Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale, ou Deuxième Guerre mondiale[5], est un conflit armé à l'échelle planétaire qui dure du au . Ce conflit oppose schématiquement les Alliés et l’Axe.

Provoquée par le règlement insatisfaisant de la Première Guerre mondiale et par les ambitions expansionnistes et hégémoniques des trois principales nations de l’Axe (le Troisième Reich, l'Italie fasciste et l'Empire du Japon), elle est favorisée par la convergence d’un ensemble de tensions et conflits régionaux, notamment : en Afrique (Seconde guerre italo-éthiopienne dès 1935), en Espagne où la guerre civile commence le , en Chine où la guerre contre le Japon débute le , et en Europe centrale où l'Allemagne annexe autoritairement l'Autriche le puis les territoires des Sudètes pris à la Tchécoslovaquie le et où enfin, le , elle agresse militairement la Pologne grâce à un accord passé avec l'URSS. Ce dernier événement provoque dès le , l'entrée en guerre du Royaume-Uni11 h), de la France17 h), et de leurs empires coloniaux respectifs.

Tout d'abord associée à l'Allemagne dans le partage de l'Europe, l'URSS rejoint le camp allié à la suite de l'invasion allemande le . Quant aux États-Unis, ils abandonnent leur neutralité après l'attaque de Pearl Harbor par les forces japonaises, le . Dès lors, le conflit devient vraiment mondial, impliquant toutes les grandes puissances, et la majorité des nations du monde sur la quasi-totalité des continents.

La Seconde Guerre mondiale prend fin sur le théâtre d'opérations européen le par la capitulation sans condition du Troisième Reich, puis s’achève définitivement sur le théâtre d'opérations Asie-Pacifique le par la capitulation également sans condition de l'Empire du Japon, dernière nation de l’Axe à connaître une défaite totale.

La Seconde Guerre mondiale constitue le conflit armé le plus vaste que l’humanité ait connu, mobilisant plus de 100 millions de combattants de 61 nations, déployant les hostilités sur quelque 22 millions de km2[6], et tuant environ 62 millions de personnes, dont une majorité de civils. La Seconde Guerre mondiale est aussi la plus grande guerre idéologique de l’Histoire, ce qui explique que les forces de collaboration en Europe et en Asie occupées aient pu être solidaires de pays envahisseurs ou ennemis, ou qu’une résistance ait pu exister jusqu’en plein cœur de l’Allemagne nazie en guerre. Guerre totale, elle gomme presque entièrement la séparation entre espaces civils et militaires et donne lieu dans les deux camps à une mobilisation massive des ressources non seulement matérielles — économiques et scientifiques — mais aussi morales et politiques, dans un engagement des sociétés tout entières.

La somme des dégâts matériels n’est pas évaluée avec certitude. Les pertes en vies humaines et les traumatismes collectifs et individuels sont considérables, la violence ayant pris des proportions inédites. Le conflit donne en effet lieu à de multiples crimes de guerre, crimes favorisés et banalisés par une violence militaire et policière d'une intensité et d'une profondeur inégalées, cette violence notamment contre les civils étant parfois un élément de la stratégie militaire. On assiste ainsi à l'émergence à une échelle inconnue jusqu'alors de crimes de masse particulièrement atroces et pour certains sans précédent, tout particulièrement à l'instigation de l'Allemagne nazie et du Japon impérial. Parmi ces crimes figurent des massacres génocidaires allant jusqu'à une organisation industrielle s’appuyant sur la déportation en camps de concentration, camps de travail et camps d'extermination, comportant des chambres à gaz à des fins d’extermination de populations entières (Juifs, Slaves, Tziganes) ou de catégories particulières d’individus (communistes, homosexuels, handicapés, etc.) particulièrement à l’instigation du régime nazi. L'ampleur des crimes des vaincus suscite la définition d'une incrimination nouvelle par les vainqueurs : le crime contre l'humanité, appliquée notamment au génocide des juifs d'Europe. Le régime Shōwa n'est nullement en reste en Asie avec, à son actif, dix millions de civils chinois enrôlés de force par la Kōa-in au Mandchoukouo, environ 200 000 « femmes de réconfort » enrôlées en Corée et dans tout l’Extrême-Orient, ainsi que l’annihilation systématique de populations civiles, principalement en Chine.

Il faut ajouter à cela l'assassinat systématique de résistants et d'opposants politiques, ainsi que les représailles contre les civils, comme le firent par exemple les nazis ; les viols généralisés des femmes dans les territoires ennemis occupés, crimes perpétrés tant par un camp que par l'autre, et à une moindre échelle dans les territoires amis ; les expérimentations sur des êtres humains auxquelles se livrèrent des médecins nazis tels le SS Josef Mengele, et l’unité japonaise 731 ; les bombardements aériens massifs de civils d’abord par l’Axe en Europe (Coventry en Grande-Bretagne, Rotterdam aux Pays-Bas) et en Asie (Shanghai, Canton, Chongqing, cette dernière étant la ville la plus bombardée du conflit sino-japonais), puis par les Alliés : bombardement à grande échelle de nombreuses villes allemandes et notamment Dresde et Hambourg, attaques sur Tokyo au napalm au Japon. Développée par les États-Unis lors du conflit, la bombe atomique est utilisée pour la première fois de l'Histoire : deux bombes A larguées sur des cibles civiles par les États-Unis explosent à trois jours d’intervalle, à Hiroshima et à Nagasaki, au Japon.

La Seconde Guerre mondiale propulse les États-Unis et l’URSS, principaux vainqueurs, au rang de superpuissances concurrentes appelées à dominer le monde et à se confronter dans une vive rivalité idéologique et politique, pendant près d'un demi-siècle, et à s'affronter militairement par États interposés comme pour la guerre de Corée, la guerre du Viêt Nam et la guerre d'Afghanistan. Elle scelle le déclin des vieilles puissances impériales d’Europe et ouvre le processus de décolonisation qui s’accélère dans l'après-guerre en Asie, dans le monde arabe et en Afrique, jusqu'aux années 1960.

L'ampleur des destructions et des morts suscite la création d'instances internationales, politiques et économiques, visant à éviter la réapparition des conditions ayant mené à la guerre (Organisation des Nations unies, Fonds monétaire international, Banque mondiale et Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce pour les plus connues). Enfin, ce dernier conflit d'ampleur sur le continent européen est suivi en Europe de l'Ouest par une période de prospérité sans précédent, dans la foulée de la reconstruction, et l'émergence progressive d'un projet d'unification politique pacifique porté en premier lieu par les deux adversaires historiques, l'Allemagne et la France.

Origines du conflit en Europe

Territoires de l'Axe :
  • Puissances de l'Axe
  • Colonies et territoires occupés de l'Axe
Territoires alliés :
  • Alliés occidentaux
  • Dominions des Alliés occidentaux
  • Colonies et territoires occupés des Alliés occidentaux
  • Alliés de l'Est (URSS et États satellites)
Autres :
  • Empire du Japon et États satellites (avant de rejoindre l'Axe)
  • URSS et États satellites (avant de rejoindre les Alliés)
  • France de Vichy et ses colonies (officiellement neutre, mais collaboratrice de l'Axe)
  • Pays neutres
(Image animée, cliquez dessus pour voir l'évolution)

Les traités de Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Trianon et Neuilly avaient suscité rancœurs, frustrations et désirs de reconquête chez les peuples allemand, autrichien-hongrois et bulgare[7]. L'humiliation de la défaite de 1918 et la signature du traité de Versailles sont vécues comme un diktat en Allemagne. C'est l'idée que la classe politique allemande est à l'origine de cette défaite qui entraîne un sentiment de rancœur au sein de l'armée qui rejoindra les nazis dans leur ascension au pouvoir[8].

La crise de 1929 conduit les différents États à adopter des mesures protectionnistes et à se placer en rivaux. Alors que l’agressivité des démocraties se situe sur le plan économique, les dictatures fascistes vont adopter une stricte autarcie et, naturellement, penser leur défense et leur expansion en termes militaires. Mais partout, des politiques d’armement sont mises en place efficacement pour sortir du marasme économique[9].

Ceci pourrait expliquer une guerre dans un contexte où la politique de l’Allemagne aurait été inspirée par les classes dominantes traditionnelles. La guerre en Europe est toutefois directement issue des ambitions expansionnistes du parti nazi — au pouvoir en Allemagne — exprimées dès 1924 par Adolf Hitler dans Mein Kampf. Sur ces ambitions visant à conquérir un espace vital pour le peuple germanique se sont greffées les velléités expansionnistes du régime fasciste italien qui tenta tant bien que mal de se constituer un empire colonial en Éthiopie et en Europe du Sud.

Chamberlain, Daladier, Hitler et Mussolini sur le point de signer les accords de Munich, 1938

Origines du conflit en Asie

Ulcérés par le traitement imposé à l'Empire du Japon par les puissances occidentales lors du traité de Versailles et les traités navals de Washington et de Londres, de nombreux politiciens et militaires japonais, tels Fumimaro Konoe et Sadao Araki, réactualisent la doctrine du hakkō ichi’u (« les huit coins du monde sous un seul toit ») et mettent en place une idéologie fondée sur la suprématie de la race japonaise et son droit à dominer l’Asie. Cette idéologie raciste présente le Japon comme le centre du monde et prend assise sur l’institution impériale et l’empereur, être divin et descendant de la déesse Amaterasu Omikami. Elle donne lieu à une tentative de restauration Shōwa.

Porté par l’influence des factions militaires, le Japon envahit ainsi la Mandchourie en 1931 puis le reste de la Chine en 1937. Le refus du Japon de se retirer de l’Indochine française, envahie en 1941, et de la Chine, à l’exclusion du Mandchoukouo, mène, l'été de la même année, à l’imposition par les États-Unis d’un embargo sur le pétrole. En réaction, Hirohito lance alors la guerre de la Grande Asie orientale (Dai Tô-A sensô) et autorise l’attaque de Pearl Harbor ainsi que l’invasion de l’Asie du Sud-Est.

L'affrontement central du conflit oppose les « Alliés » aux « Forces de l’Axe », c'est-à-dire les signataires du Pacte tripartite et les pays qui les soutiennent. Cependant les alliances furent parfois profondément modifiées durant le conflit et ses préambules. Ainsi, la Pologne participa au partage de la Tchécoslovaquie en 1938 aux côtés de l'Allemagne nazie[10], mais elle fut à son tour envahie et partagée par l'Allemagne nazie et l'URSS dans le cadre du pacte germano-soviétique, qui prévoyait également l'occupation des Pays baltes. La Finlande, lors de la Guerre d'Hiver en 1939 contre l'URSS, recevra le soutien des Britanniques et des Français, mais elle sera au côté de l'Allemagne nazie après l'invasion de l'URSS par celle-ci, avant de changer de camp en 1944. La Roumanie pro-occidentale au début de la guerre, se rangera du côté des nazis après le renversement de la monarchie par le mouvement fasciste de la Garde de fer, avant de retrouver le camp allié en 1944.

Membres de l'Axe

La marche à la guerre en Europe a été rythmée de façon constante par les initiatives allemandes. Selon les mots d’Yves Durand, « La responsabilité du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale incombe indubitablement à l’Allemagne hitlérienne[11]. »

Lorsque la Pologne est envahie par l’Allemagne et par l’URSS, la Chine a déjà été envahie par le Japon depuis 1937, mais les relations entre Berlin et Tokyo restent distantes, et l’Allemagne ne soutient pas le Japon. L’empire du Japon, enlisé dans une guerre estimée au départ de trois mois, occupe difficilement un territoire trop vaste. Ses exactions contre les populations civiles (massacre de Nankin) ainsi que son recours aux armes chimiques et bactériologiques produites par l’unité 731[12] lui valent un surcroît d’hostilité en Europe.

Le a lieu à Berlin la signature du pacte tripartite par lequel le Japon reconnaît la prédominance de l’Allemagne et de l’Italie en Europe et ces deux derniers États, la suprématie du Japon en Asie orientale : les trois pays signent un pacte d’assistance mutuelle. Quant à l’Italie, théoriquement alliée de l’Allemagne depuis 1936, elle n’a déclaré la guerre à la France et au Royaume-Uni que le et attaque le royaume de Grèce sans consulter les Allemands, le .

L’alliance de la Hongrie avec l’Allemagne à partir de 1938 lui vaut des agrandissements territoriaux aux dépens de la Tchécoslovaquie et de la Roumanie, mais le pays n’est pas belligérant lorsqu’il rejoint l’Axe le . La Hongrie n’intervient militairement que lors de l’invasion de la Yougoslavie en avril 1941, puis lors de l’attaque contre l’URSS en juin. Le Royaume-Uni et les États-Unis lui déclarent la guerre le .

Après avoir été attaquée par l’URSS le lors de la guerre d'Hiver, la Finlande s’allie de facto à l’Allemagne[13] (sans rejoindre l’Axe) et déclare la guerre à l’URSS le , dans le cadre de la « guerre de Continuation ». Cependant, le maréchal finlandais Mannerheim borne explicitement ses objectifs à la reprise des terres annexées à l'Union Soviétique par le Traité de Moscou du .

Après avoir dû céder un cinquième de son territoire à l’URSS le , la Roumanie subit le coup d’État du maréchal pro-nazi Ion Antonescu le , l’occupation par les troupes allemandes le et rejoint l’Axe le . Le elle participe à l’attaque allemande contre l’URSS pour récupérer les territoires perdus un an plus tôt, mais contrairement à l’armée finlandaise, l’armée roumaine est engagée dans les opérations jusqu’à Stalingrad et participe à des atrocités : massacre de civils à Odessa, déportation et extermination de Juifs en Transnistrie. Le Royaume-Uni et les États-Unis lui déclarent la guerre le .

La Hongrie et la Roumanie ont envoyé plusieurs centaines de milliers d’hommes combattre aux côtés de l’Allemagne en URSS.

Les contingents de volontaires étrangers engagés sur le front russe au nom de l’anti-bolchevisme, comme la division espagnole Azul ou la Légion des volontaires français, ont des effectifs beaucoup plus modestes.

Le régent du Royaume de Yougoslavie signe une alliance avec l’Allemagne en . Il s’ensuit aussitôt un coup d'État militaire anti-allemand : lorsque le nouveau roi imposé par le putsch dénonce l’alliance, l’Allemagne et l’Italie envahissent et démantèlent la Yougoslavie. L’État indépendant de Croatie devient un satellite de l’Allemagne nazie. Autre satellite de l’Allemagne, la Slovaquie, qui a adhéré au pacte tripartite en novembre 1940, déclare la guerre à l’URSS le .

Le Bulgarie rejoint l’Axe le puis laisse la Wehrmacht traverser son territoire pour envahir la Grèce. La Bulgarie profite de cette alliance pour s’agrandir aux dépens de ses voisins mais ne participe pas à l’invasion de l’URSS. Le Royaume-Uni et les États-Unis lui déclarent la guerre le . Elle n’est en guerre contre l’URSS que pendant vingt-quatre heures, les 5 et 6 .

Ante Pavelić, fondateur du mouvement nationaliste croate des Oustachis.

En détruisant une partie de la flotte des États-Unis à Pearl Harbor le et en envahissant la Malaisie, possession britannique, le Japon entre résolument dans la guerre contre les États-Unis et le Royaume-Uni.

Le Japon et l’URSS s’affrontent en , sans déclaration de guerre, en Mongolie (bataille de Halhin Gol). Les Soviétiques ne déclarent toutefois officiellement la guerre au Japon que le .

Le , la Thaïlande signe un pacte défensif avec le Japon et déclare la guerre aux États-Unis et au Royaume-Uni. La chute du gouvernement de Plaek Pibulsonggram en ne rompt pas officiellement l’alliance, mais la Thaïlande se retire du conflit en évacuant les territoires pris aux Britanniques et des contacts sont pris avec les Alliés.

Le , Badoglio, qui a remplacé Mussolini, rompt l’alliance avec l’Allemagne en signant un armistice avec les Alliés. Hitler envahit aussitôt la péninsule qu’il occupe jusqu’à Naples.

À partir de la fin , la Hongrie envisage un retournement d’alliance. Informé de ces préparatifs, Hitler ordonne l’occupation de la Hongrie le , destitue le régent Horthy et offre le pouvoir à Ferenc Szalasi qui reste dans l'Axe.

Adversaires de l'Axe

Comme l’armée tchécoslovaque n’avait pas opposé de résistance lors de l’invasion de la Bohême-Moravie, le , on peut considérer que la Pologne est le premier adversaire de l’Allemagne belligérant à partir du lorsqu’elle résiste à son invasion par l’Allemagne. L’invasion de la Pologne provoque les déclarations de guerre du Royaume-Uni et de la France le , à respectivement 11 et 17 heures.

Le Royaume-Uni justifiait sa déclaration de guerre à l'Allemagne par la garantie qu'elle avait donnée à la Pologne le 31 mars 1939. Après la guerre, Alexander Cadogan, qui, lors des événements, était sous-secrétaire d'État permanent aux Affaires étrangères du Royaume-Uni, déclara au sujet de cette garantie :

« Et ce fut cela, finalement, qui amena Chamberlain à prendre la soudaine et surprenante décision de garantir la Pologne. Certes, notre garantie ne pouvait donner aucune protection à la Pologne en cas d'attaque imminente contre elle. Mais par cette garantie, Chamberlain plantait un poteau indicateur pour lui-même. Il était engagé, et, dans le cas d'une attaque allemande contre la Pologne, les tourments du doute et de l'indécision lui seraient épargnés. On dira peut-être que c'était cruel pour la Pologne. Je ne serais pas d'accord là-dessus, parce que notre situation militaire aurait dû être connue des Polonais et qu'ils auraient dû être assez conscients de l'imminence du péril qui les menaçait. On dira peut-être que c'était cynique. À courte vue, ce l'était peut-être. Mais cela eut l'effet de nous mettre en guerre… Et finalement, avec nos alliés, nous avons gagné la guerre. Même si, bien sûr, on ne peut pas attendre des malheureux Polonais qu'ils se félicitent des conséquences qu'il y eut pour eux[14]. »

Avec le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande déclarent également la guerre à l’Allemagne. Au fil de la guerre, tous les dominions (Canada, Afrique du Sud, Terre-Neuve) et toutes les colonies (Inde, Nigeria, Kenya, etc.) de l’Empire britannique deviennent tôt ou tard partie prenante du conflit, à l'exception de l’Irlande du Sud qui reste officiellement neutre sous la direction de Éamon de Valera.

En , lorsque l’Allemagne envahit le Danemark et la Norvège, la Norvège oppose une résistance armée alors que le Danemark, trop faible militairement, tente plusieurs contre-attaques sans succès puis se place « sous la protection de l'Allemagne », selon les paroles de son roi.

Le , la bataille de France démarre par l'invasion par les Allemands du Luxembourg, de la Belgique et des Pays-Bas, jusqu'alors tous neutres.

Les autorités du Luxembourg, qui ne possède pas de véritable armée[15], opposent une protestation de forme à leurs envahisseurs[16] qui s'emparent du pays dans la journée.

Après cinq jours, les forces militaires néerlandaises se rendent et les Pays-Bas sont entièrement occupés par l'Allemagne, tandis que la reine et le gouvernement s'exilent à Londres. Les Indes orientales néerlandaises sont encore sous le contrôle du gouvernement jusqu'à l'invasion japonaise en mars 1942.

Pour les Belges c'est la campagne des dix-huit jours, qui se termine par la reddition de l'armée belge le . Le gouvernement se réfugie en France, puis au Royaume-Uni après l'armistice du 22 juin. Avec les forces qui ont pu échapper à l'ennemi, il continue ainsi la guerre au service ou aux côtés des Alliés, utilisant notamment sa colonie du Congo.

La bataille de France entraîne la destruction de l'essentiel des armées françaises en mai et juin 1940, ce qui pousse le gouvernement français à demander l'armistice, qui sera signé le 22 juin. Le 18 juin, depuis Londres, refusant de cesser le combat, le général français de Gaulle lance un appel à le rejoindre pour poursuivre la lutte contre l'Allemagne aux côtés de l'Empire britannique. Par l'armistice, la France s'est retirée de la guerre, entreprenant avec l'Allemagne une collaboration économique forcée qui englobe tout son empire colonial.

Malgré cela, les dirigeants de l’Empire britannique écartent toute perspective de paix avec l'Allemagne. La Grande-Bretagne héberge d'ailleurs un certain nombre de gouvernements en exil ou dissidents qui mettent ce qui reste de leurs forces armées – notamment polonaises, tchèques, yougoslaves, belges, néerlandaises et françaises – plus ou moins importantes, aux côtés du Royaume-Uni.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne et ses alliés, l’Italie et le Japon étaient unis selon les termes du pacte tripartite. Depuis de nombreuses années, il existait déjà entre les États-Unis et le Troisième Reich certaines tensions telles que des provocations orales ou des torpillages par des sous-marins allemands de navires de la marine américaine, comme le Robin Moor le 21 mai 1941. Cet incident a provoqué une montée des tensions entre l’Allemagne et les États-Unis et Roosevelt assura dans un discours, six jours plus tard, qu’il n’allait pas laisser les Allemands avoir la domination sur l’Atlantique[17]. Cependant, aucun des deux pays n’était prêt à s’engager dans la guerre dans l’Atlantique, ce sont les événements qui vont se dérouler dans l’océan Pacifique qui vont amener l’Allemagne à déclarer la guerre aux États-Unis[18].

Par ailleurs, les relations entre le Japon et les États-Unis étaient également tendues. Hitler avait, en même temps, envie d’une attaque japonaise envers les Américains afin de les distraire du front à l’Est de l’Europe entre la Wehrmacht et les Russes[19]. Le Führer commençait à douter, en automne 1941, lorsqu’il comprit qu’une attaque capitale japonaise contre la flotte américaine n’était pas mis en place par Hideki Tojo, le nouveau Premier Ministre japonais, arrivé récemment au pouvoir[20]. Malgré le scepticisme d’Hitler, les affaires entre le Japon et les Allemands commencent à se concrétiser. Hitler annonce aux Japonais que s’ils attaquaient les États-Unis, les Allemands seraient les premiers à rejoindre la guerre[21].

Un nouvel accord remplaçant le pacte tripartite a été rédigé au début du mois de décembre 1941 et a été présenté au Japon et à l’Italie, mais il n’a pas été signé tout de suite[22]. Ce pacte créait une aide réciproque en cas de guerre entre l’un d’eux et les États-Unis et conditionnait toute demande de paix ou d’armistice avec les États-Unis et le Royaume-Uni à l'accord de tous les signataires[22].

Au début du mois de décembre 1941, les tensions entre le Japon et les États-Unis commencent sérieusement à s’intensifier et à devenir aux yeux des chefs militaires allemands, le signe d’un conflit imminent entre les deux parties[23].

Churchill, Roosevelt et Staline; Yalta, Crimée

Le 7 décembre 1941, le souhait du Troisième Reich se réalise à la surprise générale : les Japonais attaquent Pearl Harbor. Cette attaque a surpris les dirigeants allemands et beaucoup s’en sont réjouis. Hitler avait l’occasion de déclarer la guerre aux États-Unis en ayant le soutien du Japon et il prit sa décision très rapidement[24]. Mais Hitler aurait pu ne pas attaquer les États-Unis, puisque le nouvel accord n’était pas encore signé lorsque Pearl Harbor fut annoncé. Rien ne l’obligeait à le faire et il aurait pu simplement laisser le Japon détourner l’attention des États-Unis dans le Pacifique[25]. Hitler aurait aussi pu se concentrer sur le front de l’Est, mais Hitler a déclaré la guerre pour obliger les États-Unis à se battre sur deux fronts et donc à ne pas pouvoir utiliser leur pleine puissance militaire contre l’Allemagne ou le Japon, car il pensait que leur puissance militaire maximale serait atteinte en 1942 et il fallait donc les vaincre avant[26].

Hitler avait aussi prévu d’utiliser cette déclaration de guerre comme un moyen de propagande afin de se montrer comme un pays fort et puissant qui déclare la guerre au lieu de la subir. Il ne voulait pas rester passif. Mais il aurait également pu attendre que les États-Unis lui déclarent la guerre afin d’utiliser cela comme un moyen de propagande[27].

Après l’attaque de Pearl Harbor, le , les États-Unis sont entrés en guerre contre le Japon ; et de fait contre l’Allemagne et l’Italie, puisque les deux États déclarent la guerre aux États-Unis le 11 décembre en guise de soutien affiché au régime japonais. Lors de la conférence de Washington, au début de l'année 1942, les États-Unis et le Royaume-Uni décident que l'objectif prioritaire pour remporter la guerre est de vaincre l'Allemagne (« L'Allemagne d'abord »).

La République de Chine, en guerre avec le Japon depuis 1937, se retrouve dès lors dans le camp des puissances alliées. De nombreux pays d’Amérique latine déclareront la guerre à l’Allemagne : notamment, le Brésil en [28] et le Mexique en mai de la même année.

Après le débarquement allié en Afrique du Nord, en , la majeure partie de l’Empire colonial français se retrouve du côté des Alliés.

Viatcheslav Molotov et Joseph Staline, respectivement ministre des affaires étrangères et dirigeant politique de l' Union soviétique.

En le gouvernement italien Badoglio déclare la guerre à l’Allemagne, mettant l’armée italienne, grossie de nombreux engagés venus de la résistance, au service des Alliés. D’autres États auparavant membres de l’Axe, tels que la Finlande ou la Roumanie qui, amputées territorialement par l’URSS en 1940, avaient participé à l’attaque allemande contre l’URSS en 1941 pour récupérer les territoires perdus (respectivement Carélie et Bessarabie), rejoignent à leur tour les Alliés lorsque l’Armée Rouge revient sur leurs frontières, la première en (Guerre de Laponie), la seconde le [29] (en outre, la Roumanie avait eu deux divisions engagées du côté allié dès 1941). Dans la nuit du 8 au , la Bulgarie, occupée par l’Armée Rouge depuis trois jours, déclare à son tour la guerre à l’Allemagne. Toutefois, ces ralliements tardifs et contraints ne permettront pas à ces trois pays de participer à la fondation de l’Organisation des Nations unies. À l’ouest, l’effondrement du régime de Vichy en France métropolitaine met toutes les ressources du pays et de nombreux engagés au service de la France libre.

En 1945, les Alliés avertissent tous les États que ceux qui auront déclaré la guerre à l’Allemagne seront admis à la conférence fondatrice de l’ONU. Ce qui entraîne, au printemps 1945, une cascade de nouvelles déclarations de guerre au Troisième Reich, qui pour la plupart resteront sans aucun effet militaire : il s’agit de pays sud-américains tels que le Paraguay, l’Équateur, le Pérou, l’Argentine, ou du Moyen-Orient tels que l’Égypte, la Syrie, le Liban, la Turquie (le ) et quelques autres. En tout, 52 États se sont trouvés en état de guerre avec l’Allemagne hitlérienne, sans pour autant être admis aux conférences interalliées, réservées aux « trois grands » (États-Unis, Empire britannique, URSS et, après l’été 1944, France), état de guerre auquel aucun traité de paix après 1945 n’est jamais venu mettre juridiquement fin.

Le , lendemain de la capitulation allemande, les dernières délégations diplomatiques nazies sont expulsées des États neutres : la Suisse, la république d'Irlande, l’Espagne, le Portugal, l’Afghanistan et le Chili.

URSS

Lorsque l’URSS attaque la Pologne le , conformément au protocole secret du pacte germano-soviétique, elle est, d’un point de vue polonais, dans le même camp que l’Allemagne, sans pour autant être en état de guerre déclarée avec la France et le Royaume-Uni[30]. Lorsque l’URSS attaque la Finlande en , la Finlande se trouve plutôt du côté de la France et du Royaume-Uni. Cette agression vaut par ailleurs à l’URSS de se voir expulsée de la SDN fin 1939. Pendant la durée du pacte, Staline livre ponctuellement et à crédit du pétrole, des matières premières et des céréales permettant au Reich de contourner partiellement le blocus des Alliés. Il lui livre aussi plusieurs dizaines de communistes allemands réfugiés en URSS.

À partir du , l’URSS, attaquée par l’Allemagne, se retrouve dans le camp des Alliés. Elle bénéficie du prêt-bail américain en échange des réserves en or de la Banque d'État d’URSS. À défaut de pouvoir ouvrir avant 1944 le second front instamment réclamé par Moscou, les Alliés fournissent à l’URSS une aide importante, qui transite notamment par la dangereuse voie de navigation arctique.

Selon Raymond Cartier et John Keegan, entre et , les États-Unis livrent 1 285 avions, 2 249 chars, 81 287 mitrailleuses, 56 500 téléphones de campagne, 612 000 km de fil téléphonique. En 1943, 427 000 des 665 000 camions de l’Armée rouge viennent d’outre-Pacifique. L’Amérique fournit aussi 13 millions de bottes, 5 millions de tonnes de vivres ou encore 2 000 locomotives, 11 000 wagons, 54 000 tonnes de rail. Trois quarts du cuivre soviétique viennent des États-Unis, mais aussi une grande partie du pétrole de haute teneur sans lequel il est impossible de fabriquer du carburant pour avion.

La défaite allemande est impensable sans l’Armée rouge, qui fixe en juin 1944 les deux tiers de la Wehrmacht, en général les troupes les plus jeunes et les mieux équipées.

Récapitulatif

Effectifs des armées des principaux belligérants [31].
Les chiffres pour l’Allemagne sont donnés au 31 mai de chaque année
Années 1940 1941 1942 1943 1944 1945
IIIe Reich 5 000 000 7 200 000 8 600 000 9 500 000 9 500 000
Japon 1 723 000 2 411 000 2 829 400 3 808 200 5 365 000 7 193 200
Royaume-Uni 2 212 000 3 278 000 3 784 000 4 300 000 4 500 000 4 653 000
États-Unis 458 000 1 795 000 3 844 000 8 918 000 11 240 000 11 858 000
URSS 500 000 4 027 000 9 000 000 10 000 000 12 400 000 10 800 000
France[32] 5 500 000 25 000 50 000 100 000 150 000 550 000
Belgique[33] 700 000 -- -- -- -- 100 000[34]
Canada[35] 92 296 260 553 454 418 692 953 747 475 761 041
Carte animée du front en Europe.

Succès des Forces de l'Axe (1939-1942)

Les succès des forces de l'Axe en Europe du 31 août 1939 au 21 juin 1941.

La majorité des historiens[36] situent le début de la Seconde Guerre mondiale le , lorsque après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne en vertu d'un traité de février 1921, les liant à la Pologne.

L'historien Eric Hobsbawm, dans son ouvrage L'Âge des extrêmes (1994), souligne cependant que les gouvernements britannique et français étaient enclins à négocier malgré l'invasion de la Pologne et que c'est sous la pression de leur population qu'ils furent contraints à ne pas reculer[37].

Photo illustrant la composition des blindés de la Wehrmacht au moment de la campagne de Pologne : une colonne de panzers I et II, dépassée par un transport SdKfz 251 employé comme véhicule de reconnaissance.

Après une opération de provocation connue sous le nom d'incident de Gleiwitz, les troupes allemandes envahissent la Pologne sur tous les fronts, le , à 4h45 du matin.

Le , en application des clauses secrètes du Pacte germano-soviétique, l'Union soviétique envahit à son tour la Pologne par l'est. Largement surclassée, l'armée polonaise est écrasée avant la fin septembre.

Après le refus de la Finlande d'échanger des territoires propices à la défense de Leningrad contre des terres plus au nord, l'URSS attaque la Finlande le . En dépit de la disproportion des forces, la résistance finlandaise est particulièrement vigoureuse, l'URSS subit de lourdes pertes et la Guerre d'Hiver dure jusqu'au . Elle s'achève avec le traité de Moscou du , met provisoirement un terme aux hostilités entre les deux pays. L'URSS obtient l'annexion de la Carélie dont l'isthme protège l'accès à Léningrad ainsi que plusieurs îles du golfe de Finlande.

Toujours en application du Pacte germano-soviétique, l'URSS occupe en , puis annexe, les pays baltes.

Sur le front ouest, une fois passée la démonstration sans lendemain de Gamelin dans la Sarre allemande (6-13 ), les troupes franco-britanniques, sous commandement français, ne prennent aucune initiative militaire et ne mènent aucune opération offensive pendant plusieurs mois, restant retranchées derrière la ligne Maginot.

Au printemps 1940, les Alliés se préparent à couper l'approvisionnement en fer de l'Allemagne, qui transite de la Suède vers le Reich par la Norvège, mais l'opération tourne au fiasco : c'est l'incident de Narvik. L'Allemagne envahit alors le Danemark et la Norvège le . Une majorité du corps expéditionnaire du Royaume-Uni et de la France doit rembarquer précipitamment, ce qui entraîne la chute de Chamberlain et son remplacement par Churchill le . Le , les Français de Béthouart s'emparent de Narvik, mais ils doivent l'abandonner quelques jours plus tard car, en France même, la victoire allemande est alors pratiquement acquise.

Les troupes britanniques en France en 1940

En effet, en mai-juin 1940, l'armée allemande mène à bien l'invasion foudroyante des Pays-Bas, du Luxembourg, de la Belgique et de la France. Dans cette campagne fulgurante les Allemands mettent en œuvre leur doctrine de percée et d'avance par l'usage coordonné des forces blindées, mécanisées et aériennes : la Blitzkrieg ou guerre-éclair. Malgré les avertissements des attachés militaires alliés à l'étranger et la communication des Belges au général en chef français Maurice Gamelin des plans allemands d'attaque par l'Ardenne[38] la surprise devant la tactique allemande est complète.

Dès le 25 mai, la défaite des armées franco-belgo-britanniques du nord se précise après 18 jours de combat au cours desquels les Chasseurs ardennais, troupe d'élite de l'armée belge, ont retardé la percée allemande en Ardenne pendant deux jours et que les Français percés à Sedan se soient provisoirement rendus maîtres du terrain à Gembloux, au sud de Bruxelles, dans une bataille de chars sous les ordres du général Prioux. Le fort belge d'Ében-Émael étant tombé en 24 heures, le 11 mai et l'armée hollandaise ayant retraité précipitamment vers le réduit de Zélande, découvrant la gauche de l'armée belge, celle-ci finit par livrer une bataille d'arrêt de quatre jours sur la Lys du 24 au 27 mai, après des retraites successives sur la Meuse et la Dendre en coordination plus ou moins réussie avec les armées française et britannique du nord devant les percées profondes des armées allemandes et alors que le front belge est tourné sur sa gauche par la reddition néerlandaise du 14 mai. Le roi des Belges Léopold III sait que les Britanniques préparent un réembarquement à Dunkerque et ne prévoient pas de sauver ce qui reste des combattants belges, comme l'avoue lord Keyes, attaché militaire britannique auprès du roi[39],[40]. Le , l'armée belge étant à court de munitions et de moyens logistiques, le roi donne un ordre de reddition — après avoir prévenu le gouvernement de Londres par une lettre personnelle à George VI et l'envoi de messages radios aux généraux français[41] — acte purement militaire qui ne concerne pas la force armée du Congo Belge et laisse intact le pouvoir du gouvernement civil qui se réfugie en France porteur de toute sa légitimité, puis qui gagnera la Grande-Bretagne lors de la défaite française. Et dès le 28 mai, le gouverneur général du Congo belge déclare que le Congo poursuit la guerre[42] en accord avec le ministre des colonies Albert De Vleeschauwer. C'est la première réaction anti-allemande d'un territoire européen d'outre-mer (avant même le ralliement de quelques colonies françaises au général de Gaulle).

Le Royaume-Uni réussit, du 27 mai au 3 juin, à sauver 300 000 soldats au cours de la plus vaste opération de réembarquement de l'histoire militaire.

Le 5 juin, Hitler reprend l'offensive en France et perce les lignes de défense du nouveau généralissime Weygand sur la Somme et l'Aisne. L'Italie se joint alors à l'Allemagne et déclare la guerre à la France le 10 juin. Puis, en France, le nouveau gouvernement Pétain demande l'armistice le 17 et en accepte les conditions le 22. Après l'armistice franco-italien qui suit, le 24, les combats cessent le 25 juin. À la surprise générale, l'armée française, réputée depuis 1918 la meilleure du monde[43], s'est effondrée en quelques semaines.

Contre l'attente des stratèges nazis et des généraux français battus, le Royaume-Uni résiste avec succès à l'aviation allemande, car, malgré la faiblesse de son armée de terre, il dispose d'une flotte puissante (qui ne semble pas menacée par une mainmise allemande sur la flotte française, grâce aux clauses de l'armistice et après la destruction de quelques-unes de ses unités à Mers El Kebir) et d'une aviation bien organisée. En outre, le premier ministre Churchill, qui a remplacé Chamberlain, parvient à galvaniser le pays. Soumis d'abord à des attaques aériennes sur des cibles stratégiques, le Royaume-Uni fait face de à au bombardement de ses villes : ce « Blitz », qui détruit notamment la City de Londres et la ville de Coventry, ne parvient ni à entamer la résolution britannique ni à compenser les pertes de la Luftwaffe de Göring, vaincue par les pilotes de la Royal Air Force.

Pour tenir seul face à Hitler, le Royaume-Uni dispose de l'aide d'abord économique des États-Unis, puisque ceux-ci, bien qu'officiellement neutres, l'approvisionnent en armes et en ravitaillement. Roosevelt obtient du Congrès en , le vote de la « loi Prêt-Bail », qui lui permet d'apporter une aide matérielle illimitée au Royaume-Uni et à ses alliés.

Infanterie australienne à Tobrouk

En septembre 1940, les forces italiennes avaient attaqué l'Égypte, pays alors sous influence britannique. Mais dès le mois de décembre, les Britanniques, appuyés par les forces du Commonwealth, passent à la contre-attaque, et les Allemands doivent envoyer ce que l'on appellera l'Afrika Korps en renfort pour secourir leurs alliés italiens. En juillet 1942, l'Afrika Korps de Rommel n'est plus qu'à quelques dizaines de kilomètres d'Alexandrie.

Hitler, désespérant de prendre le Royaume-Uni et de l'amener à faire la paix, érige une puissante chaîne de fortifications, surnommée « mur de l'Atlantique », sur les côtes de l'Atlantique et de la Manche, et décide d'attaquer l'URSS. Mais l'Italie fasciste vient elle-même d'agresser, à partir de l'Albanie, la Grèce qu'elle croyait sans défense. Or ce sont les forces grecques du dictateur nationaliste Metaxás qui sont victorieuses : après avoir contenu l'attaque des troupes de Mussolini, l'armée grecque et un corps expéditionnaire britannique, australien, néo-zélandais, indien et sud-africain les repousse et envahit à son tour l'Albanie italienne.

C'est alors que, pour prêter main-forte aux Italiens, Hitler repousse de plusieurs semaines son opération contre l'URSS et envoie en ses troupes vers la Grèce, à travers la Hongrie sympathisante et après avoir envahi au passage la Yougoslavie. Les nazis battent les armées yougoslave et grecque, ce qui leur permet d'occuper tout le sud de l'Europe. Mais, du même coup, ils viennent de créer un front supplémentaire en Yougoslavie, où les résistances monarchiste de Draža Mihailović (Tchetniks) et communiste de Tito (Partisans), allaient immobiliser de 13 à 20 divisions allemandes jusqu'à la fin de la guerre. De plus, l'invasion de l'URSS est différée, du 15 mai au 22 juin.

Le , la Wehrmacht envahit l'URSS dans le cadre de l'opération Barbarossa. Elle mobilise 3,2 millions de soldats allemands, et 600 000 soldats des États alliés de Hongrie, de Roumanie, de Finlande, de Slovaquie et d'Italie. C'est à ce jour la plus grande offensive militaire de l'histoire[44].

Malgré une avance foudroyante et la capture ou le massacre de plusieurs millions de Soviétiques, la Wehrmacht est stoppée en , à une trentaine de kilomètres de Moscou dans un froid glacial et sans équipement adéquat. Pour la seconde fois depuis la campagne de Russie de 1812, les Russes sont sauvés par la rigueur de leur hiver, et aussi par un appel pressant au patriotisme et au sacrifice face à des combats très meurtriers. Les Allemands restent également bloqués devant Léningrad, délibérément soumise par Hitler à un siège de 900 jours, qui fera périr de faim 700 000 habitants.

Conquêtes allemandes (bleu) pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dès lors, la campagne de Russie va mobiliser l'essentiel des efforts militaires allemands. Malgré leurs pertes énormes, les Soviétiques ont pu replier leur potentiel industriel dans l'ordre, plus de 10 millions de travailleurs et des milliers d'usines démontées étant réinstallées à l'est de l'Oural. La réintégration de l'URSS dans le camp allié lui permet aussi de recevoir une forte aide américano-britannique en matériel de qualité et en ravitaillement. Staline proclame aussi l'union sacrée et galvanise les énergies, tout en maintenant intacte la terreur contre les soldats défaillants ou les officiers vaincus. Enfin, les Soviétiques ont encore des réserves : la trentaine de divisions qu'ils ont pu rapatrier d'Extrême-Orient, après confirmation en fin septembre 1941 par leur espion établi à Tokyo Richard Sorge que les Japonais, conformément au pacte nippo-soviétique de non-agression signé le 13 avril précédent, n'attaqueront pas l'Union Soviétique mais bien les États-Unis. C'est ainsi que, redéployées par le maréchal Joukov au cours de l'hiver 1941-42, ces troupes sibériennes fraîches contre-attaquent devant Moscou et obligent l'envahisseur allemand à reculer.

En 1941, les troupes coloniales du Congo Belge battent les Italiens à Asosa, au sud de l'Abyssinie tandis que les troupes anglaises, appuyées par des forces françaises libres battent l'armée italienne et réinstallent le Négus sur son trône à Addis-Abeba.

Reddition des soldats britanniques à Singapour

Désireux de venger l'affront fait par la France au royaume de Siam en 1893 et 1904, la Thaïlande profite de l'invasion de celle-ci par l'Allemagne et se lance en janvier 1941 dans une série d'attaques contre l'Indochine française, déclenchant la guerre franco-thaïlandaise. Aucun camp n'étant en mesure de s'imposer, le litige est tranché par le Japon, présent au nord de l'Indochine depuis septembre 1940 et qui octroie à la Thaïlande une partie du Laos et du Cambodge.

Le , l'Empire du Japon, allié de l'Allemagne depuis 1936 et en guerre depuis 1937 avec la République de Chine, attaque les États-Unis, restés jusque-là en dehors de la guerre. Il détruit par surprise l'essentiel de la flotte américaine du Pacifique à Pearl Harbor. Au même moment a lieu l'invasion de la Malaisie britannique. L'Armée impériale japonaise envahit ensuite le Commonwealth des Philippines et les Indes orientales néerlandaises.

Tournant de 1942

L’attaque de Pearl Harbor provoque l’entrée en guerre des États-Unis, bientôt suivis par le Mexique et par d’autres États latino-américains. Affaiblis par l’attaque japonaise, les États-Unis mettent toute leur puissance industrielle au service de la guerre et sont bientôt en mesure de porter des coups. En mai lors de la bataille de la mer de Corail, en dépit d'une défaite tactique, ils empêchent le débarquement japonais en Nouvelle-Guinée, puis au début de , la bataille aéronavale des îles Midway coûte quatre porte-avions au Japon, désormais placé sur la défensive dans le Pacifique. Les États-Unis commencent la reconquête de l'océan Pacifique, île par île.

Soldats allemands équipés d'une mitrailleuse MG34 sur le front russe, en 1942.

En Europe, l’Union soviétique supporte presque seule l’effort de guerre contre l’Allemagne nazie. À partir de , les Allemands ont relancé leur offensive vers l’est, en direction de la Volga et des pétroles du Caucase. Mais les troupes allemandes restent bloquées devant Stalingrad.

En Afrique du Nord, les Britanniques ont repris l’initiative à partir de . Ils remportent une victoire décisive à El-Alamein et commencent à repousser l'Afrika Korps vers l’ouest.

Staline presse ses alliés d’ouvrir un deuxième front à l’ouest. Après des hésitations, Churchill et Roosevelt se décident pour l’Afrique du Nord. C’est l’opération Torch, qui se traduit par le débarquement des forces alliées au Maroc et en Algérie, le . Le 11 novembre, l’amiral Darlan, à Alger, engage l’Afrique à reprendre le combat aux côtés des Alliés. Il est officiellement désavoué par le maréchal Pétain. Cependant, les Allemands considèrent que l’armistice de juin 1940 est rompu et envahissent alors le la zone sud de la France que cet armistice avait prévu non occupée. L’armée française d’Afrique se joint aux armées alliées. En Afrique du Nord, les Allemands sont alors pris en tenaille entre les Britanniques à l’est et les Franco-Américains à l’ouest.

Au cours de l’année 1942, l’entrée en guerre des États-Unis avait entraîné une extension à tout l’océan Atlantique de la lutte des sous-marins allemands contre les navires alliés qui assurent l’approvisionnement de la Grande-Bretagne. Les convois alliés subissent de très lourdes pertes tout au long de l’année, mais à partir de la fin de l’année 1942 et plus encore au début de 1943, de nouveaux moyens techniques – décryptage des communications ennemies, radars, sonars – permettent aux Alliés de détruire de plus en plus de sous-marins allemands, et les pertes alliées décroissent inexorablement.

Victoires des Alliés (1943-1944)

Les chefs alliés du Théâtre Asie-Pacifique :
Tchang Kaï-chek, président du gouvernement central de la République de Chine, Franklin D. Roosevelt et Winston Churchill lors de la Conférence du Caire de 1943.
Insurrection de Varsovie (1944). Photographe: Ewa Faryaszewska (1920 – 1944)
Dans le Pacifique comme en Europe et en Afrique, l'aviation alliée est une des clés de la victoire contre les forces de l'Axe.

Au début de l’année 1943, les Allemands subissent sur le front oriental une très lourde défaite à Stalingrad. Après les capitulations du et du , les Soviétiques font 91 000 prisonniers, dont le maréchal Paulus, premier militaire allemand de ce rang capturé depuis 1806. Après avoir libéré le Caucase, les Soviétiques tentent de libérer l'Ukraine alors que les Allemands et leurs alliés sont à bout de souffle, mais une contre-attaque allemande à Kharkov (Ukraine orientale) stoppe l'Armée Rouge. Les Allemands mènent une offensive d'été limitée à Koursk (en Russie, au nord de Kharkov), en compensant leur manque d'infanterie, à la suite de la bataille de Stalingrad, par un fort déploiement de chars avec de nouveaux matériels. Attendus par les Soviétiques qui fortifient la région et amassent de grande quantité de blindés, les Allemands sont de nouveau défaits. Sans attendre, les Soviétiques déploient leurs chars et reprennent leurs offensives pour la libération de l'Ukraine.

Carte des actions brésiliennes et des alliés dans le nord de l'Italie, 1944-1945. Archives nationales du Brésil.

Avec la prise de Tunis, le et la reddition des troupes allemandes et italiennes, les Alliés sont maîtres de toute l’Afrique du Nord. Le , ils débarquent en Sicile et prennent pied sur la péninsule italienne en septembre, le jour même où Badoglio, le successeur de Mussolini, évincé du pouvoir, annonce un armistice qui préfigure un retournement d’alliance. Les Allemands envahissent le territoire de leur ancien partenaire et bloquent de longs mois les troupes alliées de onze nationalités au Monte-Cassino. Rome ne sera libérée que le , la Toscane en . La plaine du ne sera atteinte qu’en .

Pour la première fois depuis le début de la guerre, les trois dirigeants alliés, Churchill, Roosevelt et Staline se rencontrent à Téhéran à la fin du mois de pour esquisser ce que sera le monde de l’après-guerre.

Sur le front oriental, l’Armée rouge ne cesse de progresser vers l’ouest. Elle entre à Kiev, en Ukraine, en , dégage Leningrad en . Le , alors qu’un front à l’ouest a été ouvert en Normandie, elle lance la plus grande offensive de son histoire : l’opération Bagration, qui libère la Biélorussie en quelques semaines et occupe la Prusse-Orientale et la Pologne jusqu’aux faubourgs de Varsovie. Toutefois, l’Armée rouge s’arrête tant pour des raisons militaires notamment « l’épuisement de la dynamique de l’offensive » face à la « contre-offensive de 3 divisions panzer SS »[45] que politiques, en laissant écraser l’insurrection de Varsovie (-), Staline élimine en pratique la résistance non communiste du jeu politique d'après guerre[46] et l’insurrection de Varsovie (-). Du au , le front roumain cède, Roumanie et Bulgarie passent dans le camp des Alliés, mais, en occupant le son alliée la Hongrie, Hitler empêche le régent Miklós Horthy d’en faire autant, et il faudra aux Soviétiques cinq mois de siège de Budapest pour s’ouvrir en la route de Vienne. En Yougoslavie, les partisans de Tito libèrent une grande partie du pays et entrent dans Belgrade en sans l’aide de l’Armée rouge.

Soldats canadiens à Juno Beach, débarquement de Normandie du 6 juin 1944.
Char britannique à Leende ( Pays-Bas).

Le , 4 126 navires alliés réussissent le plus grand débarquement de l’Histoire sur les plages de Normandie, prenant les Allemands par surprise et ouvrant enfin le second front. Malgré l’exploit logistique, l’armée hitlérienne parvient à contenir les Anglo-Saxons en Normandie pendant plus de dix semaines dans une longue bataille d’usure (bataille des Haies, bataille de Caen), jusqu’à ce que la percée d’Avranches () ouvre la voie de la Bretagne et prenne les troupes allemandes à revers en les encerclant dans la poche de Falaise. Paris insurgée est libérée le . Auparavant, le 15 août, des troupes américaines et françaises avaient débarqué en Provence, sur la côte méditerranéenne.

La progression se fait alors rapidement et, à la mi-septembre, presque toute la France et la Belgique sont libérées par les armées Alliés. Mais alors que les Alliés espéraient une fin du conflit avant la fin 1944, la résistance nazie allemande va s’intensifier. L’opération aéroportée pour tenter une percée vers l’Allemagne par les Pays-Bas échoue (). La pénurie d’essence et les problèmes logistiques obligent à une bataille sur les abords de l’Escaut (novembre 1944) menée par les Canadiens pour libérer les accès maritimes du port d’Anvers. Dans l'est de la France, les Américains et les Français, d'abord à court de carburant, n'avancent que lentement face à une défense allemande qui s'est renforcée. La contre-attaque allemande dans les Ardennes (Noël 1944) surprend totalement les Américains mais s'essouffle au bout d'une dizaine de jours. Elle contribue toutefois à retarder le passage du Rhin jusqu’à fin . Une large famine touche les Pays-Bas durant l'hiver de 1944, tuant plus de 20 000 personnes. L'opération Manna est déclenchée par les Alliés, pour parachuter des vivres à la population.

Victoire des Alliés et capitulation des forces de l'Axe (1945)

Le palais du Reichstag détruit après la bataille de Berlin.
Affiche du 9 mai 1945 du général De Lattre de Tassigny annonçant la victoire (photographiée à Strasbourg en 1979).

Écrasée sous les bombes, assaillie de tous côtés, l’Allemagne nazie voit sa capitale Berlin investie le 30 avril par les Soviétiques. Hitler s’y donne la mort dans son bunker le même jour. Le à Reims au QG du SHAEF, le colonel général Alfred Jodl signe l’acte de reddition inconditionnelle des forces armées allemandes. Pour des questions de prestige, Staline exige cependant une capitulation signée à Berlin par les plus hauts représentants de la Wehrmacht et des alliés. Un embargo est posé sur l'annonce de la capitulation de Reims[47]. Dans la nuit du 8 au 9 mai 1945, à Berlin, le maréchal Wilhelm Keitel, l'amiral von Friedeburg et le général Stumpff signent à leur tour la capitulation du Troisième Reich en présence des représentants des Alliés, le maréchal Joukov, le maréchal Tedder, le général de Lattre de Tassigny et le général Spaatz. C’est donc officiellement le que l'Allemagne capitule, ce qui met fin à la guerre en Europe. Il est communément admis que la signature a lieu peu avant minuit (peu après à l'heure de Moscou)[48] ; néanmoins, certains historiens la situent peu après minuit, antidatée du 8 mai, afin de se conformer à ce qui a été signé à Reims[49].

En Asie, si l'Empire du Japon n'a plus l'initiative, il défend pied à pied ses territoires conquis que les Américains prennent au prix de lourdes pertes. Ils s'emparent ainsi d'Iwo Jima et d'Okinawa Hontō, des îles proches de l’archipel japonais permettant aux Alliés des attaques aériennes directes et massives sur le Japon comme les bombardements successifs sur Tokyo. Le , après le largage, par les États-Unis des deux premières bombes atomiques sur les villes de Hiroshima et de Nagasaki et l'invasion de la Mandchourie et de la Corée par l’URSS, l'empereur Hirohito annonce la capitulation du Japon. Les actes de capitulation inconditionnelle du Japon sont signés le et closent presque six ans jour pour jour après son début la Seconde Guerre mondiale.

Théâtre européen

L’Europe au 1er septembre 1939

Après s’être assuré de ne pas risquer une guerre avec l’URSS en signant le Pacte germano-soviétique, Hitler lance ses armées sur la Pologne, le , sans déclaration de guerre (voir : incident de Gleiwitz). En application de leur alliance, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne le . En particulier, la France a garanti après 1918 par des traités d’assistance mutuelle l’existence de la plupart des pays nouvellement créés en Europe centrale. Cependant, malgré la pression de Chamberlain, pas plus qu’elle n’a respecté ses engagements envers les précédentes victimes d’Hitler, la France rechigne à ses obligations envers la Pologne : celles-ci prévoyaient que la France attaquerait l’Allemagne 15 jours après le début de la mobilisation générale[50]. Mais mise à part une brève offensive limitée en Sarre du 6 au 13 septembre, les Français restent l’arme au pied, alors que la Pologne fait seule face à l’agression allemande puis soviétique. Les Allemands utilisent pour la première fois leurs tactiques innovantes, communément appelées « guerre éclair » (Blitzkrieg), qui assurent à la Wehrmacht une victoire rapide, essentielle pour elle puisqu'elle écarte ainsi le risque d'avoir à mener une guerre sur deux fronts. Conformément aux clauses du pacte signé, l’URSS prend sa part de la Pologne en l'attaquant le .

Le , toujours suivant ce pacte, l'URSS attaque la Finlande pour lui prendre la région frontalière de Carélie, près de Leningrad, malgré les protestations des Franco-Britanniques qui menacent d'intervenir. Les Finlandais se battirent cinq mois, puis finissent par céder. À l'été 1940, l'URSS intégrera les États baltes et la Moldavie, sans combats.

Relève dans un gros ouvrage de la ligne Maginot en 1939.

Après sa première campagne victorieuse, Hitler se tourne vers l’ouest, mais rien ne se passe sur ce front pendant plusieurs mois. Retranchés derrière la ligne Maginot, une partie des soldats français attendent l’assaut allemand pour l’endiguer. C’est ce que les Français appelleront la Drôle de guerre. Le généralissime Gamelin, s'attendant à une réitération de 1914, où les Allemands étaient passés par la Belgique neutre, une partie de l'armée française se prépare à s'avancer en Belgique, et éventuellement aux Pays-Bas, si les Allemands les attaquaient.

Le , l'Allemagne s'empare simultanément du Danemark et de la Norvège afin de sécuriser ses importations de fer depuis Narvik, au nord de la Norvège, où se concentre la principale réaction franco-britannique, qui se termine par le rembarquement de ces derniers le malgré le succès local rencontré.

Réfugiés français sur la route de l'exode, 19 juin 1940

Enfin, le , l’Allemagne, lance l’opération Fall Gelb, une vaste offensive sur les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, violant la neutralité de ces États. Une partie importante des armées françaises se déploient alors vers la Belgique et les Pays-Bas, mais elles sont prises à revers par les blindés allemands qui passent par les Ardennes – la percée de Sedan –, jugées infranchissables par les Français et malgré des batailles de retardement livrés par les Chasseurs ardennais belges aux frontières et dans les forêts. Après une victoire éphémère des blindés français du général Prioux à Gembloux, au sud de Bruxelles, et des reculs successifs des franco-belgo-anglais sur la Meuse et la Dendre, les blindés allemands atteignent alors la Manche le puis remontent vers le nord, encerclant les Belges et les Franco-Britanniques, dos à la mer.

Les Belges, tournés sur leur gauche après l'effondrement de l'armée néerlandaise le et n'ayant plus de réserves au terme d'une ultime résistance de quatre jours, lors de la bataille d'arrêt de la Lys, cessent le combat le à court de munitions et après que les troupes britanniques qui occupaient la droite belge eurent précipitamment fait retraite vers Dunkerque.

En France, le général Gamelin, commandant en chef des armées alliées, est révoqué par le gouvernement français. Sa stratégie consistant à tenter sans cesse de recréer un front continu franco-belgo-anglais, s'est révélée impuissante face au système allemand de guerre éclair dit "blitzkrieg" fait de percées profondes par des chars suivis de troupes motorisées qui désarticulent les armées alliées. Le 19 mai, Gamelin est remplacé par le général Maxime Weygand. Mais, faute de réserves suffisantes, les Franco-Britanniques, qui n'ont jamais pu mener de contre-offensive satisfaisante, sont repoussés dans une poche autour de Dunkerque.

L'opération Dynamo

La Royal Navy et les bateaux de plaisance britanniques parviennent à évacuer les troupes anglaises et une petite partie des forces françaises à Dunkerque (opération Dynamo) en perdant leurs équipements lourds et sans rien préparer pour évacuer ce qui reste de l'armée belge qui, faute de munitions et sans presque plus de territoire à défendre, tombe dans les mains allemandes par la reddition du 28 mai. Il s'agit d'un acte purement militaire conclu sous la contrainte des événements et dans lequel le lâchage de l'aile droite belge par les Anglais joue un rôle déterminant. Ce n'est pas une capitulation comme celle à laquelle les Français vont se résigner en juin, engageant leur gouvernement et tout l'empire français dans la voie d'une tentative de collaboration avec l'Allemagne. Le roi des Belges Léopold III est prisonnier, mais le gouvernement belge, qui refuse de baisser les bras, se réfugie en France avant, à l'armistice franco-allemand, de gagner l'Angleterre pour y représenter la Belgique à la tête de quelques forces militaires et du Congo Belge avec sa force armée et son potentiel minier et agricole.

Ayant perdu tout le nord de la France, les Franco-Britanniques entreprennent d'établir une ligne de défense le long de la Somme, de l'Aisne, jusqu’à la ligne Maginot. Ayant perdu beaucoup de leurs moyens dans la bataille qui a précédé, les Alliés ne peuvent empêcher une nouvelle percée allemande début juin. L'armée allemande se répand alors sur toute la France, prenant Paris le . Le président du Conseil Paul Reynaud démissionne et le nouveau gouvernement du maréchal Philippe Pétain choisit de demander l’armistice le 17 juin, contre l'avis de l'allié britannique. Il est signé le  : l’Allemagne occupe la partie nord et ouest de la France.

En France, Pétain instaure un régime autoritaire et collaborateur, désigné sous le nom officiel d'État français, dit plus couramment « régime de Vichy ».

En Belgique, c'est un gouverneur militaire qui exerce le pouvoir en concurrence avec les S.S.. Le Roi Léopold III, considéré prisonnier, n'a plus aucun pouvoir et sera déporté. Mais, quelques ministres et parlementaires sous l'autorité des principaux ministres du gouvernement, MM. Pierlot, Spaak et Gutt se sont réfugiés à Londres après l'effondrement de la France et sont reconnus par toutes les puissances belligérantes comme représentant légalement la Belgique. Le ministre Albert de Vleeschauwer, chargé des finances de la Belgique et du Grand Duché de Luxembourg (unies en vertu de l'accord économique de 1920) est aussi en possession de larges pouvoirs au Congo Belge, avec sa puissance économique et sa force armée. Les Belges exilés et les Belges d'Afrique continuent donc la guerre en allant remporter une victoire sur les Italiens d'Abyssinie, tandis que les militaires qui ont pu atteindre l'Angleterre continuent la guerre dans l'aviation et la marine.

Occupation d'Athènes en mai 1941

Voyant les succès de l’Allemagne, Mussolini avait voulu aussi lancer son pays dans les conquêtes. Il avait déjà occupé l’Albanie au début de 1939 et, le , il attaque également la France, mais ne progresse que de quelques kilomètres.

N'ayant pu obtenir de paix avec la Grande-Bretagne, Hitler lance une offensive aérienne sur celle-ci, préparant un débarquement. Mais l’Allemagne ne parvient pas à vaincre la Royal Air Force dans la bataille d'Angleterre. Ainsi, elle ne peut obtenir la supériorité aérienne nécessaire pour envahir les îles Britanniques. Afin de pousser les Britanniques à la paix, Hitler commence en septembre une campagne de bombardement sur les villes anglaises (dite le Blitz, l’éclair), principalement sur Londres et intensifie son blocus (dit bataille de l’Atlantique), essentiellement par sous-marins, pour affaiblir le Royaume-Uni. Mais c’est un échec, l’Allemagne ne parvient pas à briser rapidement la résistance britannique, qui réussit grâce à des pilotes de la RAF. Après la Seconde Guerre mondiale, Churchill écrit : « Dans l'histoire des luttes humaines, il n'y avait jamais tant de gens qui étaient tellement obligés à si peu de gens[51]. »

Le , sans consulter son allié allemand, Mussolini décide d’attaquer la Grèce. Mais la résistance de l’armée grecque du dictateur Metaxás parvient à arrêter les Italiens et à passer à la contre-offensive, avec succès : Les Grecs occupent alors le quart sud de l’Albanie italienne. Pour prêter main-forte aux Italiens, Hitler repousse de plusieurs semaines l’opération contre l'URSS, et envoie en avril 1941 ses troupes vers la Grèce, à travers son allié la Hongrie, et la Yougoslavie, envahie car refusant de laisser le passage, et où les Allemands sont aidés par les Oustachis, croates nationalistes d’Ante Pavelić. Les armées yougoslave et grecque sont écrasées en trois semaines, ce qui permet à Hitler d’occuper tout le sud de l’Europe. La Résistance armée sera plus vigoureuse en Yougoslavie que partout ailleurs en Europe : les résistances nationaliste de Draža Mihailović (Tchetniks) et communiste de Tito (Partisans), vont immobiliser de nombreuses troupes depuis la fin de 1942 jusqu’à la fin de la guerre.

Soldats soviétiques tués dans la poche de Kholm, janvier 1942

Les opérations dans les Balkans auront retardé l’invasion de l’URSS connue sous le nom d’opération Barbarossa. Celle-ci ne commence que le 22 juin 1941. L’Allemagne, en attaquant par surprise l’Union soviétique, s’empare de grandes portions de territoires et capture de nombreux soldats.

Ils le font d’autant plus facilement que Staline a choisi de faire confiance à Hitler, alors qu’il reçoit depuis des mois des informations précises et concordantes de ses agents à l’étranger. « pour des raisons politiques, Staline s’abstient d’utiliser leurs informations. Jusqu’au dernier moment, il s’attend à une réouverture des négociations avec les Allemands… Les généraux soviétiques partagent souvent ce point de vue[52]… » De plus, aux premières heures de l’attaque, Staline, dans l’espoir d’arranger les choses avec Hitler, interdit même aux forces soviétiques de traverser la frontière en cas de contre-attaque victorieuse, et initialement celles-ci n’osent pas ouvrir le feu alors qu’elles sont martelées par les bombes allemandes.

Cependant, pour la première fois, une armée ne s’effondre pas devant la Wehrmacht : en dépit de ses lourdes défaites, l’Armée rouge ne cesse dès le premier jour de multiplier les contre-attaques, à la surprise des officiers allemands. L’avance considérable des troupes hitlériennes se révèle en même temps plus lente que prévu, le nombre de divisions et de chars soviétiques nettement supérieurs aux estimations des services secrets. Les Soviétiques déplacent leur base industrielle dans l’Oural, reçoivent l‘aide alliée par les ports arctiques toujours en leurs mains, et produisent dès 1942 plus d’armes que l’Allemagne, tandis que l’Armée rouge oppose une défense héroïque qui, aidée par un hiver éprouvant, leur permet de défendre notamment Moscou et Leningrad.

Panzer IV en concentration dans les plaines devant le saillant de Koursk, le 21 juin 1943.

Staline a par ailleurs su réveiller le nationalisme russe et organiser l’union sacrée face à l’agresseur : il reçoit le soutien des Églises, met en veilleuse le collectivisme agraire et une partie du contrôle policier sur la société, et substitue les références patriotiques à celles au communisme, dès son discours du où il s’adresse habilement à ses « frères et sœurs » soviétiques. Il ne néglige pas non plus de maintenir une réelle terreur contre ses officiers et ses généraux, dont beaucoup sont fusillés pour « incompétence » dans les premiers mois de la guerre, tandis que les millions de prisonniers sont officiellement reniés et considérés comme des traîtres (et leurs familles avec eux), et les soldats défaillants exposés à l’exécution ou à la déportation au Goulag : au front, des équipes spéciales du NKVD se chargent même, en 1941 comme à Stalingrad, de mitrailler les soldats qui refluent vers l’arrière.

Au printemps 1942, l’armée allemande reprend l’offensive en concentrant celle-ci vers les champs de pétrole du Caucase, au sud. À la fin de l’année, la VIe armée, avec plus de 300 000 hommes, est détruite à Stalingrad qui représente un verrou pour le contrôle du Caucase. En 1943, la Wehrmacht reprend l’initiative à la troisième bataille de Kharkov, mais est brisée à la grande bataille de Koursk.

Paris à la Libération : le 25 août 1944.

En 1943, après le débarquement en Sicile, puis un autre dans la péninsule italienne, les Alliés entament la campagne d’Italie. Mussolini chassé, le pays capitule et se range du côté des Alliés. Néanmoins, l’Allemagne peut tenir une ligne de défense dans les montagnes qui freine cette progression dans la péninsule. Il faut attendre début 1945 pour que les nazis soient complètement repoussés d’Italie.

Les Alliés prennent pied en Normandie avec l’opération Overlord à partir du . Les soldats alliés qui débarquent sont principalement américains, britanniques et canadiens. Un autre débarquement est organisé en août (à partir du 15), en Provence avec l’opération Anvil Dragoon, pour libérer le sud de la France et ouvrir un deuxième front en France. L’Allemagne tente une contre-offensive désespérée dans la bataille des Ardennes en décembre, où elle perd ses dernières réserves militaires. Les derniers défenseurs du IIIe Reich seront souvent des civils, des vieillards et des enfants de la Volkssturm, une milice montée par Martin Bormann.

Soldats allemands jetés dans l' opération Wacht am Rhein, à bord d'un Sonderkraftfahrzeug 250 en décembre 1944. Après la saignée humaine du front de l'Est, le Reich n'a plus que des enfants-soldats pour garnir ses troupes.

Fin mars 1945, les Alliés peuvent enfin franchir le Rhin et occuper de vastes secteurs de l’Ouest et du Sud de l’Allemagne, tandis que, à l’Est, les Soviétiques progressent de façon continue, libérant l’Europe centrale puis atteignant Berlin. Dans les rues de Vienne et Berlin assaillies par l’Armée rouge, des escadrons SS font encore régner la terreur en pendant en public ceux qui refusent de continuer un combat sans espoirs. Hitler se suicide le 30 avril d’une balle dans la tête dans le Führerbunker de la Chancellerie du Reich. Le même jour, les Soviétiques plantent leur drapeau sur le toit du palais du Reichstag, l’ancien siège du Parlement allemand, dans un Berlin en ruines. La bataille de Berlin continue jusqu’au 2 mai. L’Allemagne capitule sans condition le . Le Troisième Reich pour lequel Hitler prédisait une durée d’un millénaire n’aura finalement duré qu’un peu plus de 12 ans.

Théâtres africain et moyen-oriental

L’armée italienne, partant de sa colonie de Libye, attaque les troupes britanniques et du Commonwealth en Égypte, mais est mise en déroute jusqu’à ce que l’Allemagne la renforce. Des combats se succèdent alors, dans le désert d’Afrique du Nord, entre les forces italiennes appuyées par l’Afrika-Korps d’Erwin Rommel et la 8e armée britannique.

En Abyssinie, une armée anglaise venant du nord accompagnée par un contingent français, et, au sud, une force belge venant du Congo Belge prennent les Italiens en tenaille et les battent. Le Negus est réinstallé sur son trône à Addis-Abeba.

Rencontre de Erwin Rommel et du général Gariboldi à Tripoli, le .

Au Moyen-Orient, les Britanniques envahissent en avril 1941 le territoire du Royaume d'Irak, dont le gouvernement nationaliste s'était rapproché de l'Axe. En juin, les autorités vichystes permettant aux Allemands d'utiliser les territoires de la Syrie et du Liban, alors sous mandat français, les Alliés envahissent les deux pays et en prennent le contrôle. En août, le Royaume-Uni et l'Union soviétique réalisent conjointement une invasion de l'État impérial d'Iran afin d'assurer le ravitaillement via le corridor Perse et d'empêcher un basculement pro-allemand du pays.

En mai 1942, Rommel lance une grande offensive vers l'est pour atteindre Suez, et bouscule les forces britanniques, mais il est stoppé quatorze jours à Bir Hakeim par la 1re brigade française libre du général Kœnig, ce qui donna le temps aux Britanniques en déroute de se regrouper sur la ligne fortifiée d’El Alamein, que Rommel ne parvient pas à franchir. Puis en octobre 1942, c’est la 8e armée britannique, commandée par Montgomery, qui attaque à son tour les forces de l’Axe et remporte la seconde bataille d'El Alamein. Celle-ci met fin à la présence de l’Axe en Libye, quelques jours après le succès du débarquement allié en Afrique du Nord.

Le , a lieu l'opération Ironclad, une invasion amphibie de la colonie française de Madagascar, sur Diégo-Suarez, contrôlée par le gouvernement de Vichy.

Le 8 novembre 1942, en effet, pour soulager l’Union soviétique qui résiste seule à l’assaut allemand, les forces américaines et britanniques débarquent au Maroc et en Algérie, contrôlés par le gouvernement de Vichy : c’est l’opération Torch. Les troupes françaises de Vichy ripostent et s’opposent aux alliés débarqués jusqu’à ce qu’un accord négocié avec l’amiral Darlan mette fin aux combats[53]. Les alliés chassent finalement l’Axe du continent africain, avec l’aide de l’armée d’Afrique retournée et des Forces françaises libres. Depuis l’Afrique du Nord, les Alliés peuvent alors organiser les débarquements en Sicile et en Italie en 1943, et en Provence en 1944.

Théâtre asiatique

Maquette d’un porte-avions américain
Douglas MacArthur, chef des forces alliées en Asie, et John Curtin, premier ministre australien.

À compter de 1937 en Chine, l’Armée nationale révolutionnaire du Kuomintang de Tchang Kaï-chek et le Parti communiste de Mao Zedong font front commun contre les Japonais mais généralement sans coopérer.

Enlisée en Chine, l’Armée impériale japonaise a systématiquement recours, dès 1937, à l’utilisation d’armes chimiques. Selon les historiens Matsuno et Yoshimi, celles-ci furent notamment utilisées à 375 reprises lors de la bataille de Wuhan à l’automne 1938. L’emploi d’armes bactériologiques est quant à lui autorisé par le Quartier général impérial à compter de 1940 mais jamais contre des Occidentaux.

Soumis à compter de 1941 à un embargo sur le pétrole après son occupation de l’Indochine, le Japon ne peut plus désormais réaliser sa politique expansionniste sans détruire la principale menace qui peut encore s’opposer à lui dans le Pacifique : la force navale des États-Unis basée à Hawaï. Employant à nouveau la stratégie qui lui a réussi contre la Russie, le Japon décide de bombarder Pearl Harbor le par surprise, débutant ainsi la guerre du Pacifique. La flotte est fortement endommagée, mais les porte-avions sont en mer.

Carte des débarquements US dans l’ océan Pacifique de 1942 à 1945.

Simultanément, l’armée japonaise occupe les possessions britanniques, hollandaises et américaines d’Asie du Sud-Est comme Hong Kong, Singapour (massacre de 10 000 civils), les Philippines (marche de la mort de Bataan) et s’empare des champs pétroliers de la Malaisie britannique et des Indes orientales néerlandaises, menaçant même l’Australie. L’Indochine française est déjà passée sous son contrôle militaire avec l’accord du régime de Vichy. Le . Le coup de force du 9 mars 1945 achèvera la mainmise nippone sur la péninsule : le vide politique consécutif à la guerre mondiale favorisera la prise du pouvoir par le Việt Minh de Hô Chi Minh.

Douglas MacArthur débarquant aux Philippines, au début de la reconquête de l'archipel.

Le raid de Doolittle en avril 1942 marque le début de la riposte américaine. En mai 1942, la bataille entre porte-avions de la mer de Corail tourne à l’avantage des alliés. Un mois plus tard, celui-ci est accentué par celle de Midway.

À partir du début 1942, l’Armée impériale japonaise tente de neutraliser la résistance communiste chinoise en lançant la politique des Trois Tout (三光作戦, Sankō Sakusen?, « tue tout, brule tout, pille tout »), une stratégie de la terre brûlée, dans le Nord de la Chine, tandis que des attaques répétées sont lancées contre les place-fortes des nationalistes chinois.

En dépit de la détermination de l’armée japonaise, les Alliés reprennent peu à peu les îles du Pacifique comme à Guadalcanal, les Salomon puis les Philippines après la bataille du golfe de Leyte (octobre 1944), cette dernière restant la plus grande bataille aéronavale jamais survenue[54]. Soumis à blocus et coupé progressivement de ses ravitaillements en matières premières, le Japon est au bord de l’asphyxie économique à l'été 1945.

Le site d’Hiroshima, après le bombardement nucléaire

L’engagement en 1944 des premiers kamikazes de l’histoire — ces avions-suicides qui se jettent sur les navires ennemis — ne peut freiner la reconquête américaine, mais prouve la détermination des Japonais. La capture des îles proches du Japon comme Iwo Jima et Okinawa permet de lancer des attaques aériennes directes. Tokyo notamment subit un bombardement incendiaire le 10 mars 1945. Surtout, Hiroshima le 6 août et Nagasaki le 9 (ce devait être Kokura) subissent une attaque nucléaire.

Conjuguée à la déclaration de guerre de l’URSS et l’invasion du Mandchoukouo par les forces soviétiques, les bombardements atomiques provoquent finalement la reddition du Japon, annoncée par Hirohito le , confirmée par la signature des actes officiels le 2 septembre à bord de l’USS Missouri.

Armes

« Guerre de mouvement sur de vastes espaces, la Deuxième Guerre mondiale a été une guerre du moteur[55] ».

L’usage généralisé des chars est une première illustration de cette tendance à la motorisation. Alors que l’armée française fait le choix d’une dispersion des chars, mis au service des unités d’infanterie, les Allemands en adoptant une tactique basée sur l’utilisation des chars groupés sortent vainqueurs de la bataille de France. La conception du char lui-même oscille entre deux tendances : la puissance et la maniabilité. L’expérience de la guerre d’Espagne a montré que le blindage est moins important que la silhouette basse, moins vulnérable, la tourelle mobile à 360° et la puissance du canon. Mais au cours de la Seconde Guerre mondiale, on assiste à une croissance en poids, en blindage et en puissance de feu. Ainsi, le char allemand Tigre I fait 57 tonnes. L’américain Sherman M4 et le soviétique T-34, utilisés jusqu’à la fin de la guerre restent dans la gamme des 30 tonnes. La concentration de chars dans des divisions blindées permettent de mener des guerres éclairs (Blitzkrieg), comme la Bataille de France en mai-juin 1940 remportée par les Allemands. L’Allemagne nazie commet l’erreur d’envahir l’URSS en sous-estimant le nombre de ses chars et la qualité des nouveaux, comme le T-34, rustique et endurant. La plus grande concentration de chars a eu lieu lors de la bataille de Koursk[56], en Russie, en juillet 1943.

Les progrès des chars vont de pair avec les progrès de l’armement antichar : l’usage de la charge creuse permet de percer des blindages de plus en plus épais. Des tubes lance-roquettes comme le bazooka permettent au fantassin de disposer contre les chars de la puissance d’un artilleur[57].

Parallèlement à l’utilisation de chars, on assiste tout au long de la guerre à un accroissement des transports motorisés des troupes, au détriment des chevaux, encore très présents tant du côté français que du côté allemand lors de la bataille de France ou encore sur le front de l’Est, principalement pour des raisons logistiques. La division blindée américaine de 1944, sera, elle, entièrement motorisée.

Les immenses progrès de l’aviation réalisés entre les deux guerres vont donner aux différents avions de guerre une place de première importance. L’amélioration des structures de l’avion permet aux chasseurs-bombardiers comme le Stuka d’opérer des bombardements en piqué et de prendre ainsi toute leur part dans les combats terrestres. Les bombardiers lourds comme la forteresse volante américaine, dont le rayon d’action atteint, à la fin de la guerre, 5 000 kilomètres, sont utilisés dans des raids massifs de mille avions et plus, mettant ainsi en œuvre le concept de Bombardement stratégique. Pour contrer les bombardiers, les belligérants font usage de leurs avions de chasse et de canons de défense contre avions (DCA). C’est l’efficacité de la DCA qui oblige à organiser les opérations de bombardement la nuit. On demande aux avions de chasse d’assurer la maîtrise de l’espace aérien sur un champ de bataille ou sur un front donné[58].

Troupes américaines parachutées sur les Pays-Bas lors de l' opération Market Garden, 1944

Dominés par l'aviation alliée dans la seconde partie de la guerre, les Allemands auraient pu retrouver un certain avantage dans la bataille aérienne, grâce à la première construction en série d'avions à réaction par Messerschmitt. Mais Hitler gâche cette chance en exigeant d’en faire des bombardiers, contre l’avis de ses officiers, et non des avions de chasse, ce qui aurait été bien plus approprié[59].

La DCA doit son efficacité aux progrès techniques des radars qui surveillent le ciel et guident le tir des canons anti-aériens. À partir de 1942, les bombardiers alliés sont équipés de radars, des chasseurs de nuit allemands également. Grâce à leurs qualités croissantes, les radars sont également utilisés dans les navires alliés pour la direction des tirs. D’une façon générale, les télécommunications font partie intégrante de l’arsenal militaire. Les blindés allemands sont reliés entre eux par radio dès 1939 en liaison avec les avions, alors que leurs adversaires français ne le sont que très partiellement. Les techniques de chiffrage et de déchiffrage suivent l'évolution des techniques. Les Allemands utilisent la machine de codage Enigma, mais le déchiffrement d’Enigma par les alliés occidentaux est un facteur fondamental qui leur permet d’inverser le cours de la bataille de l’Atlantique et d’assurer finalement leur victoire finale.

Sur mer, après la Première Guerre mondiale, le choix guidant la construction des navires de ligne consistait en un compromis entre le blindage et la vitesse. Les croiseurs de bataille, plus rapides que les cuirassés étaient moins bien protégés. Ce n'est qu'à la fin des années 1930 qu'apparurent les premiers cuirassés rapides. Mais ces bâtiments constituaient des cibles idéales pour l'aviation embarquée à bord des porte-avions, notamment les bombardiers en piqué et les avions torpilleurs. Malgré une puissante défense aérienne, disposant parfois de conduite de tir radar, le cuirassé reste vulnérable et cesse d'être le « capital ship » de la guerre sur mer. Le porte-avions, qui peut disposer d'un parc aérien de 50 à 60 appareils, prend un rôle de plus en plus déterminant, surtout grâce à « l'allonge » que lui permet ses escadrilles embarquées, lorsque le théâtre des opérations est éloigné de toute base terrestre, comme c’est le cas pour les États-Unis ou le Japon dans les batailles du Pacifique. Le porte-avions devient la pièce centrale d’un dispositif que les Américains appellent « Task force » et où les autres navires lui servent le plus souvent d'escorteurs[60].

Comme lors de la Première Guerre mondiale, les sous-marins sont largement employés pour bloquer l’approvisionnement ennemi, mais la lutte anti-sous-marine a fait d'énormes progrès depuis la Première Guerre mondiale, d'abord avec l'asdic puis avec le sonar. Les destroyers, les frégates et les corvettes sont spécialisées dans la lutte anti-sous marine et assurent l'escorte des convois.

Les mines sous marines constituent un autre danger pour les navires. Elles se sont considérablement perfectionnées depuis la fin du premier conflit mondial. D'abord « de contact », explosant au choc, elles sont mises à feu par le champ magnétique et les bruits rayonnants des bateaux de guerre ou de commerce. Ce sont les mines à influences magnétiques et acoustiques. Les navires s'en protègent grâce à des circuits d'immunisation magnétique (degaussing) et une meilleure signature acoustique. Des petites unités spécialisées, les dragueurs de mines sont construites pour neutraliser ces millions d'engins de mort mouillés partout où le trafic maritime est important. Les mines sont particulièrement efficaces pour un coût modeste.

À la fin de la Seconde Guerre, de nouvelles armes font apparition sur le champ de bataille, comme l’avion sans pilote V1 lancé pour la première fois par les Allemands sur l’Angleterre dans la nuit du 13 au 14 ou le missile V2 lancé pour la première fois sur Londres le 8 septembre 1944[60]. Contrairement aux craintes des alliés, les Allemands n’avaient pas de projet de bombe atomique[61]. Les Américains, au contraire, avaient mis à partir de de gigantesques ressources dans le projet Manhattan qui aboutit le 16 juillet 1945, après la reddition de l’Allemagne, à la première explosion nucléaire dans le désert du Nouveau-Mexique et aux bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945.

Statistiques

L’effort de guerre industriel
Puissance navale des différentes nations en 1939
Bâtiments Alliés Axe
Drapeau de la France France Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni Total Drapeau de l'Allemagne Allemagne Drapeau de l'Italie Italie Total
Porte-aéronefs 1 8 9 0 0 0
Cuirassés 8 15 23 5 6 11
Croiseurs 19 64 83 8 17 25
Destroyers 70 184 254 34 59 93
Sous-marins 77 58 135 57 115 172

À partir de la victoire éclair de l’Allemagne sur la France, et plus encore à partir de 1941, avec l’invasion des Balkans et de l’Union soviétique, et jusqu’à la fin 1944, la presque totalité de l’Europe est sous domination Allemande. Certains pays et certaines régions ont carrément été rattachés au Grand Reich, comme l’Autriche, le Protectorat de Bohême-Moravie, ou l’ouest de la Pologne. D’autres pays se sont alliés volontairement à l’Allemagne, il s’agit de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Hongrie, mais ils sont complètement dépendants de l’Allemagne. Certains pays, comme la Slovaquie et la Croatie, doivent leur indépendance à l’Allemagne nazie. D’autres sont occupés à la suite de victoires allemandes. C’est le cas des Pays-Bas, de la Belgique, de la Norvège, du Danemark, de la France, de la Serbie, de la Grèce[62].

Domination économique et asservissement

Marche de citoyens polonais expulsés du Reichsgau Wartheland vers le Gouvernement général, novembre 1939

La domination allemande en Europe revêt un caractère différent à l’est et à l’ouest. Les pays de l’Est européens, au peuplement slave sont considérés par les nazis comme un « espace vital » (Lebensraum) revenant à la « Race des Seigneurs ». Dans cet espace immense, il s’agit à la fois d’implanter des colons allemands, de germaniser de force les populations qui peuvent l'être, de déplacer, stériliser ou faire mourir des millions de « sous-hommes » : Polonais, Slaves soviétiques ou Tziganes, en utilisant les survivants comme esclaves, allant jusqu'à la solution finale pour les juifs.

L’Ouest n’est pas considéré comme un espace vital à vider pour que des Allemands puissent y prendre place. Dans le nouvel ordre européen, un pays comme la France garde sa place, mais à un rang inférieur à celui de l’Allemagne. Si l’occupant allemand exerce une terreur moindre, il n’en soumet pas moins les ressources des pays conquis au pillage systématique.

En effet, sur le plan économique, le continent européen est soumis à l’hégémonie du Reich. Pour l’Allemagne, il s’agit d’abord de mettre l’ensemble des ressources et capacités économiques du continent au service du Reich en guerre. D’autre part, des jalons sont posés pour une intégration de toutes les économies nationales dans un grand espace économique dominé par l’Allemagne[63]. En France on appelle les soldats allemands « doryphores », qui ravagent tout[64].

Dans la pratique, les différents moyens pour mettre l'économie de l’Europe au service de l’Allemagne vont des accords de compensation avec taux de change avantageux pour les pays alliés au pillage massif pour les pays comme la Pologne ou l’Union soviétique en passant par le paiement d’indemnités pour un pays comme la France. La mise au travail des prisonniers de guerre et les déplacements en Allemagne de millions de travailleurs représentent une forme encore plus directe de l’exploitation des ressources.

Collaborations et résistances en Europe

Pour Yves Durand, « Les occupations engendrent parmi les occupés, des comportements qui vont de la collaboration à la résistance en passant par toute une gamme d’attitudes qui ne peuvent être réduites ni à l’une ni à l’aut