Jules Védrines

Charles Toussaint Védrines, dit « Jules », né à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) le [1] et mort le à Saint-Rambert-d'Albon (Drôme), est un aviateur français.

Belle Époque

Jules Védrines fut d'abord ouvrier, puis metteur au point aux usines Gnome[2], avant de devenir mécanicien du pilote-acteur britannique Robert Loraine (en). Cette expérience lui donne le désir de devenir aviateur. Il passe son brevet de pilote le à Pau.

Intéressé par la politique, il se présente aux élections cantonales de Limoux en 1910, puis aux élections législatives de 1912, sans plus de succès (étant battu par Jean Bonnail). Cet échec politique donna naissance à une chanson populaire occitane : La cançon de Vedrina [archive]

Le , il effectue à bord d'un Morane-Borel le vol Toulouse-Carcassonne et devient ainsi le premier aviateur de l'Aude[3].

Le , il survole Paris et, à basse altitude, le cortège de la Mi-Carême, sur lequel il lance une pluie de fleurs.

Embauché chez Morane, il gagne la course Paris-Madrid, course de 1 197 kilomètres à vol d'oiseau organisée par le journal Le Petit Parisien, le avec un monoplan Morane-Saulnier A à moteur rotatif Gnome de 70 chevaux et empoche la coquette somme de 100 000 francs pour cet exploit, soit la moitié de la dotation totale prévue pour cette course[4].

Jules Védrines sur son Blériot XLIII baptisé la vache, novembre 1914.

D'origine auvergnate, Jules Védrines était marié à une Creusoise, née à Paris, Amélie Mélanie Noémie Lejeune, dont la famille réside au hameau dit « Le Mont », commune de Bussière-Dunoise. Il eut de cette union quatre enfants : Jeanne, Henri, Suzanne et Émile. En 1911, Jules Védrines a atterri à Bussière à bord de son Morane-Borel alors qu’il participait au rallye aérien Paris-Pau, en partie à cause du brouillard et en partie pour voir sa famille. Une stèle a été érigée à l’endroit même où Védrines a atterri. Celle-ci représente une aile du Morane et, en son centre, le visage stylisé et évidé de Védrines qui laisse voir au travers la bourgade de Bussière-Dunoise, une partie du moteur et une demi-hélice.

En , Védrines voit son nom apparaître dans les chroniques judiciaires, ce dernier étant condamné par le tribunal correctionnel de Reims à une amende de 16 francs avec sursis pour s'être battu avec l'aviateur allemand Willy Hahn, qui souhaitait faire un duel avec le Français et qui n'a pas supporté que Védrines refuse, venant même jusqu'à lui armé d'un revolver[5] !

Le , à Pau, il bat le record de vitesse pure en avion : sur un avion Deperdussin de type monoplan à moteur Gnome de 100 chevaux et bougies Oléo, il atteint la vitesse de 145,177 km/h[6]. Le , il joue une nouvelle fois de la vitesse, parvenant ainsi à couvrir 159,303 kilomètres en une heure avec un monoplan Deperdussin à moteur Gnome de 140 chevaux[7].

Le , il s'écrase rue de l'Yser, à proximité de la voie ferrée à Épinay-sur-Seine au cours d'un trajet Douai-Madrid qu'il comptait réaliser pour tenter de s'emparer de la Coupe Pommery. Il est grièvement blessé lors du crash de son monoplan Deperdussin, à la suite de la panne de son moteur de 100 chevaux[8], mais il tiendra tout de même quelque temps après son propre rôle dans un film réalisé aux studios Éclair, intitulé Le roman de Védrines.

Deux ans plus tard, du au , il réalise la première liaison aérienne France-Égypte (avec escales) à bord de son monoplan Blériot. Il part de Nancy le et arrive au Caire le , devenant au passage le premier pilote à se poser à Beyrouth au Liban.

Védrines en , à Chicago ( RM de vitesse).

Le , son frère Émile se tue en avion à Reims.

Première Guerre mondiale

Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé dans l'aviation, à l'âge de trente-deux ans. Il signe ses avions d'une tête de vache ou de l'inscription « la vache », sans doute en souvenir de ses origines limousines et aussi peut-être en guise de provocation.

Affecté le avec le grade de caporal[9] à l'escadrille MS.3, connue sous le nom d'Escadrille des Cigognes, il accueille et forme au combat, en 1915, Georges Guynemer[10]. Védrines, nommé adjudant le [9] outre ses missions de combat au-dessus de Verdun, sera décoré pour ses fonctions d'instructeur[11]. Il se spécialise dans des missions difficiles, voire impossibles, comme le convoyage d'espions français derrière les lignes allemandes puis leur récupération.

Le , Védrines se laisse photographier par Carlo Verbessem, un pilote de chasse belge. Très fier, il est aux commandes d'un triplan Astoux sur le terrain de la base « belge »[12] de Villesauvage[13]. En remerciement de la dédicace accordée par Védrines, Verbessem lui accorde un chapitre dans son journal de guerre (publié en 1999 par Robert Sainte). Plusieurs photos de cet avion conçu par l'ingénieur Astoux (publiées dans le journal de guerre de Carlo Verbessem), considéré par les Français comme une arme secrète et d'avenir, furent réalisées par Verbessem, mais les essais de celui-ci ne furent pas concluants. Cet avion était équipé d'un mécanisme actionnant les ailes, trop tortueux à utiliser ; et il n'avait pas non plus de freins, comme sur les premiers modèles d'avion[14]. Après son premier vol d'essai du , terminé par son capotage dans les champs, « Julot » Védrines - contusionné - a déjà compris que l'appareil (dont il détient conjointement avec Astoux plusieurs brevets) n'était pas fiable. Néanmoins, le , il laisse Verbessem photographier le triplan et tente un essai sans aucune manœuvre hardie. Le lendemain, il effectue encore un nouvel essai où l'appareil se comporte comme s'il était piloté par un novice en panique. À sa descente d'avion, il déclare aux autorités que « cette machine est aussi capable de voler qu'un tracteur agricole... ». Les responsables sont très choqués par ses propos. Malheureusement, ils n'en tiendront pas compte, ce qui provoqua le la mort du jeune pilote André-Ernest Simon (1895-1916)[15] qui ne prit hélas, secret oblige en période de guerre, aucun contact avec Védrines avant de monter dans cet avion. À titre posthume, il reçut une quatrième palme pour sa Croix de guerre. Il fut enterré à Étampes (division C7).

Cité trois fois à l'ordre de l'Armée, il est nommé officier (sous-lieutenant) le .

Entre-deux-guerres et décès

Jules Védrines atterrit sur le toit des Galeries Lafayette.

Le , il se pose à bord d'un « Caudron G III » sur le toit des galeries Lafayette du boulevard Haussmann (une terrasse de 28 mètres sur 12), malgré l'interdiction de la préfecture de Paris. Le défi a été lancé par les grands magasins. Il empoche ainsi le prix de 25 000 francs offert pour cet exploit, mais est verbalisé par la police par une amende de 16 francs. Une stèle commémore l’événement[16].

Le , lors du vol d'inauguration de la ligne Paris-Rome à bord d’un bimoteur Caudron C-23, un des deux moteurs de l'avion tombe en panne et celui-ci s'écrase à Saint-Rambert-d'Albon. Jules Védrines et son mécanicien Guillain ne survivent pas. Il est enterré au cimetière parisien de Pantin en grande pompe.

Son fils, Henri Védrines, sera député de l'Allier, au Parti communiste français (PCF).

Filmographie

Citation

« L'aviation populaire, magnifique invention, a une belle mission à remplir. Elle s'adresse à la jeunesse. Et je ne cacherai pas qu'en fait de propagande aérienne, ce sont les jeunes qui importent le plus. Les autres sont convaincus ou ne le seront jamais. Tandis que vous, les jeunes, vous constituez un terrain magnifique, vous qui représentez la France de demain. Je vous ai vus, je vous ai approchés, je sais que nous pouvons avoir confiance en vous. Vous avez l'âme aérienne. »

Sources

  • Jacques Mortane, Bibliothèque de l’Aviation Populaire, Édition Baudiniere.
  • Presse parisienne : Le Petit Journal, Le Petit Parisien, .
  • Robert Sainte, L'épi mûr, d'après le journal de guerre de Carlo Verbessem, pilote de chasse (belge), - , éd. Racine, Bruxelles , 1999.

Bibliographie

Article connexe

Lien externe

Références

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