empire ottoman, d’une « Nouvelle Russie » multinationale, mais orthodoxe, où de nombreux colons grecs sont invités et dont les villes nouvelles reprennent les noms des antiques colonies grecques de la région ou bien reçoivent des noms grecs : Odessa, Tyraspolis, Nicopolis, Chersonèse, Théodosia, Eupatoria, Sébastopol, Simferopol, Melitopol, Stavropol et d'autres, tandis que les études archéologiques se multiplient. Puis, au début du XIXe siècle, la notion de « Grec » prend de plus en plus une signification ethnique au sens moderne du terme, et se confond dès lors avec l’ensemble des locuteurs natifs de la langue grecque, et eux seuls.

Guerre d’indépendance

En 1814, une organisation secrète, la Filikí Etería, fut fondée avec pour but la libération de la Grèce. Cette organisation est en contact avec les élites des salons de Paris, Londres, Moscou ou encore Vienne : la cause grecque séduit rapidement ces milieux intellectuels et politiques. Le 25 mars 1821, jour de l'Annonciation ô combien symbolique pour les Grecs fervents orthodoxes, les indépendantistes se réunissent en Assemblée Nationale à Épidaure pour y proclamer solennellement leur indépendance. Cette proclamation, signée par Pierre Mavromichális qui est alors le chef des armées indépendantistes, marque le début de la guerre d'indépendance grecque :

« Jamais cause ne fut plus juste ni plus sacrée que la nôtre ; nous combattons pour notre sainte religion, pour notre vie, pour notre honneur, pour nos propriétés, que nos farouches oppresseurs ne respectèrent jamais. Cette terre défendue par des héros illustres, par le génie et les vertus de nos ancêtres, et si longtemps, hélas ! arrosée de nos larmes ; cette terre nous appartient, elle est notre héritage. Toute l'Europe lui est redevable de ses arts, de ses lumières et de tous les bienfaits de la civilisation. Voici le moment pour vous, nations et gouvernements éclairés, d'acquitter votre dette envers la Grèce, notre patrie. Nous ne vous demandons que des conseils, des armes et des secours pécuniaires, que nous vous rendrons avec reconnaissance : la gloire de nos bienfaiteurs durera autant que celle de la Grèce. » - Cri d'Indépendance.[58]

Les insurgés avaient prévu de lancer le mouvement dans le Péloponnèse, et les Principautés danubiennes alors gouvernées par des Phanariotes. Le Péloponnèse entra en révolte ouverte à partir de la fin mars et, en , les Grecs capturèrent Tripolizza. La révolte péloponnésienne fut suivie par des révoltes en Crète, en Macédoine et en Grèce centrale. Pendant ce temps, les navires grecs avaient remporté des succès contre la marine ottomane dans la mer Égée, ce qui gêna l’envoi de renforts ottomans par la mer. Toutefois, en 1822, les Turcs ravagèrent Chios, ce qui galvanisa l’opinion publique occidentale en faveur des Grecs.Dans un premier temps, cependant, aucun pays ne bougea à cause du poids politique et diplomatique de la Sainte-Alliance. Pendant deux ans, les Grecs multiplièrent les victoires. Cependant, ils commencèrent à se déchirer. Pendant ce temps, le Sultan négocia avec Méhémet Ali d’Égypte, qui accepta d’envoyer son fils Ibrahim Pacha en Grèce avec une armée pour supprimer la révolte en échange d’un gain territorial. Ibrahim accosta dans le Péloponnèse en et conquit rapidement la majeure partie de la région. Missolonghi, assiégée par les Ottomans depuis le mois d’, tomba en 1826. Athènes tomba à son tour en .

Après des années de négociation, les trois grandes puissances, la Russie, le Royaume-Uni et la France, décidèrent d’intervenir dans le conflit, chaque nation envoyant une flotte en Grèce. La Russie, intéressée entre autres au sort des Orthodoxes grecs, souhaitait de plus en plus ardemment intervenir. Les Britanniques, quant à eux, désiraient limiter l'influence russe dans la région. D’après des informations selon lesquelles une flotte combinée turco-égyptienne devait attaquer l’île grecque d’Hydra, la flotte alliée intercepta la flotte turco-égyptienne à Navarin. Après un long bras de fer d’une semaine, la bataille commença et eut pour résultat la destruction de la flotte turco-égyptienne. Une expédition française fut ensuite envoyée dans le Péloponnèse pour superviser son évacuation par l'armée égyptienne en 1828, tandis que les Grecs obtenaient des succès contre les Ottomans en Grèce Centrale. La Russie déclara la guerre aux Turcs la même année. Sa victoire fut entérinée par le traité d'Andrinopole, en 1829. Ces interventions européennes précipitèrent la création de l'État grec. Le protocole de Londres (1830), signé par des représentants britanniques, français et russes, permit en effet l'affirmation de l'indépendance grecque que la Prusse et l'Autriche autorisèrent. La France, la Russie et le Royaume-Uni, appelées « puissances protectrices », gardèrent ensuite une influence notable sur le jeune royaume (sorte de protectorat, la Grèce étant endettée à la suite de différents emprunts contractés pendant la guerre et au début de la naissance de l'État)[59]. Lors du protocole de Londres, la Grèce indépendante ne représente qu'une portion congrue du monde hellénique : Attique, Péloponnèse et Cyclades. Ce n'est qu'une partie infime de ce que représente en réalité cette influence hellénique, qui s'étendent aux Îles Ioniennes, en Épire, en Macédoine, Dodécanèse, dans l'Hellespont, en Crète, à Chypre et en Asie Mineure. Le refus de Paris, Londres, Moscou et Vienne de constituer une « Grande Grèce » s'explique par la volonté de ne pas voir se démanteler l'Empire Ottoman qui est considéré comme un élément de stabilité au Levant et favorables aux intérêts stratégiques et économiques occidentaux. Le Royaume-Uni, notamment, ne veut pas perdre ses avantages économiques dans les Détroits tandis que la Russie craint qu'une Grande Grèce, avec Constantinople pour capitale, ne puisse être sa rivale orthodoxe et être trop sous l'influence de Londres ou de Paris. Cela va engendrer un sentiment de frustration chez les Grecs, qui rêvent alors de reconquérir ces « territoires séparés » et de les réunir enfin dans un même État. C'est la Grande Idée (Μεγάλη Ιδέα)[60].

Ioánnis Kapodístrias s'est efforcé de moderniser le jeune État grec.

En 1827, l'Assemblée nationale réunie à Trézène dans le Péloponnèse, élit à l'unanimité le comte Ioannis Kapodístrias comme chef de l'État. Celui-ci est alors un ancien administrateur des îles Ioniennes pendant la période française de la République des Sept-Îles, ainsi qu'un influent diplomate à la cour de Russie. C'est d'ailleurs en cette qualité qu'il participe, avec le ministre plénipotentiaire des Affaires Étrangères Charles de Nesselrode aux négociations au Congrès de Vienne. Il peut être ainsi considéré comme le premier véritable chef d'État de la Grèce contemporaine, bien que le pays fût toujours en guerre. En tant que chef de l'État grec, Kapodistrias a modernisé le pays, initiant des réformes de toutes sortes. Il a maîtrisé les principales maladies en introduisant le premier système de quarantaine moderne dans le pays, a négocié les frontières du nouvel État avec l'Empire ottoman et les grandes puissances, réorganisé l'armée, ce qui lui a permis de reprendre le territoire perdu aux Turcs pendant les guerres civiles. Au cours de ses premiers mois au pouvoir, il s'attelle à réorganiser les administrations locales et régionales. Il crée une banque financière locale ainsi qu'une monnaie qui émettait des pièces avec le symbole du phénix. Le symbole fut soigneusement choisi : tel le phénix, la Grèce renaissait de ses cendres, elle qui n'avait jamais vraiment disparue. C'est également grâce à lui que la culture de la pomme de terre a été introduite en Grèce, afin de mettre fin aux famines récurrentes. Il développera l'Académie Ionienne pour faire revivre sur le plan culturel les lettres grecques. Les réformes de Ioannis Kapodístrias, cependant, ne font pas l'unanimité dans les rangs grecs (la puissante famille des Mavromichalis est son principal adversaire) ni dans les chancelleries étrangères (il est particulièrement détesté par Metternich qui n'apprécie pas ses idées libérales). Face à la situation financière précaire du jeune État grec, Kapodístrias refusera de percevoir un traitement. En 1831, il est assassiné à Nauplie alors qu'il sortait de l'église par les deux fils de Pierre Mavromichális[61],[62],[63].

Grèce ottonienne (1832-1862)

L'arrivée à Nauplie du roi Othon de Grèce, tableau de Peter von Hess, 1835.

On appelle « Grèce ottonienne » la période comprise entre 1832, date du début du règne d'Otton Ier, et 1862, date de son abdication. La guerre d'indépendance terminée, il convient de trouver un nouveau chef d'État à la Grèce ressuscitée. Dans l'Europe de la Sainte-Alliance, il est évident que le pays sera une monarchie, malgré les volontés de l'Assemblée nationale d'Épidaure et du gouvernement provisoire hellénique d'établir une république. Plusieurs candidats sont proposés. Le duc de Nemours proposé par Louis-Philippe Ier ; le prince Charles de Bavière ; le prince de Saxe-Cobourg Léopold. Mais alors que Léopold de Saxe-Cobourg accepte le trône le 28 février 1830, il se décide de renoncer face à l'intransigeance des chancelleries européennes quant à une modification des frontières et l'inclusion de la Crète dans le nouveau royaume. Léopold devient plus tard roi de Belgique, et regrette un temps de ne pas avoir ceint la couronne hellène. Finalement, après deux ans de tergiversations, les Grandes Puissances s'accordent autour de la candidature d'Otton de Bavière, fils de l'influent Louis Ier de Bavière qui pèse de tout son poids dans ce choix. En janvier 1832, Otton est déclaré roi des Hellènes. Ce dernier obtient de la part des Grandes Puissances une renégociation des frontières par le traité de Constantinople. Le 6 février 1833, le nouveau monarque débarque à Nauplie, dans le Péloponnèse, où il reçoit un accueil très chaleureux de la part des officiels hellènes et de la population en liesse. Il y prononce quelques mots :

« Hellènes ! Appelé auprès de vous par la confiance des Hautes Puissances Médiatrices, à la protection desquelles vous avez dû d'avoir pu terminer glorieusement une guerre longue et destructive, appelé également par vos libres suffrages, je monte sur le trône de Grèce, pour remplir les engagements que j'ai contractés en acceptant la couronne qui me fut offerte. Vous avez, après une lutte sanglante et avec le sacrifice de vos biens les plus chers, acquis une existence politique et l'indépendance, bases fondamentales du bonheur et de la prospérité des nations. Vous vous êtes montrés, par votre courage, les dignes descendants de vos ancêtres, dont la gloire a traversé les siècles, sans perdre de son éclat. »[64]

L' Académie d'Athènes est le symbole de la renaissance néoclassique en Grèce, voulue par Othon.

Dans ce discours, la référence à la Grèce antique est loin d'être anodine. La Grèce ottonienne a d'ailleurs comme principale préoccupation le « retour aux sources » à une Grèce classique et l'effacement de la période ottomane. Athènes est déclarée en 1834 capitale du nouveau royaume : le roi charge ses architectes de reconstruire la ville et de la moderniser selon les règles de l'architecture néoclassique. Les principaux édifices qui témoignent de cette politique néoclassique sont les bâtiments de la Bibliothèque Nationale, de l'École Polytechnique et de l'Université Nationale. Othon et son épouse Amélie d'Oldenbourg s'investissent beaucoup dans la construction de la nation grecque moderne : mise en place d'une administration efficace, dans la continuité des réformes de Ioannis Kapodístrias, fondation de l'Université Nationale d'Athènes, de l'Observatoire National, construction du Palais Royal, loi sur l'instruction publique obligatoire. L'identité nationale hellène se construit autour de la guerre d'indépendance : en 1838, Othon déclare le 25 mars fête nationale. Il inaugure, avec la reine Amélie, un jardin des Héros à Missolonghi où reposent d'illustres figures du conflit contre la Sublime Porte, comme Markos Botzaris[65],[66].

Les Athéniens, menés par Dimitrios Kallergis, demandant une Constitution au monarque, 3 septembre 1843. Tableau apocryphe.

La Grèce d'Otton souffre du jeu des chancelleries européennes : le Royaume-Uni refuse de rétrocéder les îles Ioniennes et l'ambassadeur britannique Edmund Lyons fait tout pour humilier le jeune monarque qu'il n'hésite d'ailleurs pas à qualifier publiquement d'imbécile, l'accusant de se comporter en tyran[67]. Également, il ne manque jamais une occasion de lui rappeler la question délicate de la dette que la Grèce a contractée auprès des puissances occidentales. Durant la guerre de Crimée, les Français et les Britanniques empêchent toute intervention grecque et occupent même le port du Pirée. Exclue de la conférence de Paris de 1856, Athènes n'obtient pas la moindre concession territoriale. Surtout, les grandes puissances profitent de leur nouvel ascendant pour exiger le recouvrement des dettes hellènes et imposer à la Grèce la tutelle d'une commission financière[68]. De surcroît, le monarque gouverne de façon autoritaire : il est contraint de donner au pays une Constitution après le coup d'État du 3 septembre 1843. La Constitution déclare tous les citoyens égaux devant la loi, garantit la liberté de la presse et d'association. Elle confie le pouvoir législatif à une Chambre et à un Sénat. Le pouvoir exécutif reste détenu par le roi qui nomme les ministres sans consultation du Parlement[69]. Toutefois, Othon n'est pas disposé à accepter que le Parlement outrepasse son simple rôle de « chambre d'enregistrement » et entre régulièrement en conflit avec ses ministres. Au début des années 1860, le monarque devient de plus en plus impopulaire : échec de la Grande Idée, pas d'héritier, politique centralisé et autoritaire. En 1861, un attentat organisé par l'étudiant Aristidis Dosios manque de peu la reine Amélie[70]. Un an plus tard, le soulèvement de la population conduit la famille royale à quitter précipitamment le pays pour s'exiler à la Neue Rezidenz de Bamberg, en Bavière. Jusqu'à la fin de sa vie, Othon reste persuadé de son retour en Grèce. Il finance d'ailleurs généreusement la révolution crétoise de 1866. Affaibli, il meurt en 1867, prononçant ses derniers mots pour sa patrie d'adoption : « Grèce, ma chère Grèce... »[67] Le prince Georges de Danemark est choisi pour lui succéder et monte sur le trône en 1863.

De la Révolution industrielle en Grèce jusqu'aux guerres balkaniques

À partir des années 1850, la Grèce entre dans une période d'essor industriel et économique considérable : la marine marchande joue un rôle prééminent dans le dynamisme économique de cette période. En 1850, la Compagnie Hellénique de Navigation[71] voit le jour. L'entreprise prend sérieusement son envol à partir de 1857. Ses bateaux à vapeur, Hydra, Reine Amélie et Panhellénion sillonnent non seulement les côtes grecques mais aussi étrangères. Les premiers itinéraires sont nationaux, notamment du Pirée au Péloponnèse. En 1858, la flotte compte cinq navires et les routes ont été étendues à Thessalonique et la Crète. En 1862, il y avait onze navires effectuant des voyages réguliers entre Smyrne, Constantinople et d'autres ports de l'Asie mineure[71]. Par le traité de Paris de 1856, le Danube est déclaré ouvert au commerce international[72] : la marine marchande grecque en profite pour se développer dans tout le monde balkanique. En 1875, la Compagnie Maritime de Samos est créée et vient dynamiser la marine marchande grecque[73]. Le commerce maritime est l'une des plus grandes forces de la Grèce depuis l'Antiquité[74]. Le début du XXe siècle marque la transition de la voile à la vapeur. La dynamique du développement de la navigation à vapeur a considérablement amélioré l'économie de nombreuses îles grecques, principalement Syros, Céphalonie, Ithaque et Andros. Outre ces îles, le port du Pirée a énormément profité de l'activité des bateaux à vapeur. Au cours des deux dernières décennies du XIXe siècle, celui-ci est devenu le centre industriel et commercial le plus important de Grèce. Le développement rapide du Pirée a donné une impulsion inattendue à la croissance d'Athènes. À cette époque, les réseaux routiers et ferroviaires étaient encore en construction, l'État accordant plus d'importance aux routes de navigation[75].

La Grèce doit beaucoup aux réformes modernisatrices de Charilaos Trikoupis.

Le chemin de fer fait progressivement son apparition dans le pays sous l'impulsion du Premier ministre Charilaos Trikoupis : la première ligne de chemin de fer est ouverte en 1869 entre le Pirée et le centre d'Athènes. Après 1883 et jusqu’en 1905, de nombreuses nouvelles voies ont lié la capitale à des villes importantes comme Larissa, Corinthe, Patras et Chalcis. Des voies ont été créées pour relier par ailleurs certaines villes grecques entre elles. Le réseau ferroviaire grec n’a pas favorisé les grands trajets en train mais a plutôt aidé des régions voisines à s’ouvrir les unes aux autres et donc la plupart des habitants se servaient du réseau pour des petits trajets[76]. À la fin du XIXe siècle, la ligne Parthénon - Brindisi - Rome - Paris avec une correspondance maritime à Patras permet de connecter le monde hellénique à l'Europe occidentale. En outre, l'Orient-Express permettait de relier Londres, Paris, Munich et Budapest à Athènes via Sofia et Thessalonique. À partir de 1919, une liaison directe connecte Londres à Athènes par Calais, Paris, Strasbourg, Vienne et Belgrade[77].

Ouverture des Olympiades de 1896 au stade panathénaïque.

Cette période est une période d'essor économique, mais aussi intellectuel et culturel. En 1859, une première tentative d'organisation des Jeux Olympiques a lieu à Athènes au Zappéion grâce au financement du philanthrope Evangelos Zappas. Ces jeux, au succès certes modeste, sont les prémices des Jeux Olympiques modernes. En 1880, sous l'impulsion du roi Georges Ier, un Théâtre National est fondé, de même que le Conservatoire Municipal d'Athènes. Les frères Yannakis et Miltos Manákis œuvrent activement au développement de l'activité cinématographique hellénique. En 1896, les premières véritables olympiades de l'ère moderne sont ouvertes à Athènes, grâce à l'action du Français Pierre de Coubertin[78]. Ce dernier est un philhellène convaincu : le choix d'Athènes pour organiser la première olympiade contemporaine lui apparaît comme un évidence. Il rapporte plus tard, dans ses écrits :

« Rien dans l’histoire ancienne ne m’avait rendu plus songeur qu’Olympie. Cette cité de rêve dressait sans cesse devant ma pensée d’adolescent ses colonnades et ses portiques ; bien avant de songer à extraire de ses ruines un principe rénovateur, je m’étais employé en esprit à rebâtir, à faire revivre sa silhouette linéaire. L’Allemagne avait exhumé ce qui restait d’Olympie ; pourquoi la France ne réussirait-elle pas à en reconstituer les splendeurs ? De là au projet, moins brillant mais plus pratique et plus fécond, de rétablir les Jeux, il n’y avait pas loin. »[79]

Après des négociations entre Coubertin et Constantin, duc de Sparte et diadoque, leur organisation est décidée. À cette occasion, Athènes a rénové intégralement le stade Panathénaïque vieux du IVe siècle av. J.-C. et qui fut même utilisé sous l'empereur Hadrien. Durant dix jours, des événements artistiques sont organisés en marge des compétitions sportives. La ville d'Athènes est illuminée à profusion pour l'occasion. Diverses parades aux flambeaux, concerts et autres réceptions composent le programme des festivités. Des tragédies antiques telles Médée ou Antigone sont données en représentation[80],[81]. L'athlète grec Spyrídon Loúis se distingue tout particulièrement en remportant le marathon, ce qui ravit la population et flatte l'ego national[82],[83],[84].

Elefthérios Venizélos fut le véritable bâtisseur de la Grèce contemporaine.

Néanmoins, la Grèce vit au rythme des valses gouvernementales, élément caractéristique de la vie politique hellénique depuis l'avènement de la monarchie constitutionnelle en 1844. De plus, l'esprit de la Grande Idée est loin d'avoir disparu : en 1897, la Grèce se lance, mal préparée et trop sûre d'elle-même, dans une guerre contre l'Empire Ottoman qui se solde par une débâcle grecque[85]. La Grèce déclencha le conflit en envoyant 1 500 soldats pour soutenir l'insurrection crétoise qui avait proclamé l'Enosis.[86] L'armée hellène lance alors des attaques dans l'Épire et en Macédoine qu'elle revendique. Elle subit deux défaites et les armées ottomanes progressent en territoire grec. Grâce à l'intervention de la Russie, de l'Autriche-Hongrie et des autres puissances, un cessez-le-feu est signé. La paix se solde par quelques légères pertes territoriales pour la Grèce et une indemnité à payer. La défaite est surtout intellectuelle et plonge le pays, en ce début du XXe siècle, dans une profonde crise politique[87]. En 1909, une partie de l'armée hellène, menée par le colonel Nikolaos Zorbas, fomente un coup d'État contre Georges Ier et son Premier Ministre Dimítrios Rállis : c'est le coup de Goudi. Ces insurgés demandent des réformes et la nomination du libéral Elefthérios Venizélos comme chef du gouvernement. Le roi cède et Venizélos devient Premier ministre[88]. Diplomate hors pair, il joue un rôle politique prééminent pendant les décennies suivantes. Entre 1909 et 1913, il mène des réformes politiques et sociales en profondeur : une cinquantaine d'amendements à la constitution de 1864 ont été adoptés, une réforme agraire est mise sur pied (création d'un ministère de l'Agriculture) et des innovations ont été apportées au système éducatif. L'armée est modernisée grâce à l'aide de la mission militaire française. L'impôt sur le revenu est mis en place, les fonctionnaires sont titularisés. Sur le plan social, Venizélos légalise les syndicats et le droit de grève, pose les bases d'une protection sociale en rendant obligatoire les assurances pour les entreprises. L'interdiction du travail dominical est réaffirmée, le travail des enfants est interdit et réprimé[89]. Les magistrats furent désormais protégés par un Conseil supérieur de la magistrature[90],[91].

En 1913, l'Europe se divise progressivement en deux camps. La Grèce est partagée : la famille royale est liée à l'Allemagne wilhlemienne par la reine Sophie de Prusse mais Venizélos est ouvertement francophile. Au cours de la décennie 1910, le Premier ministre se rapproche de la Serbie de Pierre Ier et de la Roumanie de Dimitri Ionescu duquel il est très proche[92].

Affiche représentant la carte de la « nouvelle Grèce » et ses gains territoriaux aux lendemains des guerres balkaniques.

À Constantinople, le régime ouvertement autoritaire et nationaliste suscite les inquiétudes des pays balkaniques. De surcroît, chacun d'entre eux veut profiter de l'affaiblissement de la Sublime Porte, désormais « l'homme malade de l'Europe » pour s'agrandir territorialement. Le 12 mai 1912, est constitué la Ligue Balkanique : elle rassemble la Grèce, la Serbie, le Monténégro et la Bulgarie autour de cet ennemi commun. Le 17 octobre 1912, la Ligue déclare la guerre à l'Empire ottoman malgré les réticences françaises, britanniques et russes qui craignent une potentielle intervention allemande et austro-hongroise. La première guerre balkanique se solde par une victoire totale des coalisés : la marine grecque s'illustre notamment au cours de la bataille d'Elli en décembre 1912. La bataille de Lemnos, le 18 janvier 1913, lui fait acquérir définitivement la maîtrise de la mer Égée. La force de la marine hellénique a convaincu les autres membres de la Ligue de s'allier à la Grèce. Le 31 octobre 1912 (ou 18 novembre dans le calendrier grégorien), l'armée hellénique entre dans Thessalonique, jour du saint-patron de la ville Démétrios. Commandant l'armée de terre, le diadoque Constantin fait une entrée triomphale dans la ville. Le 30 mai 1913, le traité de Londres met fin à la guerre[93]. Il entérine les victoires coalisées mais ne fixe aucune frontière :

« Sa Majesté l'empereur des Ottomans cède à Leurs Majestés les Souverains alliés tous les territoires de son Empire sur le continent européen à l'ouest d'une ligne tirée d'Enos, sur la mer Égée, à Midia, sur la mer Noire, à l'exception de l'Albanie. Le tracé exact de la frontière d'Enos à Midia sera déterminé par une commission internationale. » - Article Deuxième du Traité de Londres[94]

La Grèce sort grande gagnante de ces négociations. Elle peut annexer officiellement le sud de l'Épire, les montagnes du Pinde, la Thessalie et la Macédoine orientale avec Thessalonique. Cependant, les négociations à Londres n'ont pas abouti à un règlement précis des frontières : aussi, la question macédonienne n'est pas réglée, revendiquée en même temps par les Bulgares et les Grecs, les deux argumentant que la Macédoine est historiquement à eux. Les Grecs en appellent à l'héritage d'Alexandre le Grand tandis que les Bulgares affirment que les Macédoniens sont Slaves. Ces divisions entraînent le déclenchement de la seconde guerre balkanique : la Bulgarie attaque par surprise ses anciens alliés serbes et grecs dans la perspective d'occuper Thessalonique et d'avoir ainsi un accès sur la mer Égée. Les Bulgares, inférieurs en nombre aux Grecs subirent une contre-attaque générale sur l'ensemble du front dès le 19 juin et durent se replier sur la rivière Strymon. L'objectif initial de détruire rapidement l'armée serbe se révéla rapidement irréalisable et l'armée bulgare dut commencer à se replier avant même l'intervention roumaine et ottomane, et avant l'avancée grecque. Le conflit se généralisa en juillet 1913 avec l'intervention des Roumains et des Ottomans qui cherchèrent à reprendre Andrinople. Finalement, les Bulgares dépassés capitulent. Le traité de Bucarest du 10 août 1913 humilie la Bulgarie, qui est mise au ban des pays balkaniques. Ses gains territoriaux au cours de la première guerre balkanique lui sont retirés. La Grèce, soutenue par la diplomatie allemande, obtient le port de Kavala en Thrace[95].

Les guerres balkaniques préparent le jeu géopolitique de la Première Guerre mondiale : la Bulgarie ainsi humiliée nourrit un fort esprit de revanche et se rapproche de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie et de l'Empire ottoman. De l'autre côté, la Roumanie et la Serbie, deux pays historiquement francophiles (le roi des Serbes a fait ses classes à Paris et les élites roumaines sont étroitement liées à la culture française) se rangent du côté de la Triple-Entente. La Grèce reste toujours divisée sur la politique étrangère à suivre : Berlin, Paris, Londres et Moscou sont des alliés historiques. Les deux conflits n'ont pas résolu tous les problèmes régionaux, bien au contraire : ils n'ont fait que les exacerber[96],[97].

Première Guerre mondiale : de la « Grande Idée » à la « Grande Catastrophe »

Le roi Constantin Ier refuse toute intervention dans la guerre et pèsera de tout son poids pour maintenir la neutralité grecque.

En 1914, alors que l'Europe se prépare à la guerre, la Grèce est partagée et tergiverse sur la politique étrangère à mener. Elefthérios Venizélos mène une politique de prudence et louvoyante. Il existe dans le pays deux grands courants : les venizélistes sont pro-Entente et réclament l'entrée en guerre du Royaume aux côtés des Français, Britanniques et Russes ; les royalistes sont neutres, préférant ne pas prendre parti dans un conflit qui serait dévastateur pour le pays qui sort déjà de deux guerres difficiles. Constantin Ier est poussé par son beau-frère, le Kaiser Guillaume II, à intervenir mais résiste et réaffirme la neutralité du pays.

En Grèce, une lutte de légitimité prend forme avec d’un côté les partisans de Constantin Ier et de l’autre ceux de Venizélos, les prémices d’une « guerre civile » se font, déjà, ressentir. Malgré la pression des venizélistes, le monarque refuse de participer à l'expédition des Dardanelles avec les Britanniques, qui se solde par une douloureuse défaite alliée. L’intérêt pour la Grèce est devenu particulièrement soutenu après le débarquement des troupes alliées à Thessalonique[98], le 5 octobre 1915, et à la suite de la deuxième démission de Venizélos, le même jour, face au refus du roi de donner son accord à la participation de son pays aux opérations alliées. Cette démission a été accueillie avec beaucoup d’émotion en France, et elle a été présentée à la Une des journaux comme « un coup d’État du roi », ou comme « un acte de révolte contre le Parlement et la nation » selon L'Humanité[99]. C’est d’ailleurs à ce moment que l’image de la Grèce bascula : le pays apparut alors comme traître à l’égard de la cause de l’Entente. Dans ce sens, Gustave Hervé écrivait dans son éditorial de La Guerre sociale du 8 octobre 1915[100] :

« Ce n’est pas nous qui violons la nation grecque en débarquant à Salonique ; c’est le roi Constantin, beau-frère du kaiser, qui violente la nation à la tête de laquelle la France, l’Angleterre et la Russie l’ont placé, en l’empêchant de tenir la parole qu’elle a donnée aux Serbes. […] Si nous n’étions pas des poules mouillées, et si nous aimions vraiment le peuple grec, violenté par son roi, vingt-quatre heures après le coup d’État du roi Constantin contre le Parlement de la nation grecque, les flottes alliées seraient arrivées au Pirée et les ambassadeurs de la Quadruple-Entente auraient tenu au beau-frère de l’empereur Guillaume ce discours dépouillé d’artifices : «Monsieur, si dans les vingt-quatre heures vous n’avez pas rendu la liberté à votre peuple, si dans vingt-quatre heures Venizélos n’a pas repris le pouvoir avec mission de tenir la parole donnée aux Serbes, nous vous renvoyons à Berlin, vous et votre gracieuse épouse ! »

À la fin de l’été 1916, les Français, en première ligne, pressent le pouvoir grec de soutenir l’Entente et déplorent l’attitude passive du roi envers les troupes bulgares stationnées en Macédoine[101]. En octobre, Venizélos établit un gouvernement de Défense nationale à Thessalonique en concurrence frontale avec l’autorité du roi, demeuré à Athènes : c'est le Schisme National (Εθνικός Διχασμός)[102]. L’épisode des Vêpres grecques symbolise alors les tensions dominantes entre les gouvernements de Thessalonique, d'Athènes et les forces alliées[103]. Ces dernières réclament la restitution d’armes et de matériel militaire de l’armée hellène alors que le roi s’y oppose. Le , des troupes françaises et anglaises débarquent à Athènes par le Pirée et affrontent les fidèles du pouvoir monarchiste. Cette opération se termine par un échec pour les Alliés obligés d’évacuer la ville le lendemain[104].

Venizélos et l'amiral Koundoriotis passant en revue l' armée grecque sur le front macédonien.

Au printemps 1917, l'Entente voit la Russie impériale s'écrouler et s'attend à une attaque allemande dans les Balkans, pour soutenir la Bulgarie. Or, le Royaume-Uni désire retirer ses troupes de Thessalonique pour les utiliser en Palestine. L'Italie désire faire de même pour mieux occuper l'Épire du Nord[105]. En juin 1917, les Alliés de l'Entente évincèrent le souverain et installèrent Venizélos comme premier ministre d'une Grèce formellement unie mais amèrement divisée[105]. Constantin est contraint à l'exil et c'est son fils Alexandre Ier qui lui succède. Venizélos fit entrer la Grèce, jusque-là neutre, dans la guerre du côté de l'Entente. L'armée grecque s'engage donc aux côtés des Français et Britanniques au cours des batailles de Doiran[106] et de Skra-di-Legen[107]. Durant cette bataille contre les Bulgares les Grecs se distinguent par leur courage et leur pugnacité et remontent dans l'estime des Alliés. Le général anglais George Milne écrivit au général Danglis : « Sans l'aide des forces grecques, il n'aurait pas été possible de remporter cette victoire. »[108]. Le général Guillaumat, général en chef des forces alliées, reconnut publiquement l'importance de la contribution des forces grecques dans cette victoire, affirmant : « La victoire de Skra est aussi glorieuse que la prise de Mort-Homme avant Verdun. »[109].

C'est donc en pays allié et vainqueur que la Grèce participe à la Conférence de Paris et à la signature du Traité de Versailles. Elefthérios Venizélos y présente les revendications grecques et obtient sur à peu près tous les sujets gain de cause. Le pays obtient l'Asie mineure, la Thrace mais se heurte aux prétentions italiennes sur le Dodécanèse et l'Épire du Nord malgré le soutien français. En mai 1919, la Grèce a été autorisée à débarquer des troupes à Smyrne, la principale ville portuaire d'Asie mineure où vit une importante population grecque. La Grèce est la grande gagnante du traité de Sèvres d'août 1920 qui lui reconnaît formellement l'annexion de l'Asie mineure[110]. Cependant, pour les nationalistes turcs, dirigés par le général Mustafa Kemal, ce traité n'a aucune valeur juridique et il s'oppose fermement aux prétentions grecques. Le président français Alexandre Millerand prévient Venizélos que son pays n'est pas prêt à se lancer dans une nouvelle guerre pour imposer de force les conditions du traité de Sèvres aux Turcs, mais autorise celui-ci à y envoyer l'armée grecque pour maintenir l'ordre.

La guerre gréco-turque qui s'ensuit aboutit à une défaite des armées grecques et la conclusion d'un nouveau traité nettement moins favorable en 1923 : le traité de Lausanne. La Grèce est obligée de se retirer d'Asie mineure et de Thrace orientale. Lorsqu'ils prennent la ville de Smyrne, les nationalistes turcs commettent des exactions terribles sur la population civile (génocide des Grecs pontiques) qui est contrainte à l'exil : c'est la Grande Catastrophe. Cet épisode marque profondément et durablement les mentalités grecques, contribue à tendre encore un peu plus les relations turco-hellènes[111],[112].

Entre-deux-guerres (1923-1939)

La grande durée de la Première Guerre mondiale causa une profonde crise de conscience en Grèce. C'était avant tout une guerre que l’ensemble de l’opinion grecque, restée un peu perplexe, ne soutenait pas, parce qu’elle suscita la division du pays en laissant la Grèce seule, après la fin des hostilités internationales, à affronter la Turquie, ce qui provoqua la catastrophe de l’Asie mineure et la fin des revendications nationales. Elle essaya de répondre aux nouveaux besoins, très pressants de la Grande Catastrophe.

Athènes, dans les années 1930. Vue de la rue du Stade et de la rue Éole.

La République est proclamée le , à la suite des élections ayant donné la majorité au parti républicain. Le roi Georges II est destitué. Cette République dure douze ans, douze années agitées, ponctuées par des coups d'État militaires et des conflits frontaliers avec ses voisins, comme l'incident de Pétritch en 1925, résolu par l'intervention de la Société des Nations. Dans les premières années de la République, le gouvernement d'Alexandros Zaimis contracta un prêt auprès des banques britanniques d'un montant total de 9 millions de livres sterling destiné à la mise en valeur et à l'amélioration des terres (principalement dans les régions du nord). Les conditions de ce prêt stipulaient toutefois que la Grèce devait stabiliser sa monnaie en revenant à l'étalon-or. Un autre prêt de 4 millions de livres sterling destiné à la réalisation de travaux publics a été contracté en 1928. En mai 1928, la Banque de Grèce fut créée. L'économie du pays est majoritairement concentrée sur le secteur primaire : en 1933, plus de 85% des exportations grecques en termes de valeur étaient agricoles, la plus grande part des exportations étant le tabac brut (738 millions de drachmes). La Grande Dépression a eu un impact considérable sur les prix des produits de luxe tels que le tabac et les raisins secs, qui constituaient la majeure partie des exportations agricoles de la Grèce. Avant la crise, le pays exportait 50 055 tonnes pour une valeur de 3,95 milliards. Ce n'était plus que 34 743 tonnes de tabac pour une valeur de 738 millions de drachmes en 1933[113],[114].

La décennie 1930 est marquée par la présence de Venizélos aux affaires politiques. Ce dernier mène des grandes réformes politiques (passage d'un régime monarchique à un régime républicain) et sociales (mise en place progressive d'un régime assurantiel pour les travailleurs).

La République hellénique de l'entre-deux-guerres se caractérise par une instabilité gouvernementale chronique : quatorze gouvernements en onze ans. Le 10 octobre 1935, les généraux Geórgios Kondýlis et Aléxandros Papágos renversent la République et restaurent la monarchie au terme d'un référendum. La Grèce redevient formellement une monarchie et le roi Georges II est rappelé de son exil à Londres.[115]

Ioannis Metaxás dirigea la Grèce d'une main de fer entre 1936 et 1941.

En 1936, le général Ioannis Metaxás, devenu Premier ministre, abolit la Constitution pour et instaure un régime autoritaire, inspiré du fascisme italien de Benito Mussolini (Mouvement de la jeunesse nationale, salut fasciste, emprisonnement ou déportation des communistes). Ioannis Metaxás est un ancien militaire qui combattit durant les guerres balkaniques et qui s'y distingua ; il est hostile à la République et quitte le pays entre 1922 et 1935 avec la famille royale. Il revient à Athènes lorsque la monarchie est rétablie.

Toutefois, la politique de Ioannis Metaxás est sensiblement différente de celle menée par l'Italie fasciste et l'Allemagne hitlérienne. La Grèce est un allié de la France et du Royaume-Uni, et n'a jamais cherché à mener une politique expansionniste. On peut expliquer cette absence de politique belliciste par un certain nombre de raisons :

  • La défaite grecque durant la guerre de 1922 contre la Turquie. Les conséquences dramatiques du traité de Lausanne ont écarté l'idée de l'union de l'Asie mineure et de Constantinople au Royaume de Grèce. La défaite grecque s'est soldée par un échange catastrophique de populations entre la Turquie et la Grèce (plus d'un million de déplacés). Cette Grande Catastrophe a traumatisé l'opinion publique.
  • Les nouvelles relations bilatérales avec la Turquie d'Attatürk. Dans les années 1930, Elefthérios Venizélos signe un pacte d'amitié et de coopération avec le président turc. La guerre n'est donc pas envisagé, loin s'en faut. De surcroît, Metaxás est un admirateur du kémalisme, auquel il s'identifie pleinement[116].
  • La perte de vitesse de la Grande Idée. Les préoccupations politiques sont, dans les années 1930, plus préoccupées par l'avenir de la Grèce en tant que telle que du projet de réunir toutes les populations hellénophones. Dans l'entre-deux-guerres, le pays doit faire face à une crise politique, sociale et économique qui monopolisent le débat politique.

Le régime metaxien n'est ni antisémite, ni raciste, mais plutôt nationaliste, anticommuniste, étatiste et socialiste. Il faut bien comprendre que Metaxás était partisan d'un État fort et social à l'instar de Bismarck en Allemagne wilhelmienne. Il a poursuivi une politique sociale avancée, visant à la cohésion sociale tout en neutralisant les questions d'inégalités sociales qui alimentait politiquement le communisme. ll ne fait aucun doute que ce régime fut une dictature, avec des mécanismes de répression, de censure, de persécutions, etc. Mais il serait erroné de dire que Metaxas n'avait pas de soutien social ni même d'acceptation. Aucune opposition sérieuse ne s'est jamais développée contre son régime. Celui-ci a promu l'enseignement de l'éducation élémentaire dans l'enseignement, et la commande de la grammaire systématique du grec moderne et le développement de l'assurance sociale universelle. Metaxás a également soutenu le théâtre et les beaux-arts tout en imposant un contrôle étroit quant aux questions culturelles[117].[source insuffisante]

Affiche de propagande du nouveau régime.

Le régime du 4 août entend s’appuyer sur un idéal mobilisateur, celui d’une Grèce « régénérée » : la construction d’une « Troisième civilisation hellénique » est érigée en slogan. Les deux civilisations précédentes, racines du renouveau national sont d’une part la Grèce ancienne classique – l’accent est moins placé sur Athènes que sur Sparte, cité réputée guerrière et disciplinée – et d’autre part, la civilisation « médiévale grecque byzantine », marquée par la religion et la culture chrétiennes orthodoxes. Le régime exalte la patrie, la communauté biologique, l’unité sociale, la jeunesse, la famille, la religion, le modèle du soldat, les vertus viriles, le culte du chef, l’idée de régénération. Monarchiste, il condamne le système parlementaire et partisan. L’orthodoxie est posée en gardienne de l’âme grecque. Les revues du régime articulent étroitement nation et christianisme orthodoxe, dans une logique d’exaltation patriotique[118].

Le régime du 4 août, régime politique antiparlementaire, anticommuniste et étatiste, ne peut se comprendre que dans le contexte historique de l'époque. L'entre-deux-guerres voit la montée de régimes politiques « forts » dans une atmosphère marquée par la progression du communisme en Europe et soutenue par l'Union soviétique. La Grèce n'a pas évolué en un régime mussolinien ou hitlérien. Ce fut plutôt un régime étatiste, corporatiste et socialiste.

Seconde Guerre mondiale (1940 - 1945)

Ioannis Metaxás (deuxième à gauche), à côté du roi Georges II avec les généraux britanniques, 1941.

En 1939, Mussolini envahit l'Albanie du roi Zog, et ne cache pas ses ambitions en Grèce. Athènes se rapproche donc de Londres et de Paris pour garantir la souveraineté hellène. Mais avec l'effondrement des Pays-Bas, de la Belgique et de la France, ainsi que le retrait de la Grande-Bretagne à Dunkerque au cours du printemps 1940, la Grèce perd deux de ses alliés les plus influents. Metaxás mène alors une politique de prudence, proclamant la neutralité de la Grèce. Le pays n'a, de toute façon, pas les moyens techniques de s'opposer militairement à l'Allemagne hitlérienne. Le 15 août 1940, la marine italienne torpille le sous-marin grec Elli dans le port de l'île de Tinos, alors en pleine célébration de l'Assomption. La responsabilité italienne était évidente, et Rome cherchait d'ailleurs par tous les moyens à provoquer la Grèce. Pour autant, Metaxás se garda bien de toute offensive afin de ne pas donner une raison aux Italiens de déclencher une guerre contre le pays. Dans le même temps, l'armement du pays s'intensifie. Dès 1936, deux lignes de défense, similaires à celle de la Ligne Maginot en France, furent construites : à la frontière bulgare, la ligne Metaxás, et à la frontière yougoslave la ligne Alikamon. Le 28 octobre 1940, l'ambassadeur italien à Athènes Emanuele Grazzi remet un ultimatum à au gouvernement grec, le sommant de laisser l'armée italienne de pénétrer sur le territoire grec et d'occuper certaines places stratégiques, faute de quoi la guerre serait inévitable. Ioannis Metaxás lui aurait alors répondu par la négative en grec ( Όχι) et aurait ensuite ajouté en français : « Alors, c'est la guerre. » Le 28 octobre est donc resté dans les mémoires collectives comme le jour où la Grèce s'éleva contre l'impérialisme italien. C'est un jour férié, appelé «Επέτειος του 'Οχι » (Jour du Non).

Tous les rapports semblaient donner une victoire rapide à l’armée italienne. Mais c’était ne pas tenir compte de la réalité : il s’agissait d’attaquer, par l’Albanie, des troupes grecques solides et motivées dans un terrain montagneux difficile et dans une saison où pluie puis neige allaient donner bien du fil à retordre à un adversaire italien mal préparé. L’offensive italienne, en infériorité numérique, se solda par un échec cinglant qui permit même aux troupes grecques de contre attaquer et d’entrer en Albanie. Malgré la disproportion des forces aériennes, les Grecs parviennent à repousser les Italiens à l’intérieur du territoire albanais et conservent un excellent moral même s’ils manquent d’entraînement. Les chasseurs grecs défendent les aérodromes et les ports quand les bombardiers attaquent les lignes de ravitaillement, notamment en Albanie[119].

Carte de la bataille de Grèce en avril 1941.

Le 6 avril 1941, venant en aide à son allié italien au sein de l'Axe, l'Allemagne nazie envahit la Yougoslavie et la Grèce. L'armée grecque est aidée par des renforts britanniques, mais peu nombreux. Les premiers jours sont assez favorables à l'armée hellène, grâce aux lignes fortifiées Metaxás et Alikamon. Cependant, la supériorité allemande va avoir raison de l'armé hellène certes déterminée mais moins nombreuse et en manque d'équipement. Les grecs résistent avec une ténacité qui surprend jusqu'à l'État-Major allemand. Le 20 avril 1940, le général Tsolakoglu offre sa reddition aux allemands. Cette reddition n'inclut pas l'armée italienne. Outragé par cette situation, Mussolini ordonne une contre-attaque contre les Grecs qui viennent pourtant de se rendre. Elle est repoussée pour le plus grand embarras de Mussolini. Ce dernier obtient d'Hitler la signature d'une nouvelle reddition, ce qui est fait le 23 avril. Toutefois, cela n'est accepté par le commandant en chef des armées hellènes, Alexandros Papágos. Mais Athènes tombe le 27 avril. Le roi s'enfuit d'abord en Crète, puis à Alexandrie pour y organiser un gouvernement en exil[120]. Le matin du 20 mai 1941, le IIIe Reich lance une invasion aérienne en Crète, sous le nom d'opération Merkur. Les parachutistes allemands sous les ordres du général Kurt Student sont largués sur trois points : Maleme, Héraklion, et Réthymnon. Les troupes britanniques et néo-zélandaises du général Bernard Freyberg comptent 3 500 tués, 1 900 blessés, alors qu’une grande partie des troupes sera capturée (environ 12 000 hommes). Malgré la victoire, aucune opération aérienne d'envergure ne sera plus lancée par les Allemands jusqu'à la fin de la guerre[121].

Contrairement à ce que l'on pouvait s'attendre, la Grèce offrit une résistance bien plus organisée et bien plus virulente aux envahisseurs italiens et allemands. Ni Mussolini, ni Hitler n'avait jusqu'alors rencontré de véritable résistance dans leur projet expansionniste.Contrairement à la France, l'armée grecque s'est battue jusqu'au bout [non neutre][réf. nécessaire], et l'armistice signé ne fut pas reconnu par l'État-Major hellène. La Grèce a permis de retarder d'au moins six semaines l'invasion de l'Union soviétique. Hitler lui-même le reconnut : « si les Italiens n'avaient pas envahi la Grèce et demandé notre aide, la guerre aurait pu prendre un cours différent. Nous aurions devancé le froid russe de plusieurs semaines et conquis Leningrad et Moscou. Il n'y aurait eu aucun Stalingrad. »[122]. La résistance héroïque grecque fit l'admiration tant de la part des Alliés que des allemands. Lors d'un discours devant le Reichstag, en 1941, Hitler s'inclina devant leur lutte acharnée : « il doit être dit, pour le respect de la vérité historique, que parmi tous nos opposants, seuls les Grecs se sont battus avec autant de courage et de défiance envers la mort. »[123] Joseph Staline en fit l'éloge : « le peuple russe sera éternellement reconnaissant envers les Grecs pour avoir retardé l'armée allemande ainsi longtemps pour que l'hiver s'installe, et de ce fait nous donnant le temps précieux dont nous avions besoin pour nous préparer. Nous n'oublierons jamais. »[124] Winston Churchill fut impressionné : « Nous ne dirons pas que les Grecs combattent tels des héros, mais que les héros combattent tels des Grecs. »[125],[126]

La triple occupation de la Grèce.

La Grèce est occupée par l'Allemagne nazie, la Bulgarie et l'Italie fasciste. Après la capitulation des Grecs, l'Allemagne, l'Italie et la Bulgarie divisèrent le pays en zones d'occupation. L'Allemagne occupa la Macédoine occidentale (y compris Salonique), la Thrace orientale le long de la frontière gréco-turque, les environs d'Athènes, la Crète occidentale et les îles grecques situées à proximité de la Turquie dans le nord de la Mer Egée. La Bulgarie occupa la Thrace occidentale. L'Italie prit le contrôle du reste de la Grèce continentale, de la Crète orientale et des îles grecques du sud de la Mer Egée, de la partie orientale de la Méditerranée et des mers Ionienne et Adriatique. L'Allemagne et l'Italie occupèrent conjointement Athènes.[127]

L'occupation est particulièrement dure (famine, fusillades, destructions), et atteint son paroxysme durant la famine de l'hiver 1941-1942. Un gouvernement collaborationniste est mis en place, mais ne dispose d'aucune assise populaire et n'a guère de pouvoir. Dans les faits, c'est les forces d'occupation qui ont tout pouvoir exécutif. La résistance s'organise autour des