Ivan Mosjoukine

Ivan Ilitch Mosjoukine (en russe : Иван Ильич Мозжухин), né près de Penza (Russie) le et mort le à Neuilly-sur-Seine, est un comédien et réalisateur russe naturalisé français dans les années 1920.

Il est le comédien le plus marquant du cinéma russe d'avant la Révolution avec notamment Le Père Serge. Il devient ensuite un des membres de la communauté cinématographique des Russes blancs qui émigrent en France après la Révolution d'Octobre, et un des acteurs les plus marquants du cinéma muet français.

Ivan Mosjoukine (1917)

Fils d'une famille de la petite noblesse cultivée, il naît dans la propriété paternelle, dans le village de Kondol, près de Penza. Sa famille aimait les arts dramatiques (son frère aîné Alexandre est par la suite devenu un célèbre chanteur d'opéra[1]), et dès l'enfance il fait du théâtre en amateur, notamment au théâtre populaire de Penza. Après ses études secondaires, il a passé, pour obéir à son père, deux ans à la faculté de droit de Moscou avant de décider de devenir acteur. Rompant avec sa famille, il s'enfuit à Kiev, joue dans différents théâtres provinciaux, puis dans la troupe du Théâtre Populaire Vvedenski de Moscou. C'est là qu'il est remarqué par le cinéaste Piotr Tchardynine[2].

En 1911, il commence à jouer au cinéma pour le producteur Alexandre Khanjonkov et connaît rapidement le succès grâce à son élégance et à ses qualités d'acteur dans les rôles les plus variés, aussi bien tragiques que comiques. Parmi ses rôles les plus marquants, on peut noter le violoniste Troukhatchevski dans La Sonate à Kreutzer (1911), l'amiral Kornilov dans La Défense de Sébastopol (1911), Mavrouchka dans La Petite Maison de Kolomna de Tchardynine (1913), le Diable dans la Nuit de Noël de Ladislas Starewitch. Après l'arrivée chez Khanjonkov du réalisateur Evgueni Bauer, Mosjoukine devient la plus grande star du cinéma russe.

Ainsi dans Jizn v smerti (La Vie dans la mort), Mosjoukine, en versant des larmes (les fameuses larmes de Mosjoukine), devient une légende du cinéma muet de l'époque. Ce film sorti en 1914, d'après un scénario de Valéri Brioussov et une mise en scène d'Evgueni Bauer, raconte l'histoire du docteur Renault (interprété par Mosjoukine) qui tue sa femme pour conserver éternellement sa beauté et l'embaumer. C'est après ce film qu'il débute sa collaboration avec l'atelier-studio de Iossif Ermoliev[3] et Protazanov. Avec ce dernier, il joue Hermann dans la Dame de Pique (1916) et beaucoup d'autres classiques du cinéma russe. Il atteint le sommet de son art dans le rôle du prince Kassatski dans Le Père Serge de Protazanov (1918). Il jouait aussi parallèlement au théâtre dramatique de Korch à Moscou.

Ivan Mosjoukine jouant les dernières années du Père Serge dans le film du même nom réalisé par Protazanov.

Lev Koulechov utilisera plus tard des extraits de films de Mosjoukine pour faire la démonstration de ses idées sur le montage psychologique des films, connues aujourd'hui sous le nom d'effet Koulechov.

Avec la révolution, le producteur Ermolieff transporte ses studios à Yalta, en Crimée, tenue alors par les Armées blanches et continue d'y tourner jusqu'en 1920.

Mais, rapidement, la situation se dégrade également à Yalta. En , Ermolieff et toute sa troupe (Mosjoukine, sa compagne Nathalie Lissenko, les réalisateurs Alexandre Volkoff, Protazanov et Tourjanski, la femme de ce dernier Nathalie Kovanko) émigrent en France via Constantinople sur le navire marchand grec "la Panthère". Pendant le voyage, l'équipe tourne un film qui sera diffusé sous le titre L'Angoissante Aventure.

Installé à Montreuil près de Paris, dans les anciens locaux de Pathé, le studio de Joseph Ermoliev a bientôt changé de nom pour devenir « l'Albatros », avec Mosjoukine comme principale vedette. Mosjoukine écrit également le scénario de L'Enfant du carnaval, et devient réalisateur pour Le Brasier ardent (1923), un film étonnant qui mélange avant-garde, comique et dérision, et dans lequel il joue un rôle à multiples personnages.

Les années qui suivent le voient tourner une série de grands rôles qui en font la star incontestée du cinéma muet français : Kean (1924) d'Alexandre Volkoff qui est une adaptation de la pièce d'Alexandre Dumas sur le grand comédien anglais, la même année, Les Ombres qui passent, un autre film d'Alexandre Volkoff et qui alterne comédie (à la Buster Keaton) et tragédie, le Lion des Mogols de Jean Epstein, et avec Marcel L'Herbier Feu Mathias Pascal d'après Pirandello, qui lui offre un autre rôle en or (et dans lequel il a pour partenaire le jeune Michel Simon).

Après cette série de films, il quitte Albatros pour tourner de grandes productions pour la Société des Cinéromans comme le Michel Strogoff (1926) de Tourjansky, puis le Casanova (1927) d'Alexandre Volkoff. Il avait été pressenti pour jouer le Napoléon de son ami Abel Gance, mais a finalement laissé le rôle à Albert Dieudonné.

Figure parisienne des Années folles, il habite l'Hôtel Napoléon et fréquente le quartier Montparnasse, à la Coupole ou à la Closerie des Lilas, mais il sort aussi rive droite Chez Schéhérazade, le cabaret russe. Il rencontre l'égérie Kiki de Montparnasse avec laquelle il a une idylle. Surnommé le Rudolph Valentino russe, il poursuit donc une carrière brillante et fait de nombreuses conquêtes féminines.

Au printemps 1926, Mosjoukine passe un contrat avec Universal Pictures et part pour Hollywood. Aux États-Unis sous la pression des producteurs, il doit raccourcir son nom en "John Moskin" et subir une opération de chirurgie esthétique malheureuse qui enlève à ses traits leur puissance expressive. Il ne tourne qu'un seul film, L'Otage (Surrender), qui est un échec, et rentre en Europe.

De 1928 à 1930, il est en Allemagne où il joue en particulier le rôle de Hadji Murat dans le Diable blanc (Der weiße Teufel, 1930) sous la direction d'Alexandre Volkoff, puis revient à Paris. L'arrivée du parlant provoque la fin de sa carrière d'acteur, en raison d'un accent russe très prononcé. Son seul rôle parlant à succès est celui du Sergent X de Vladimir Strijevski.

Il vit toujours à l'hôtel et change souvent d'appartements au gré de sa fortune. Il aide par l'envoi de colis son vieux père resté à Penza et sa première compagne, Olga Téléguine-Bronitski, actrice de théâtre tombée dans la misère dont il avait eu un fils en 1909 (Alexandre, dit Chourik), restés à Moscou.

Après un dernier petit rôle en 1936, il termine sa vie dans la solitude et la misère et meurt de tuberculose à la clinique Saint-Pierre de Neuilly.

Ivan Mosjoukine est enterré au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois[4].

Romain Gary se plaisait à faire croire qu'Ivan était son père.

Il joue au cinéma à la fin de l'Empire russe, puis en France, aux États-Unis et en Allemagne.

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